Un bébé pousse sur la tige de votre orchidée : ne le coupez pas, il devient une plante entière

Un bébé pousse sur la tige de votre orchidée : ne le coupez pas, il devient une plante entière

Une petite pousse avec deux feuilles apparaît sur la hampe défleurie, parfois avec de minuscules racines : c’est un keiki, littéralement un « bébé » en hawaïen. Coupé trop tôt, il meurt en quelques semaines. Laissé en place au bon moment, il devient une plante entière et identique à sa mère.

Ce qu’est un keiki

C’est un clone. Le bourgeon dormant d’un nœud, au lieu de produire une branche florale, a développé une plante complète : feuilles, tige, racines. Génétiquement, elle est identique à la plante mère, ce qui est intéressant si votre orchidée a une couleur particulière.

Ce phénomène apparaît le plus souvent après un stress : chaleur excessive, blessure, hampe laissée longtemps en place, ou déséquilibre hormonal. Ce n’est pas un problème de santé, c’est une stratégie de reproduction végétative.

Quand le séparer

Le keiki doit avoir au minimum deux ou trois feuilles bien formées et surtout deux ou trois racines d’au moins cinq centimètres. Sans ces racines, il n’a aucun moyen de se nourrir seul et dépérit inévitablement.

Cela demande de la patience : comptez six à neuf mois entre l’apparition de la pousse et le moment de la séparation. Certains keikis mettent plus d’un an. Il n’y a aucun bénéfice à accélérer.

La séparation, étape par étape

  • Coupez la hampe deux centimètres au-dessus et deux centimètres en dessous du keiki.
  • Poudrez les deux sections à la cannelle, ainsi que la coupe restée sur la plante mère.
  • Rempotez dans un petit pot d’écorce fine, à peine humide, en calant le morceau de tige.
  • Placez à l’ombre légère, à humidité élevée, pendant trois à quatre semaines.

Le petit morceau de hampe de part et d’autre sert de support et évite de blesser la base du keiki. Il sèchera de lui-même et se retirera facilement plus tard.

Les premiers mois du jeune plant

Un keiki fraîchement séparé est fragile. Il n’a pas de réserves, ses racines sont peu nombreuses, et il transpire proportionnellement beaucoup. On le garde donc dans un environnement plus humide que la plante adulte, éventuellement sous cloche ou sac plastique aéré quotidiennement.

Arrosages très légers, pas d’engrais avant trois mois, lumière vive mais jamais directe. La première nouvelle feuille est le signe que la reprise est acquise.

Combien de temps avant la floraison

C’est la question qui déçoit toujours un peu : un keiki fleurit en général deux à quatre ans après sa séparation. Il doit d’abord atteindre une taille suffisante, c’est-à-dire quatre à cinq feuilles adultes et un bon système racinaire.

Certaines plantes vont plus vite, surtout si elles disposent de beaucoup de lumière. Mais il faut aborder cette multiplication comme un projet à long terme, pas comme un moyen rapide d’avoir une seconde orchidée fleurie.

Faut-il provoquer les keikis

On trouve dans le commerce des pâtes hormonales à appliquer sur les nœuds pour forcer l’apparition d’un keiki. Elles fonctionnent, avec un taux de réussite variable, mais elles épuisent la plante mère : produire un clone entier coûte beaucoup plus cher qu’une hampe florale.

Sur une plante vigoureuse, avec cinq ou six feuilles fermes, l’expérience est jouable. Sur une plante moyenne, elle se paie par deux ans sans floraison.

Que faire de la hampe pendant l’attente

Elle ne se coupe pas. Tant qu’elle reste verte, elle alimente le keiki, et c’est précisément ce dont il a besoin pour grossir. Une hampe qui jaunit alors que le keiki est encore petit est mauvais signe : il faudra le séparer tôt, avec des chances réduites.

On peut soutenir la hampe avec un tuteur si le keiki l’alourdit, ce qui évite qu’elle ne casse à la base.

Le conseil de Sophie. Un keiki qui pousse sur une plante affaiblie est souvent un signal : la mère se reproduit parce qu’elle se sent menacée. Vérifiez ses racines et son emplacement avant de vous réjouir.

Le keiki qui pousse à la base plutôt que sur la hampe

Certains keikis n’apparaissent pas sur la tige florale mais à la base de la plante, contre le collet. On parle alors de rejet basal, et il se traite un peu différemment : il partage souvent des racines avec la mère et se sépare plus tard, quand il possède son propre système racinaire complet.

Un rejet basal apparaît fréquemment quand la plante mère a subi un dommage au niveau du point de croissance central : elle ne peut plus produire de feuilles par le haut et repart de côté. Dans ce cas, il ne faut surtout pas séparer trop tôt : ce rejet est parfois la seule continuation de la plante.

Un moyen d’agrandir sa collection sans rien acheter

Sur trois ou quatre orchidées adultes bien conduites, il n’est pas rare d’obtenir un ou deux keikis par an. En quelques saisons, cela suffit à constituer une petite collection ou à offrir des plantes qui ont une histoire.

C’est aussi une façon de conserver une variété qu’on aime : les phalaenopsis hybrides du commerce changent tous les ans, et la couleur exacte d’une plante ne se retrouve pas en rayon deux ans plus tard. Un keiki en garde le clone exact.

Nourrir un keiki sans le brûler

Un jeune plant a des racines très fines, beaucoup plus sensibles aux sels que celles d’une plante adulte. L’engrais habituel, même à demi-dose, suffit à brûler les pointes et à bloquer la croissance pendant des mois.

On attend donc trois mois après la séparation, puis on démarre au quart de dose, une fois par mois seulement, et uniquement pendant la période de croissance active. C’est peu, mais c’est ce dont la plante a besoin, et cela évite l’échec le plus fréquent de cette multiplication.

Sophie Lemoine
Sophie Lemoine

Je cultive 180 m² de potager en Anjou, sans engrais de synthèse, et je raconte ici ce qui marche vraiment — y compris mes ratés.

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