Un balcon de six mètres carrés, un mur nu, et l’envie d’y faire pousser autre chose que trois pots alignés au sol : c’est exactement la situation dans laquelle j’étais chez ma sœur, à Angers, l’été dernier. Nous avons monté un mur végétal en palette en un après-midi, et il a tenu toute la saison avec des fraisiers et des aromatiques. Mais il y a deux ou trois choses à savoir avant de percer quoi que ce soit, en particulier sur le poids et la fixation.
Choisir une palette qui ne vous empoisonnera pas
Toutes les palettes ne sont pas bonnes à planter. Regardez le marquage brûlé sur les dés latéraux : les lettres HT signifient traitement thermique, c’est-à-dire un simple passage à la chaleur, et cette palette-là ne pose aucun problème. Les lettres MB désignent un traitement au bromure de méthyle, un fumigant interdit à l’usage en Europe mais qu’on croise encore sur des palettes venues d’ailleurs.
Écartez également toute palette tachée d’huile, de solvant ou de produit non identifié, ainsi que celles qui ont visiblement servi en milieu industriel. Une palette de récupération propre et sèche se trouve facilement, souvent gratuitement, et il n’y a aucune raison de se contenter d’une douteuse quand la vôtre va porter des fraises que vous mangerez.
La préparer avant de planter
Brossez à sec pour retirer la terre et les échardes, puis poncez sommairement les arêtes que vous toucherez souvent. Un lavage à l’eau savonneuse et un séchage complet au soleil suffisent ; inutile de traiter le bois avec un produit fongicide, qui migrerait dans le substrat. Si vous voulez prolonger sa durée de vie, une huile de lin passée à l’extérieur uniquement fait le travail sans risque.
Prévoyez malgré tout que le bois s’abîme. Une palette exposée à la pluie et arrosée quotidiennement tient trois à quatre saisons avant que les lattes du bas ne commencent à se déliter. C’est un objet consommable, pas un meuble : cela évite d’y investir trop de temps et d’argent.
Fabriquer les poches de plantation
Le principe est simple : agrafer une bande de feutre géotextile derrière et sous chaque espace entre deux lattes, de manière à créer une série de bacs ouverts vers le haut et vers l’avant. Utilisez un feutre horticole épais, de préférence deux cent grammes au mètre carré, et une agrafeuse murale avec des agrafes de dix millimètres.
Une erreur répandue consiste à doubler l’intégralité de l’arrière avec un film plastique étanche pour protéger le mur. Le bois se retrouve alors coincé entre le substrat humide et une bâche imperméable, et il pourrit deux fois plus vite. Si vous devez protéger une façade, laissez plutôt un centimètre d’air entre la palette et le mur en intercalant des tasseaux : la lame d’air fait bien mieux le travail.
Le poids, la question qu’on oublie
C’est le point que je veux vraiment souligner. Une palette Europe pèse déjà entre vingt et vingt-cinq kilos à sec. Ajoutez le substrat, les plantes et l’eau d’arrosage, et vous atteignez couramment cinquante à soixante-dix kilos. Ce n’est pas anodin pour une structure de balcon, et encore moins pour un garde-corps.
Ne suspendez jamais une palette plantée à la rambarde, du côté extérieur ou intérieur. Les garde-corps sont dimensionnés pour résister à une poussée horizontale, pas pour porter une charge verticale permanente, et une chute depuis un étage est une catastrophe. En copropriété, cela vous engage pleinement. La palette se pose au sol en appui contre le mur, légèrement inclinée, ou se fixe au mur porteur avec des équerres et des chevilles adaptées au support.
Alléger le substrat
Le terreau ordinaire est lourd et se tasse. Le mélange que j’utilise pour ce type de structure verticale est plus léger et retient mieux l’eau tout en restant drainant :
- Six volumes de terreau universel de bonne qualité.
- Deux volumes de perlite ou de vermiculite.
- Un volume de fibre de coco réhydratée.
- Un volume de compost mûr tamisé, pour la nourriture des premières semaines.
Ce mélange fait gagner près d’un tiers du poids par rapport à du terreau seul, ce qui n’est pas négligeable quand on multiplie par cinquante litres. Tassez modérément à la plantation : trop tassé, le substrat s’asphyxie, pas assez, il s’affaisse et découvre les racines au bout de deux semaines.
Ce qu’on peut y faire pousser
Les poches d’une palette contiennent peu de terre, dix à quinze centimètres de profondeur au mieux, ce qui exclut d’emblée les légumes à racine longue comme les carottes ou les panais. En revanche, les plantes à système racinaire superficiel s’y plaisent : fraisiers, salades à couper, roquette, mâche, radis, ciboulette, persil, thym, origan, sarriette.
Réservez la menthe à une poche isolée, elle colonise tout en une saison. Les capucines, les œillets d’Inde et les petites vivaces couvre-sol comme les heuchères ou les campanules des murs conviennent très bien pour la partie décorative. Sur un balcon nord, misez sur les fougères, le lierre et les fuchsias plutôt que sur des aromatiques méditerranéennes qui n’y donneront rien.
L’arrosage, le vrai talon d’Achille
Un mur végétal sèche beaucoup plus vite qu’un bac au sol, parce que le volume de terre est faible et que la surface exposée au vent est grande. En juillet, sur une exposition sud, il faut arroser tous les jours, parfois matin et soir. C’est le facteur qui décide de la réussite bien plus que le choix des plantes.
L’eau descend par gravité : les poches du haut sèchent nettement plus vite que celles du bas, qui reçoivent en plus le surplus. Adaptez la plantation à cette réalité en mettant les plus gourmandes en eau en bas et les plus résistantes à la sécheresse en haut. Un petit goutte-à-goutte relié à un programmateur, même sur robinet de balcon, change complètement la donne pour les départs en vacances.
L’exposition et le vent
Plein sud contre un mur clair, la chaleur réfléchie peut cuire les racines dans des poches peu épaisses ; j’ai mesuré cinq à sept degrés de plus qu’en pot au sol un après-midi de canicule. Une exposition est ou ouest est en réalité plus confortable pour la plupart des plantes.
En étage élevé, le vent dessèche autant que le soleil et couche les tiges hautes. Une palette adossée à un mur plein est déjà bien protégée, mais si votre balcon est un couloir à courants d’air, une canisse latérale ou un simple panneau de bois sur le côté le plus exposé fera gagner beaucoup à vos plantations.
Le conseil de Sophie. Remplissez la palette d’eau une fois montée et avant de planter, puis regardez par où ça coule et à quelle vitesse ça sèche : vous saurez immédiatement quelles poches méritent les plantes les plus délicates.

