On me répète chaque été que le basilic sur le rebord de la fenêtre fait fuir les mouches. C’est à moitié vrai, et la moitié fausse est celle qui vous fera perdre du temps. Le basilic contient bel et bien des molécules répulsives, mais leur rayon d’action se compte en centimètres, pas en mètres. Voici ce que j’en ai tiré après plusieurs étés à observer ma propre cuisine.
Ce qu’il y a vraiment dans une feuille de basilic
L’odeur du basilic vient d’un mélange de linalol, d’eugénol, de méthylchavicol et d’estragol, stockés dans de petites glandes à la surface des feuilles. Plusieurs de ces composés ont une activité répulsive et même insecticide documentée en laboratoire, sur des mouches domestiques comme sur des moustiques.
Le problème est le passage du laboratoire à votre fenêtre. Dans une étude, on expose l’insecte à une concentration élevée dans un volume clos. Sur un rebord, la feuille intacte diffuse une quantité infime, immédiatement dispersée par le premier courant d’air. La molécule est la bonne, la dose n’y est pas.
Le rayon d’action, quelques centimètres
J’ai fait un test tout bête, deux étés de suite. Un grand pot de basilic sur le rebord intérieur, et je compte les mouches qui entrent en une heure, fenêtre ouverte, à la même heure et par le même temps. Avec ou sans basilic, la différence n’était pas visible à l’œil nu.
En revanche, quand je froisse une poignée de feuilles et que je les laisse sur la table, les mouches évitent nettement cette zone pendant une dizaine de minutes. C’est ce qui se passe, un effet réel mais très court et très local. Le basilic n’est pas un rideau, c’est au mieux un petit périmètre autour de ce que vous venez de froisser.
Commencer par identifier la mouche
Avant de chercher une plante, regardez ce qui vole. On appelle mouche trois insectes très différents, qui n’ont ni la même origine ni la même solution, et c’est la principale raison pour laquelle les astuces ne marchent pas, elles visent le mauvais coupable.
- La mouche domestique, grosse, grise, bruyante, qui entre par la fenêtre et se pose sur tout
- La drosophile, minuscule, brun-roux, qui tourne autour des fruits et de l’évier
- La sciaride, petite mouche noire fine qui décolle du terreau des plantes d’intérieur
La mouche domestique, c’est la poubelle, pas la fenêtre
Une mouche domestique pond sur de la matière organique en décomposition, et son cycle complet demande une à deux semaines en été. Si elles reviennent sans arrêt, il y a une source à moins de quelques dizaines de mètres, poubelle sans couvercle, composteur mal fermé, gamelle d’animal, siphon encrassé.
La seule action qui les fait vraiment reculer, c’est de supprimer la source. Poubelle à couvercle, sac fermé, sorti tous les deux jours en été. Composteur de balcon avec un couvercle qui joint. Plan de travail essuyé, éponge rincée. Aucune plante ne rattrapera un sac ouvert derrière la porte de la cuisine.
Les drosophiles, le fruit trop mûr et le fond de siphon
Les drosophiles se reproduisent sur les fruits fermentés et dans les pellicules organiques des canalisations. Leur cycle est très rapide, huit à dix jours à vingt-cinq degrés, ce qui explique l’impression d’invasion soudaine. Une seule pêche oubliée au fond de la corbeille suffit à lancer une génération entière.
Rangez les fruits mûrs au frais, videz la corbeille tous les jours en août, rincez les bouteilles vides avant de les stocker. Et versez de l’eau très chaude dans les siphons une fois par semaine. Le piège au vinaigre de cidre avec une goutte de liquide vaisselle attrape les adultes déjà là, mais il ne remplace pas le nettoyage.
Les sciarides, un problème d’arrosage
Ces petites mouches noires qui montent du terreau quand on arrose ne viennent pas de l’extérieur, elles naissent chez vous. Leurs larves se nourrissent de matière organique dans les cinq premiers centimètres de terreau constamment humide. Un pot arrosé trop souvent est une pouponnière.
La solution est mécanique. Laissez sécher la surface sur trois centimètres entre deux arrosages, arrosez par le bas quand c’est possible, et couvrez le terreau d’un centimètre de sable grossier, que les femelles ne traversent pas pour pondre. En quinze jours, le cycle se casse tout seul, sans le moindre produit.
Comment je me sers quand même du basilic
Je n’ai pas jeté mes pots pour autant, je les ai déplacés. Le basilic n’a d’intérêt que là où il y a des gens, donc sur la table, pas sur le rebord de fenêtre où personne ne le touche. Une main passée dessus en s’asseyant, et l’odeur monte pour un quart d’heure.
Je garde aussi une pratique de ma grand-mère, un petit bouquet de basilic et de menthe froissés dans un verre d’eau au centre de la table pendant les repas dehors. Ça ne remplace rien, mais ça sent bon, ça occupe le milieu de table, et les mouches s’y posent nettement moins que sur le pain.
Réussir un basilic sur un rebord de fenêtre
Le basilic vendu en barquette est un semis très dense destiné à être consommé en dix jours, pas à durer. Si vous voulez un pied qui tienne la saison, rempotez-le dans un pot de vingt centimètres avec du terreau neuf, ou séparez les touffes en trois. Il lui faut au moins six heures de lumière.
Arrosez le matin, généreusement, puis laissez sécher la surface. Pincez les sommités toutes les deux semaines, et supprimez les boutons floraux dès qu’ils apparaissent, sinon la plante monte en graine et le parfum s’effondre en trois semaines. Derrière une vitre plein sud en juillet, il grille, écartez-le de vingt centimètres.
Les autres plantes de la même famille d’odeurs
Si l’idée vous plaît, plusieurs aromatiques jouent dans le même registre, avec les mêmes limites. La menthe poivrée, la tanaisie, la lavande et le laurier-sauce ont tous des composés répulsifs, tous efficaces uniquement froissés et à courte distance. Le laurier séché dans les placards a en revanche une vraie réputation contre les mites alimentaires.
Ne cherchez pas la plante miracle, elle n’existe pas dans ce rayon. Ce qui existe, c’est un ensemble de petits gestes qui, mis bout à bout, changent réellement l’ambiance d’une cuisine en août. Les plantes en font partie, à leur place, c’est-à-dire la dernière.
Ce qui marche mieux que toutes les plantes réunies
Une moustiquaire de fenêtre coûte le prix de trois pots de basilic et règle l’essentiel du problème. Sur une fenêtre à la française, une bande aimantée ou un cadre à clipser se pose en dix minutes sans percer, et elle sert aussi contre les moustiques le soir.
Ajoutez une cloche à fromage ou un simple torchon sur ce qui traîne, un couvercle sur la poubelle, et vous n’aurez plus grand-chose à repousser. C’est moins séduisant qu’une astuce de grand-mère, mais c’est ce qui a vidé ma cuisine.
Le conseil de Sophie. Mettez le basilic sur la table plutôt que sur la fenêtre, et froissez trois feuilles en vous asseyant : c’est le seul moment où il fait vraiment quelque chose.

