Pots de yaourt percés : les godets gratuits pour 100 semis

Pots de yaourt percés : les godets gratuits pour 100 semis

Il me faut environ cent contenants chaque printemps pour repiquer mes tomates, mes poivrons et mes fleurs annuelles, et j’ai arrêté d’en racheter le jour où j’ai compté le nombre de pots de yaourt qui partaient au tri chaque semaine à la maison. Ça fonctionne très bien, à condition de les percer sérieusement et de savoir ce qu’un volume de cent vingt-cinq millilitres peut porter. Parce que non percés, ils tuent les plants en dix jours.

Ce qu’un pot de 125 ml peut vraiment porter

Un pot de yaourt standard contient cent vingt-cinq millilitres. C’est moins qu’un godet carré de sept centimètres, qui en fait environ trois cent cinquante. Autrement dit, c’est un contenant de transition, pas un pot d’élevage. Il est parfait pour recevoir un plant qu’on repique à deux vraies feuilles et le tenir trois à cinq semaines, le temps qu’il fasse une motte propre.

Au-delà, les racines tapissent la paroi, tournent en spirale et le plant se met à jaunir par le bas faute de réserve. Pour une tomate semée mi-février et plantée mi-mai, il faut donc prévoir un rempotage intermédiaire dans un contenant plus grand, ou décaler le semis. Les pots de crème dessert et les pots de fromage blanc de cinq cents grammes, eux, font de très bons pots d’attente.

Laver, vraiment laver

Un résidu de lait au fond d’un pot, c’est une culture de moisissures et un appel à moucherons. Je lave à l’eau chaude savonneuse avec une brosse à vaisselle, je rince, et je laisse sécher à l’envers sur un torchon. Le lave-vaisselle marche aussi, mais à basse température : au-delà de cinquante-cinq degrés, le polystyrène se déforme et les pots deviennent inempilables.

Pour ceux qui ont déjà servi une saison, je fais tremper une heure dans de l’eau très chaude avec un peu de vinaigre blanc, puis je frotte et je rince abondamment. L’objectif est d’éliminer les dépôts de sels et les résidus de terreau où survivent les champignons responsables de la fonte des semis. Ce n’est pas de la coquetterie : un pot sale multiplie les pertes de jeunes plants.

Percer : combien de trous, quelle taille

C’est l’étape qu’on bâcle et c’est celle qui compte le plus. Un pot de yaourt n’a aucun drainage, et un substrat gorgé d’eau en permanence asphyxie les racines en une dizaine de jours. Le plant ne fane pas, il s’arrête simplement de pousser, ce qui trompe beaucoup de monde.

Je fais quatre à cinq trous de trois à quatre millimètres, jamais un seul gros trou central. Un trou unique se bouche avec la première racine et l’eau stagne. Je les répartis en périphérie du fond plutôt qu’au centre, parce que le pot repose sur sa collerette et que l’eau s’évacue mieux par les bords. J’ajoute deux petits trous sur les côtés, à cinq millimètres du fond, pour les pots posés à plat dans un bac.

L’outil qui marche

Le fer à souder à petite panne est de loin le meilleur outil : il perce net, en une seconde, sans fendre le plastique. À défaut, un clou de trois millimètres chauffé quelques secondes à la flamme fait exactement le même travail, à condition de le tenir avec une pince et de faire ça dehors ou fenêtre ouverte, parce que le plastique chauffé dégage des fumées désagréables.

La vrille et la perceuse, elles, font éclater le polystyrène qui est cassant. La pointe de ciseaux fonctionne sur les pots souples en polypropylène, ceux qui plient sans se briser. Un truc simple pour trier : si le pot craque en le pressant, il est en polystyrène, on chauffe ; s’il se déforme sans bruit, on peut percer à froid.

Le substrat

Je remplis avec un terreau de rempotage classique, ni tamisé ni enrichi, et je le mouille légèrement avant de remplir. Un terreau sec versé sec se laisse traverser par l’eau sans jamais s’humecter à cœur, et on se retrouve avec un cœur de motte poussiéreux sous une surface trempée. Je remplis jusqu’à un centimètre du bord et je tasse à peine.

Pas d’engrais au repiquage. Le terreau du commerce contient de quoi tenir quatre à six semaines, ce qui couvre toute la durée de vie utile du pot de yaourt. Un apport supplémentaire à ce stade donne des plants mous, filés, avec de grandes feuilles tendres qui souffrent à la plantation. Mieux vaut un plant trapu et un peu affamé qu’un plant gras.

Arroser par le bas, presque toujours

Les pots de yaourt sont légers, hauts et étroits ; un arrosage par-dessus déchausse la jeune tige et compacte la surface. Je les range serrés dans une caissette étanche et je fais boire tout le monde en même temps. Ma routine tient en quatre points :

  • je verse deux centimètres d’eau dans la caissette, à température de la pièce
  • je laisse absorber quinze à vingt minutes, pas davantage
  • je vide ce qui reste, systématiquement, pour que les pots ne baignent pas
  • je laisse la surface sécher légèrement entre deux arrosages, elle doit être plus claire au toucher

Étiqueter, et s’y retrouver en mai

Sur du plastique humide, le stylo à bille ne tient pas, le feutre à alcool pâlit en six semaines et l’étiquette adhésive se décolle. Ce qui fonctionne chez moi, c’est le crayon à papier gras sur une languette de store vénitien récupérée, ou directement le marqueur peinture sur le flanc du pot, qui tient une saison entière et part au grattoir.

Notez la variété et la date de semis, pas seulement l’espèce. En mai, quand on a douze pots de tomates qui se ressemblent tous, la date de semis est l’information qui permet de décider quoi planter en premier. Je photographie aussi le plan de la caissette avec le téléphone, ça m’a sauvée plus d’une fois quand les étiquettes ont volé.

Le blanc du pot, un avantage discret

Un pot blanc opaque réfléchit la lumière et chauffe nettement moins qu’un godet noir. Sur un rebord de fenêtre plein sud en avril, j’ai relevé jusqu’à six ou sept degrés d’écart en surface de motte entre les deux. Pour de jeunes racines, qui souffrent au-delà de trente degrés, ce n’est pas anodin.

L’opacité a un second mérite : elle empêche les algues vertes de proliférer contre la paroi, ce qui arrive vite dans un contenant transparent. Ces algues ne tuent pas le plant, mais elles consomment de l’azote et de l’oxygène, et elles rendent le pot désagréable à réutiliser. Le pot de yaourt classique, blanc et mat, est de ce point de vue mieux conçu qu’il n’y paraît.

Dépoter sans casser la motte

Contrairement à un godet en tourbe ou à un rouleau de carton, le pot de yaourt ne se plante pas. Il faut le retirer, et c’est en réalité une bonne chose : on voit l’état des racines avant de mettre en terre, on repère les motte tournées, les racines brunes, les plants qui n’ont pas pris.

La manœuvre est simple si le substrat est légèrement humide, jamais détrempé ni sec. Je passe le pouce sur le fond, j’appuie sur les trous pour décoller, je retourne le pot en tenant le collet entre deux doigts, et la motte glisse. Si elle résiste, je fais rouler le pot sur la table pour décoller la paroi plutôt que de tirer sur la tige.

Ranger d’une année sur l’autre

Lavés, séchés, empilés par vingt-cinq et rangés dans un carton fermé, ils tiennent trois à quatre ans. Le polystyrène devient cassant avec le temps, surtout s’il a passé l’été dehors au soleil : les rayons ultraviolets le fragilisent et il finit par se fendre en éclats blancs qu’on retrouve partout dans les massifs. Dès qu’un pot craque au dépotage, je le sors du lot.

Je stocke à l’abri de la lumière, dans l’appentis, jamais dans une serre. Et je ne les utilise pas pour des cultures qui restent longtemps, ni pour du semis de plantes à racines pivotantes qui ont besoin de profondeur. Chaque contenant a son emploi ; celui-ci est un pot de transition et il le fait très bien.

Le conseil de Sophie. Percez tous vos pots d’un coup, en une seule séance de trente minutes à l’automne : au printemps, on est toujours pressé, et c’est exactement à ce moment-là qu’on se dit que trois trous suffiront.

Sophie Lemoine
Sophie Lemoine

Je cultive 180 m² de potager en Anjou, sans engrais de synthèse, et je raconte ici ce qui marche vraiment — y compris mes ratés.

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