Bac potager : le géotextile au fond, jamais les cailloux, voici pourquoi

Bac potager : le géotextile au fond, jamais les cailloux, voici pourquoi

On m’a répété pendant des années qu’il fallait mettre une couche de billes d’argile ou de graviers au fond des pots pour le drainage. Je l’ai fait, comme tout le monde, jusqu’au jour où j’ai vidé un bac de tomates en fin de saison et trouvé les racines noires juste au-dessus des cailloux. Ce geste ne draine rien du tout : il fait exactement l’inverse.

D’où vient cette idée reçue

L’intuition paraît solide : l’eau descend, les cailloux ne retiennent rien, donc l’eau doit s’évacuer plus vite. Le conseil circule depuis des décennies dans les livres de jardinage, sur les étiquettes de pots et dans les rayons de jardinerie, et il a l’avantage d’être facile à retenir. Il est simplement faux.

Ce qu’il oublie, c’est que l’eau ne se déplace pas seulement par gravité : elle est retenue par capillarité entre les particules, d’autant plus fort que le matériau est fin. Un terreau retient donc l’eau bien mieux qu’un gravier, et c’est cette différence qui pose problème.

Ce que fait vraiment l’eau dans un pot

Dans n’importe quel pot, il se forme au fond une zone saturée qu’on appelle la nappe perchée : quelques centimètres de substrat gorgés d’eau, où l’air ne circule plus. Elle existe même dans un pot bien percé, parce que la tension capillaire du terreau retient l’eau plus fort que la gravité ne la tire vers le bas.

Quand on place une couche de graviers en dessous, l’eau ne descend pas dans les graviers tant que le terreau juste au-dessus n’est pas complètement saturé. La rupture de texture agit comme un barrage. Résultat : la nappe perchée ne descend pas, elle se forme simplement plus haut dans le pot, à l’interface entre les deux matériaux, exactement là où sont les racines profondes.

Une démonstration à faire avec une éponge

Prenez une éponge de vaisselle, trempez-la, sortez-la et tenez-la à plat : elle s’égoutte, puis elle s’arrête alors qu’elle est encore lourde d’eau. Elle a atteint son équilibre capillaire. Posez maintenant cette éponge sur un lit de cailloux : elle ne s’égoutte pas davantage, elle reste tout aussi humide.

Mettez-la à la verticale, en revanche, et l’eau redescend et sort par le bas. C’est la hauteur de la colonne de substrat qui commande le drainage, pas la nature de ce qu’il y a en dessous. Un pot haut et étroit draine mieux qu’un pot large et bas, à terreau identique.

Le vrai coût : du volume de terre perdu

Dans un bac de balcon de 60 x 40 x 30 cm, une couche de graviers de 5 cm confisque 12 litres de substrat sur 72, soit un sixième du volume. Pour une tomate ou une courgette, c’est considérable : ce sont ces litres-là qui font la différence entre un plant qui tient trois jours sans arrosage et un plant qui flétrit tous les midis.

Il faut y ajouter le poids : les graviers pèsent environ 1,5 kg par litre, contre 0,3 à 0,4 kg pour du terreau humide. Sur un balcon, où la charge admissible compte, cela fait vingt kilos de cailloux inutiles à monter puis à redescendre.

Le seul cas où une couche drainante a du sens

Il existe une exception, et une seule : le cache-pot sans trou, ou la soucoupe profonde. Là, on veut une réserve d’eau physiquement séparée des racines, et une couche de billes d’argile de 4 ou 5 cm au fond du cache-pot, avec le pot de culture posé dessus et non dedans, remplit correctement cette fonction.

En dehors de ce montage précis, la couche drainante ne fait rien de bon dans un contenant percé. Si vous cultivez en pot traditionnel avec des trous au fond, remplissez de substrat du fond jusqu’à trois centimètres du bord, et rien d’autre. C’est la configuration qui donne la nappe perchée la plus basse possible.

Le rôle exact du géotextile

Le géotextile ne draine pas non plus, et ce n’est pas ce qu’on lui demande. Son travail est mécanique : il retient les particules fines de terreau qui, sinon, s’échappent par les trous à chaque arrosage et finissent en traînées de boue sur la terrasse. Il empêche aussi les trous de se boucher.

Sur un bac en bois, il joue un second rôle : il sépare le substrat humide des planches et ralentit nettement le pourrissement. Mais il doit rester perméable. Une bâche plastique agrafée au fond transformerait le bac en baignoire et tuerait les racines en un été, ce que j’ai vu faire plus d’une fois.

Choisir un géotextile qui laisse passer l’eau

Tous les feutres vendus sous ce nom ne se valent pas, et le mot désigne des produits très différents. Je m’en tiens à quelques repères simples avant d’acheter au mètre.

  • un grammage de 90 à 130 g/m² : en dessous il se déchire, au-dessus il freine l’eau
  • un non-tissé perméable, jamais un film plastique ni une bâche tissée enduite
  • une bonne perméabilité annoncée, de l’ordre de plusieurs dizaines de litres par mètre carré et par seconde
  • une seule épaisseur : deux couches superposées suffisent à retenir l’eau dans le fond
  • à défaut, un morceau d’ombrière, une moustiquaire rigide ou un vieux drap de coton font l’affaire pour une saison

Le poser correctement dans un bac en bois

Je tapisse le fond et les côtés, jusqu’à deux centimètres sous le niveau final du terreau, et j’agrafe en haut seulement. En face de chaque trou de drainage, je fais une entaille en croix de 2 cm, ou je perce le feutre : sans cela, l’eau met un temps fou à traverser un feutre neuf, qui est souvent hydrophobe au départ.

L’eau doit pouvoir sortir sur toute la surface du fond, pas seulement au centre : un bac de 60 cm veut six à huit trous de 10 mm répartis partout, jamais deux trous au milieu qui se colmateront, et un coup de tournevis dans chacun une fois par an. Un feutre bien posé se remarque à ceci : après un arrosage copieux, l’eau s’écoule dans la minute, claire et sans terre.

Surélever le bac, le geste vraiment utile

La chose la plus efficace que j’aie faite pour mes bacs ne coûte rien : les poser sur deux tasseaux, ou sur quatre cales de 3 cm. L’eau sort librement, l’air circule sous le fond, le bois sèche entre deux arrosages et dure des années de plus. Un bac posé à plat sur du carrelage reste mouillé en permanence par en dessous.

C’est le contraire exact de la couche de graviers : au lieu d’ajouter un obstacle dans le pot, on retire un obstacle sous le pot, pour zéro euro et cinq minutes de travail.

Le conseil de Sophie. Si vos bacs contiennent déjà une couche de cailloux, ne vous précipitez pas : profitez du prochain renouvellement de terreau pour la retirer, et gardez les graviers pour caler les pots au-dessus des soucoupes.

Sophie Lemoine
Sophie Lemoine

Je cultive 180 m² de potager en Anjou, sans engrais de synthèse, et je raconte ici ce qui marche vraiment — y compris mes ratés.

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