Il y a une phrase que je lis souvent dans mes messages : j’ai tout essayé, ils reviennent toujours. Neuf fois sur dix, la personne a passé trois semaines à tuer des mouches adultes sans jamais toucher à ce qui se passe sous la surface. Tant que les larves sont vivantes dans le terreau, la partie se rejoue chaque semaine.
Pourquoi ils reviennent : la ponte, pas les adultes
Un adulte de sciaride vit environ une semaine et ne mange presque rien. Son unique fonction est de pondre cent à deux cents œufs dans les premiers centimètres de terre humide. Le gros de la population, à tout instant, se trouve sous forme d’œufs, de larves et de nymphes, invisibles, dans le substrat.
Écraser ou piéger les adultes revient donc à écoper une barque sans boucher la voie d’eau. Vous en tuez cinquante, il en éclot deux cents. C’est mathématiquement perdu d’avance, et c’est la raison exacte pour laquelle les gens ont l’impression que rien ne fonctionne durablement. Le traitement doit viser la larve.
Faire le tour de la maison avant de traiter
Avant tout produit, il faut trouver toutes les sources, sinon la réinfestation est garantie. Je fais un inventaire complet : chaque plante d’intérieur, y compris celles des chambres et de la salle de bain, chaque coupelle, le seau à compost de cuisine, un bouquet oublié, un sac de terreau entamé au garage, un pot de bouturage sous cloche.
Un cas classique que j’ai vu chez une amie : douze plantes traitées, une seule oubliée dans les toilettes, et la maison réinfestée en dix jours. Le sac de terreau entamé est l’autre grand suspect, surtout s’il est resté dehors. Fermez-le hermétiquement ou stockez-le au sec, sinon il rechargera chaque rempotage.
Le Bti, le traitement de fond
Le Bacillus thuringiensis de la sous-espèce israelensis est une bactérie qui produit une toxine ne s’activant que dans l’intestin très alcalin des larves de diptères, moustiques et sciarides comprises. Elle ne touche ni les abeilles, ni les vers de terre, ni les mammifères, ni les plantes. C’est le traitement le mieux ciblé dont dispose un particulier.
On le trouve sous forme de granulés ou de pastilles destinés aux moustiques, qu’on fait infuser dans l’eau d’arrosage. La larve ingère la toxine en se nourrissant et cesse de s’alimenter en vingt-quatre à quarante-huit heures. Un seul passage ne suffit jamais, car la toxine se dégrade en quelques jours et les œufs continuent d’éclore : il faut trois applications espacées de cinq à sept jours, à l’arrosage, sur toutes les plantes en même temps.
Les nématodes Steinernema feltiae
C’est l’autre solution biologique sérieuse. Ces vers microscopiques pénètrent activement dans la larve de sciaride et la tuent en libérant une bactérie symbiotique. Ils se vendent sous forme de poudre à diluer, se conservent au réfrigérateur et ont une date limite courte qu’il faut respecter scrupuleusement.
Ils demandent des conditions précises pour travailler : un substrat maintenu humide pendant les deux semaines suivant l’application, une température de sol entre douze et vingt-cinq degrés, et pas de lumière directe au moment de l’arrosage, car les ultraviolets les tuent. J’applique donc le soir. Le paradoxe est réel puisqu’il faut garder humide alors qu’on cherchait à assécher : on combine les deux méthodes dans le temps, pas le même jour.
L’eau oxygénée : efficace, mais à dose mesurée
Le peroxyde d’hydrogène à trois pour cent, dilué à une part pour quatre parts d’eau, tue au contact les larves et les œufs présents dans les premiers centimètres. On l’arrose comme un arrosage normal, cela mousse quelques secondes au contact de la matière organique, puis se décompose en eau et en oxygène sans laisser de résidu.
Deux réserves honnêtes. À concentration plus forte ou en usage trop fréquent, il brûle les radicelles fines et perturbe la vie microbienne utile du substrat. Et son action est superficielle : il ne descend guère au-delà de trois ou quatre centimètres. Je l’utilise comme coup d’arrêt rapide en début de traitement, deux fois à quatre jours d’intervalle, jamais comme routine.
Rempoter : quand cela vaut le coup
Le rempotage complet est radical mais il ne s’improvise pas. Il vaut la peine si le terreau est vieux, tassé, acide, gorgé d’eau et bourré de matière en décomposition, autrement dit s’il est de toute façon à changer. Il faut alors dégager la motte, retirer un maximum de vieux substrat autour des racines, rincer les racines à l’eau tiède, et laver le pot.
Il est inutile, voire contre-productif, si vous remettez la plante dans un terreau du commerce non vérifié, très riche en matière organique fraîche, dans le même pot mal drainé. Choisissez un mélange plus minéral, avec un tiers de perlite, de sable grossier ou de pouzzolane, qui sèche plus vite en surface. C’est ce changement de structure, plus que le rempotage lui-même, qui règle le problème sur la durée.
Le calendrier sur quatre semaines
Voici la séquence que j’applique quand une maison est vraiment envahie, toutes plantes confondues et en même temps.
- Jour 1 : inventaire complet, retrait des feuilles mortes, coupelles vidées, paillage minéral de deux centimètres sur chaque pot, plaquettes jaunes en place.
- Jour 2 et jour 6 : arrosage à l’eau oxygénée diluée sur les pots les plus atteints.
- Jours 8, 14 et 20 : arrosage au Bti sur l’ensemble des plantes.
- Jours 8 à 28 : espacement des arrosages, arrosage par le bas quand la plante le permet.
- Jour 28 : comptage sur les plaquettes jaunes, et rempotage ciblé des pots encore actifs.
Les remèdes qui ne servent à rien
L’allumette plantée tête en bas dans le terreau est le plus tenace de tous. L’idée serait que le soufre se libère dans le sol. Les têtes d’allumettes modernes contiennent très peu de soufre libre, la quantité en jeu est dérisoire, et aucune observation sérieuse ne montre d’effet. Le marc de café en surface est un autre faux ami : c’est de la matière organique humide, exactement le milieu de ponte recherché.
Les huiles essentielles diluées dans un pulvérisateur repoussent peut-être quelques adultes pendant une heure, ne touchent aucune larve, et peuvent brûler le feuillage de certaines plantes sensibles. Quant aux insecticides à large spectre en aérosol, ils tuent des adultes dans l’air de votre salon, ce dont vous n’avez pas besoin, et vous font respirer un produit dans un espace clos pour un résultat nul sur le fond du problème.
Le conseil de Sophie. Traitez toutes vos plantes le même jour, jamais une par une : la seule oubliée réensemencera toutes les autres en une dizaine de jours.

