Fourchettes plantées dans les jardinières : les chats du quartier n'y vont plus

Fourchettes plantées dans les jardinières : les chats du quartier n’y vont plus

Sur ma rue, quatre chats se partagent le quartier, et mes deux jardinières de fenêtre du rez-de-chaussée servaient de toilettes collectives. Les fourchettes plantées manche en bas, dents vers le ciel, sont l’astuce la plus partagée pour régler ça. Elles marchent, en partie et un certain temps. Mais avant d’en planter douze, il y a deux ou trois choses honnêtes à dire sur ce que ça donne réellement.

Pourquoi ce sont toujours les jardinières qui trinquent

Une jardinière remplie de terreau neuf est le substrat idéal : meuble sur quinze centimètres, drainé, sec en surface, à l’abri du vent, et souvent en hauteur, donc sûre du point de vue du chat. Les félins choisissent leurs latrines sur ces critères précis, et une jardinière fraîchement plantée les coche tous d’un coup.

S’ajoute un effet de marquage. Une fois qu’un chat a utilisé un endroit, l’odeur attire les autres, et le lieu devient un point de passage pour tout le voisinage. C’est pour ça qu’une jardinière ignorée pendant deux ans peut être visitée tous les jours à partir du moment où un premier chat s’y est installé.

Ce que la fourchette fait réellement

Une fourchette plantée fait deux choses. Elle occupe physiquement une portion de surface, et elle présente quatre pointes qui gênent la patte. Le chat teste, sent l’obstacle, et va chercher un endroit plus confortable, ce qui est exactement l’objectif : on ne cherche pas à punir, on cherche à rendre l’endroit moins pratique que le tas de terre d’à côté.

Mais une fourchette ne couvre qu’une dizaine de centimètres carrés. Dans une jardinière de 80 cm de long, cinq fourchettes laissent l’immense majorité de la surface parfaitement grattable. C’est là que l’astuce déçoit le plus souvent : les gens en plantent trois, constatent que ça ne marche pas, et concluent que rien ne marche.

Mon avis franc sur les dents tournées vers le haut

Quatre pointes métalliques dressées à hauteur de museau, dans une jardinière où un chat va sauter, ce n’est pas anodin. Les coussinets, les yeux et la truffe sont exposés, et un chat qui atterrit mal peut se blesser sérieusement. Je ne suis pas à l’aise avec cette version, et je ne la conseille pas quand des animaux du voisinage sont en jeu.

Il existe une version nettement plus sage : planter la fourchette dents vers le bas, manche en l’air, ou enfoncer les dents à moitié pour que seules les pointes émoussées du haut du manche dépassent. L’obstacle est identique pour la patte, l’effet dissuasif reste bon, et il n’y a plus rien de pointu à hauteur de tête.

Comment je les dispose quand j’en mets

J’enfonce le manche sur les deux tiers, en laissant dépasser trois à quatre centimètres, pas davantage. Un obstacle plus haut ne dissuade pas mieux : il se voit de la rue, il attrape les feuilles, et il finit par être arraché par le premier coup de vent ou le premier passant curieux. Trois centimètres suffisent.

L’espacement compte plus que le nombre. Un chat adulte pose une patte de 4 cm : au-delà de 8 à 10 cm entre deux obstacles, il trouve toujours un point d’appui libre. Sur une jardinière de 80 cm, cela signifie une quinzaine de fourchettes réparties en quinconce, bords compris. Autant le savoir avant de vider le tiroir à couverts.

L’effet s’use : le chat s’habitue

Un chat de quartier n’est pas un animal timide, c’est un animal qui teste. Chez moi, l’effet a été total pendant deux semaines, puis un des quatre a trouvé le passage entre les rangées et le reste a suivi en quelques jours. C’est le comportement normal : tout dispositif statique perd son effet dès qu’il est cartographié.

La parade consiste à déplacer les obstacles toutes les deux ou trois semaines, ou à alterner deux dispositifs différents. Ça fonctionne, mais ça demande de s’en occuper, et c’est exactement ce que l’astuce promettait d’éviter. C’est pour ça que je suis passée à une solution qui couvre la surface entière plutôt qu’à une solution qui la pique par endroits.

Ce qui fonctionne mieux dans une jardinière

Le principe gagnant est toujours le même : rendre la surface non grattable partout, plutôt que gênante par points. Voici les options que j’utilise réellement, du plus discret au plus visible :

  • un grillage à mailles de 13 mm découpé à la taille de la jardinière, posé à plat et fendu autour des tiges
  • des galets plats de 5 à 8 cm posés jointifs sur toute la surface
  • des pommes de pin serrées, qui ont l’avantage d’être gratuites et jolies l’hiver
  • une plantation dense de couvre-sol qui ne laisse plus un centimètre de terre nue en juin
  • un paillage d’écorces de gros calibre sur 4 cm, bien tassé, à renouveler chaque printemps

Le grillage, celui qu’on finit par ne plus voir

C’est ce que j’ai gardé sur mes deux jardinières de rue. Je découpe le grillage à la pince, je replie tous les bords coupés vers le bas pour qu’aucun fil ne dépasse, et je fends le tapis en croix à l’emplacement de chaque plante. L’eau et l’air passent, les racines ne sont pas gênées, les chats n’ont aucune prise.

En six semaines, la poussière, les débris de feuilles et un peu de mousse le rendent presque invisible depuis le trottoir. Comptez trois euros de grillage et vingt minutes pour deux jardinières, contre quinze fourchettes qu’il faut redresser après chaque arrosage. C’est la seule solution qui a tenu chez moi deux hivers d’affilée sans intervention.

Les répulsifs, les huiles essentielles et les ultrasons

Les écorces d’agrumes fraîches gênent trois ou quatre jours, puis sèchent et ne servent plus à rien : ce n’est pas une solution, c’est une corvée hebdomadaire. Le poivre et le piment sont à éviter franchement, parce qu’ils provoquent des irritations oculaires sévères chez un animal qui se frotte ensuite les yeux avec la patte.

Sur les huiles essentielles, je suis catégorique : les chats métabolisent très mal les phénols et les terpènes, et une huile d’agrumes, de pin ou d’arbre à thé déposée sur un terreau qu’ils lécheront sur leurs coussinets peut provoquer une intoxication grave. Quant aux boîtiers à ultrasons, les retours sont très inégaux et l’effet s’estompe souvent en quelques semaines.

Le conseil de Sophie. Chez moi, les fourchettes ont tenu deux semaines et le grillage tient depuis deux ans : si vous ne devez faire qu’une seule chose, découpez un rectangle de grillage plutôt que de vider votre tiroir à couverts.

Sophie Lemoine
Sophie Lemoine

Je cultive 180 m² de potager en Anjou, sans engrais de synthèse, et je raconte ici ce qui marche vraiment — y compris mes ratés.

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