Épluchures d'oignon dans l'eau : l'infusion qui nourrit les plantes

Épluchures d’oignon dans l’eau : l’infusion qui nourrit les plantes

On me demande souvent si l’eau de trempage des pelures d’oignon vaut le détour. La recette est partout : une poignée de pelures, un litre d’eau, vingt-quatre heures d’attente, et vos plantes repartiraient de plus belle. J’ai passé trois saisons à l’essayer sur mes géraniums et mes tomates, et voici ce que ça donne quand on regarde les chiffres plutôt que les promesses.

Ce que contient une pelure d’oignon

Les tuniques sèches et brunes de l’oignon sont essentiellement de la cellulose et de la lignine, autrement dit de la fibre. Elles contiennent aussi des pigments de la famille des flavonoïdes, dont la quercétine, des composés soufrés qui donnent l’odeur, et une part minérale modeste, dominée par le potassium.

Cette part minérale est réelle, mais elle représente quelques pour cent de la matière sèche seulement. Une pelure pèse à peine plus qu’une feuille de papier à cigarette. Il faut en accumuler beaucoup pour atteindre un poids significatif, et c’est là que le calcul devient éclairant, une fois qu’on le pose sur le papier.

Le calcul qui refroidit

Une bonne poignée de pelures, tassée, pèse environ dix grammes secs. Si l’on retient une teneur généreuse en potassium, on arrive à quelques centaines de milligrammes de potassium contenus dans ces pelures. Encore faut-il que le trempage à froid les extraie, ce qui est loin d’être total sur une matière aussi fibreuse.

Comparez maintenant au besoin réel. Un pied de tomate prélève plusieurs grammes de potassium sur une saison, un géranium en pot un peu moins mais du même ordre. Votre litre d’infusion apporte, au mieux, une petite fraction du besoin d’une seule journée. Ce n’est pas un engrais, c’est une trace mesurable seulement en laboratoire.

Ce qu’il manque totalement

Même en admettant l’apport de potassium, il manque tout le reste. La pelure ne contient quasiment pas d’azote assimilable, très peu de phosphore, et rien qui ressemble à un équilibre nutritionnel. Une plante nourrie exclusivement de cette manière deviendrait pâle et chétive au bout de quelques semaines de croissance active.

Je précise ce point parce que certaines personnes remplacent leur engrais habituel par cette infusion, persuadées de faire mieux et plus naturel. Elles reviennent en général deux mois plus tard avec des feuilles jaunies et l’impression d’avoir mal fait quelque chose. Elles n’ont rien fait de mal, elles ont simplement arrosé avec de l’eau très légèrement colorée.

Pourquoi certains voient quand même un effet

Il y a une explication simple et honnête à laquelle il faut penser : quand on adopte une nouvelle routine, on arrose plus régulièrement et on observe davantage ses plantes. Beaucoup de plantes d’intérieur souffrent d’irrégularité d’arrosage bien plus que de carence, et la régularité seule suffit à les faire repartir.

Il y a aussi l’effet du remplacement de l’eau du robinet. Une eau qui a reposé vingt-quatre heures est déchlorée et à température de la pièce, ce qui est nettement plus confortable pour des racines qu’un jet d’eau froide et chlorée. Ce bénéfice-là existe, mais il n’a rien à voir avec l’oignon.

Le risque de fermentation

Le trempage à froid dans une bouteille fermée dérive vite. Au-delà de vingt-quatre à trente-six heures à température ambiante, les sucres résiduels fermentent, le liquide se trouble, mousse et prend une odeur franchement désagréable. À ce stade, le pH a chuté et le mélange n’a plus rien à voir avec la recette de départ.

Un liquide fermenté versé dans un pot d’intérieur crée exactement les mêmes ennuis qu’une épluchure enterrée : poches sans oxygène, odeur persistante et moucherons de terreau. Si vous testez, filtrez soigneusement, utilisez dans la journée, et ne conservez jamais un reste au chaud sous prétexte de ne pas gaspiller.

Le mythe du répulsif

On lit régulièrement que l’infusion d’oignon repousse les pucerons ou traite l’oïdium, grâce aux composés soufrés. C’est plausible en théorie, puisque ces composés ont bien une activité biologique. En pratique, à la concentration obtenue par un simple trempage d’eau froide, je n’ai jamais rien constaté sur mes rosiers ni sur mes courgettes.

Il faut aussi garder en tête qu’un vrai répulsif efficace serait, par définition, une substance active à effet biologique, avec les questions de dose et de sécurité qui vont avec. L’idée qu’un produit puisse être puissant sur un ravageur et totalement neutre par ailleurs est rarement vraie, quelle que soit son origine.

Une réserve à poser clairement

Comme cette infusion ressemble beaucoup à une tisane, la question de la boire revient souvent dans les commentaires. Je m’y refuse : je suis jardinière, pas soignante, et tout usage alimentaire ou de santé d’une préparation de plantes relève d’un professionnel de santé, pas d’un carnet de jardinage. Restons sur les pots de fleurs.

Autre réserve pratique : n’utilisez que des pelures propres, sèches et saines, jamais des tuniques moisies ou vertes de germination, et évitez tout apport sur un semis ou une bouture. Les jeunes racines sont particulièrement sensibles aux variations de pH et aux composés issus de la fermentation.

Ce qui apporte vraiment du potassium

Si votre objectif est de soutenir la floraison et la fructification, ce qui est le vrai besoin derrière cette astuce, il existe des sources réelles de potassium dont on connaît la teneur et la dose. Voici celles que j’emploie et les quantités que je respecte :

  • la cendre de bois tamisée, riche en potassium, mais jamais plus de cent grammes par mètre carré et par an car elle remonte le pH
  • le purin de consoude dilué à 10 %, tous les quinze jours de la floraison à la récolte
  • le compost mûr, deux à trois litres par mètre carré, qui apporte du potassium et tout le reste avec
  • un engrais tomates du commerce, dosé selon l’étiquette, quand la culture est en pot et exigeante

Mon verdict après trois saisons

J’ai gardé cette habitude pour une seule raison, et elle n’est pas nutritionnelle : elle m’a fait prendre le réflexe de laisser reposer mon eau d’arrosage. Mes plantes d’intérieur s’en portent mieux, mais elles s’en porteraient tout aussi bien avec un simple broc rempli la veille et posé à côté du radiateur.

Pour les pelures elles-mêmes, elles vont désormais directement au compost, où elles finiront par livrer leur potassium au milieu de tout le reste, au bout de quelques mois et sans encombrer ma cuisine d’une bouteille louche. C’est moins spectaculaire à raconter, mais c’est nettement plus efficace.

Le conseil de Sophie. Remplissez un arrosoir la veille et laissez-le à température ambiante : ce geste-là, et non l’oignon, explique l’essentiel des résultats qu’on attribue à cette recette.

Sophie Lemoine
Sophie Lemoine

Je cultive 180 m² de potager en Anjou, sans engrais de synthèse, et je raconte ici ce qui marche vraiment — y compris mes ratés.

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