Le terreau vendu en sac pour les pots est fait pour supporter le transport et le stockage, pas pour tenir six mois dans un bac exposé au soleil. Il se tasse, devient hydrophobe dès qu’il sèche complètement, et se retrouve épuisé au bout de deux mois. Depuis trois ans je fabrique le mien avec trois ingrédients seulement, et mes pots se comportent nettement mieux, notamment en juillet.
Pourquoi le terreau du commerce déçoit en pot
La plupart des terreaux de rempotage sont composés majoritairement de tourbe blonde ou de fibre de bois. Ces matières retiennent bien l’eau tant qu’elles sont humides, mais une fois desséchées, elles deviennent difficiles à réhumecter : l’eau d’arrosage fait le tour de la motte et ressort par le fond sans mouiller le centre. Sur un balcon, cette situation arrive dès la première canicule.
Le second problème est la fertilité. Un terreau étiqueté comme enrichi contient de quoi nourrir une plante quatre à huit semaines. Passé ce délai, si vous n’apportez rien, les feuilles jaunissent et la production s’arrête, et beaucoup de jardiniers concluent à tort que leur pot est trop petit alors qu’il est simplement à jeun.
Les trois ingrédients, et pourquoi ceux-là
Mon mélange repose sur trois fonctions distinctes. Le compost mûr apporte la fertilité et la vie microbienne. La fibre de coco, ou à défaut un terreau de feuilles, apporte la structure et la capacité de rétention d’eau. Le matériau drainant, pouzzolane ou perlite, garantit que l’air circule et que le mélange ne se tasse pas en brique.
Chacune de ces fonctions est indispensable, et c’est pourquoi aucun ingrédient seul ne fait un bon substrat. Du compost pur retient trop d’eau et concentre trop de sels ; de la fibre de coco pure ne nourrit rien ; du drainant pur ne retient ni eau ni éléments. C’est l’équilibre entre les trois qui fait la qualité du mélange.
Les proportions exactes
Je travaille au seau, ce qui est plus simple qu’à la balance. Pour un mélange de dix seaux :
- 5 seaux de compost mûr tamisé, ou de terreau de bonne qualité si vous n’avez pas de compost
- 3 seaux de fibre de coco réhydratée, ou de terreau de feuilles bien décomposé
- 2 seaux de pouzzolane fine, de perlite ou de sable grossier de 2 à 4 mm
Pour des cultures gourmandes comme la tomate ou la courgette, je monte le compost à six seaux et je descends la coco à deux. Pour des herbes méditerranéennes, qui détestent la richesse, je fais l’inverse : trois de compost, trois de coco, quatre de drainant. Le mélange de base reste le même, seuls les curseurs bougent.
Le compost : lequel, et comment le tamiser
Il doit être mûr, c’est-à-dire noir, friable, sans odeur d’ammoniac et sans morceaux reconnaissables. Un compost jeune continue de se décomposer dans le pot, consomme de l’azote au détriment de la plante et chauffe légèrement, ce qui gêne les jeunes racines. Dans le doute, laissez-le encore trois mois.
Je le passe systématiquement à travers une grille de 8 à 10 mm posée sur une brouette. Cela retire les brindilles, les noyaux et les morceaux de coquille, et surtout cela homogénéise le mélange. Ce qui reste sur la grille repart dans le composteur et sert d’amorce pour la fournée suivante, rien ne se perd.
La fibre de coco, ou le terreau de feuilles
La fibre de coco arrive en briques compressées : une brique de 650 g réhydratée dans cinq litres d’eau donne environ huit à neuf litres de fibre. Je la laisse gonfler vingt minutes, puis je l’émiette à la main. Elle a l’avantage de se réhumecter facilement même après dessiccation complète, exactement là où la tourbe échoue.
Si vous n’en avez pas, le terreau de feuilles fait aussi bien et ne coûte rien : ce sont des feuilles mortes ramassées à l’automne, entassées dans un sac percé ou un grillage, et laissées une année entière. Ce que j’obtiens après douze mois n’est pas complètement décomposé, mais c’est précisément ce qui donne de la structure au mélange.
Le drainant, et le piège du sable fin
La pouzzolane de 3 à 6 mm est mon choix habituel : elle ne se dégrade pas, ne flotte pas et améliore durablement la structure. La perlite fait le même travail pour un poids bien moindre, ce qui est un vrai argument sur un balcon, mais elle remonte en surface au fil des arrosages et s’envole au vent.
Attention en revanche au sable. Le sable fin de maçonnerie, mélangé à un substrat argileux ou tassé, produit exactement l’effet inverse de celui recherché et donne une masse compacte proche du mortier. Si vous utilisez du sable, il doit être grossier, entre 2 et 4 mm, et lavé. En dessous de cette taille, mieux vaut s’en passer complètement.
Faut-il ajouter de la terre de jardin ?
Dans les bacs profonds et volumineux, en ajouter un ou deux seaux sur dix a un intérêt réel : la terre apporte de l’argile, donc une capacité à retenir les éléments nutritifs que ni la coco ni le compost ne possèdent vraiment. Le mélange s’appauvrit alors moins vite au fil des arrosages.
Dans les petits pots et les jardinières, je m’en passe. La terre de jardin se tasse vite dans un faible volume soumis à des arrosages fréquents, et elle apporte parfois des graines d’adventices et des larves dont on se passerait sur un balcon. La règle que j’applique : de la terre au-delà de trente litres, pas de terre en dessous.
Ce que le mélange n’apporte pas
Même excellent, ce substrat ne nourrit pas indéfiniment. Comptez six à huit semaines d’autonomie pour un légume-fruit, un peu plus pour des feuilles. Ensuite, il faut relayer, sinon les plants stagnent alors que tout le reste est parfait.
Je fertilise à partir de la sixième semaine, tous les dix à quinze jours, avec un purin d’ortie dilué à cinq pour cent au printemps pour la croissance, puis un purin de consoude dilué à dix pour cent dès la floraison pour la fructification. Un surfaçage de deux centimètres de compost tous les deux mois complète très bien, et se fait en deux minutes par pot.
Les fausses bonnes idées à écarter
Les cristaux rétenteurs d’eau sont très vendus et me laissent sceptique : dans mes pots, l’effet est faible, il disparaît largement en une saison, et il n’a jamais remplacé un paillage de trois centimètres qui coûte zéro euro et réduit l’évaporation d’un tiers. Je préfère investir ces euros dans cinq litres de terreau supplémentaires.
Trois autres habitudes méritent d’être abandonnées. Stériliser le terreau au four détruit autant de vie utile que de nuisibles, embaume la maison pendant deux jours et n’a aucun intérêt avec du compost mûr. Le marc de café en couche épaisse forme une croûte imperméable qui moisit : une fine pincée mélangée au substrat, pas davantage. Et les coquilles d’œufs, même écrasées, mettent des années à libérer leur calcium et ne protègent nullement des limaces, contrairement à ce qu’on répète.
Recycler le terreau de l’année précédente
Ne jetez pas le substrat de vos pots à l’automne. Videz-les dans une brouette, retirez les grosses racines, et reconstituez le volume avec un tiers de compost frais et une poignée de drainant. Un substrat régénéré ainsi se comporte aussi bien qu’un neuf pour des salades, des herbes ou des haricots.
La seule précaution est la rotation. Je ne remets jamais une tomate dans le substrat qui a porté une tomate l’année précédente, pour éviter d’y entretenir les maladies du feuillage et les déséquilibres de nutriments. Le terreau de tomate de l’an dernier accueille des haricots ou des salades, et tout le monde s’en porte mieux.
Quelle quantité préparer, et où la stocker
Faites le calcul avant de mélanger : la somme des litres de tous vos pots, plus dix pour cent pour le tassement de la première semaine. Pour un balcon avec trois pots de tomate, deux jardinières et un bac à haricots, on tourne autour de 180 à 200 litres, soit une matinée de travail à deux personnes.
Je prépare tout d’un coup sur une bâche, à la pelle, en retournant le tas trois fois pour bien homogénéiser, puis j’humidifie légèrement avant de remplir. Le surplus se garde dans des sacs fermés à l’abri de la pluie et servira au surfaçage de printemps. Un mélange stocké au sec et à l’ombre reste parfaitement utilisable un an plus tard.
Le conseil de Sophie. Préparez votre mélange la veille et laissez-le reposer humide une nuit : il absorbe l’eau de façon homogène, et vos premiers arrosages ne ruisselleront pas bêtement le long des parois.

