En arrosant mon citronnier un matin de février, j’ai remarqué trois amas de coton blanc coincés à la base des feuilles. J’ai passé le doigt dessus, et c’était gras. Quinze jours plus tard la plante en était couverte et le rebord de fenêtre collait. Voilà ce que j’aurais dû faire dès le premier flocon.
Ce coton blanc n’est ni de la poussière ni une moisissure
Sous chaque amas se cache un insecte ovale de deux à quatre millimètres, mou, rosé ou gris clair, avec de courtes pattes et des filaments blancs sur les côtés. Il fabrique lui-même cette cire poudreuse, et elle le protège remarquablement bien : l’eau glisse dessus, les pulvérisations aussi. C’est toute la difficulté de cette bestiole, et la raison pour laquelle tant de traitements échouent.
Ne la confondez pas avec l’oïdium, qui forme un feutrage blanc étalé sur toute la surface du limbe et disparaît sous un doigt sec. Écrasez un amas sur un mouchoir de papier blanc : si vous obtenez une trace orangée ou rousse, vous avez affaire à une cochenille farineuse. Une simple poussière domestique, elle, ne laisse aucune couleur derrière elle.
Elles se cachent toujours aux mêmes endroits
Aisselles des feuilles, revers le long de la nervure centrale, jonction entre deux tiges, dessous d’une feuille repliée, base des bulbes, intérieur des cornets d’un ficus, interstices serrés d’un yucca ou d’un dracaena. Elles fuient la lumière et cherchent les recoins abrités où personne ne passe jamais le chiffon. C’est une constante, sur toutes les plantes que j’ai eu à traiter.
Prenez une lampe de poche, inspectez la plante de bas en haut, puis retournez le pot pour regarder sous le rebord et autour des trous de drainage. J’ai trouvé plusieurs fois des colonies entières sur la face intérieure d’une soucoupe, à quelques centimètres d’un feuillage que je croyais propre.
Le cycle qui explique toutes les rechutes
Une femelle pond entre deux cents et six cents œufs dans un petit sac cotonneux qu’elle laisse derrière elle avant de mourir. Selon la température, l’éclosion prend six à quatorze jours, et les jeunes larves sont mobiles, translucides, à peine plus grosses qu’un grain de poussière. Ce sont elles qui colonisent le reste de la plante, et vous ne les verrez pas à l’œil nu.
Dans un appartement chauffé à vingt-deux ou vingt-quatre degrés, la reproduction ne s’arrête jamais : comptez une génération toutes les six à huit semaines, avec des pontes qui se chevauchent en permanence. C’est exactement pour cette raison qu’un traitement unique ne règle rien du tout. Il faut repasser tous les sept jours pendant au moins un mois complet.
Le coton-tige à l’alcool, un amas après l’autre
C’est laborieux et c’est pourtant la méthode la plus fiable que je connaisse. Trempez un coton-tige dans de l’alcool à soixante-dix degrés et touchez chaque amas : la cire se dissout instantanément, l’insecte apparaît, vire à l’orange et meurt en quelques secondes. Vous voyez immédiatement le résultat, ce qui vous évite d’en oublier la moitié en route.
Pour une plante moyenne, comptez un bon quart d’heure. Servez-vous d’un pinceau souple pour les recoins étroits et d’un chiffon imbibé pour les grandes feuilles lisses. Jetez cotons et débris dans un sac fermé : les larves survivent plusieurs jours sur un déchet abandonné dans une poubelle ouverte.
Testez l’alcool avant de le généraliser
L’alcool est efficace, mais il n’est pas anodin pour tous les feuillages, et c’est là que beaucoup de plantes prennent cher pour rien. Faites toujours un essai sur deux ou trois feuilles et attendez quarante-huit heures avant de traiter la plante entière.
- diluez de moitié avec de l’eau sur les feuillages fins, jeunes ou tendres
- ne l’utilisez jamais sur les feuilles duveteuses type saintpaulia, les taches sont définitives
- ne traitez pas un sujet assoiffé, arrosez la veille et laissez-le se remettre
- évitez le plein soleil et les vitrages surchauffés pendant l’opération
- rincez à l’eau tiède le lendemain sur les feuillages vernissés qui marquent facilement
L’huile et le savon noir prennent le relais
Le retrait manuel élimine les adultes visibles, pas les larves déjà parties ailleurs. Enchaînez donc avec une pulvérisation de savon noir liquide, à raison de cinq grammes par litre d’eau tiède, ou d’une huile végétale à un pour cent émulsionnée avec un peu de ce même savon. Ces produits agissent mécaniquement, en bouchant les orifices respiratoires de l’insecte.
Mouillez surtout le revers des feuilles et les aisselles, jusqu’au ruissellement, sinon vous perdez votre temps. Répétez trois fois à sept jours d’intervalle. Ne montez pas les doses pour aller plus vite : au-delà, vous brûlez le feuillage. Traitez le soir, jamais au-dessus de vingt-huit degrés.
L’angle mort, ce sont les racines
Il existe des cochenilles farineuses qui vivent sous terre, directement sur le pain racinaire. Vous les repérez en dépotant : une poudre blanche cotonneuse sur les racines et contre la paroi intérieure du pot, parfois une odeur de moisi. La plante stagne, s’affaisse en journée et ne repart pas malgré des arrosages corrects et un rempotage récent.
Dans ce cas, sortez la motte, éliminez le vieux terreau, lavez les racines à l’eau tiède, coupez ce qui est mort et rempotez dans un substrat neuf. Le pot doit être lavé à l’eau chaude savonneuse, ou remplacé. C’est radical, mais je n’ai jamais rattrapé ce type d’attaque autrement.
Les fourmis sont complices
Si vous voyez une file de fourmis monter le long d’un tronc, ce n’est pas un hasard. Elles se nourrissent du miellat sucré excrété par les cochenilles, les transportent d’une plante à l’autre et écartent leurs prédateurs naturels. Tant qu’elles font la navette, votre traitement travaille contre un adversaire qui replace ses troupes au fur et à mesure.
Isolez le pot sur une soucoupe remplie d’eau, ou posez une bande engluée sur le tronc d’un sujet en bac. Cherchez surtout d’où part la file : elle mène presque toujours à un pot voisin qui abrite le vrai foyer, celui que vous n’aviez pas inspecté.
Ce que j’ai arrêté d’essayer
J’ai testé le vinaigre blanc : il abîme l’épiderme des feuilles bien avant d’atteindre un insecte protégé par sa cire. Le purin d’ortie est un bon fertilisant, il n’a aucune action insecticide sérieuse dans ce cas précis. La cannelle et le marc de café n’ont rien changé chez moi, et je n’ai vu passer aucun essai convaincant sur le sujet.
Quant aux huiles essentielles pulvérisées pures, elles brûlent le feuillage, et je ne les manipule pas à la légère dans une maison où circulent un chat et des enfants. Ce qui a vraiment fonctionné tient en un mot : la régularité. Sept jours, quatre fois de suite, même quand la plante paraît guérie.
La quarantaine, la seule prévention qui tienne
Presque toutes mes invasions sont arrivées avec une plante offerte, une jardinerie pressée ou une bouture rapportée d’un échange entre voisins. Depuis, toute nouvelle venue passe trois à quatre semaines seule dans une pièce à l’écart, avec une inspection à la lampe chaque semaine, revers des feuilles compris. Profitez-en pour dépoter et regarder les racines, c’est le moment où ça ne coûte rien.
Ça paraît excessif jusqu’au jour où vous passez trois mois à traiter une collection entière feuille par feuille. Cinq minutes par semaine m’ont divisé les problèmes par trois en deux saisons.
Le conseil de Sophie. Le conseil de Sophie : notez la date de votre passage au coton-tige sur une étiquette plantée dans le pot, et refaites-le sept jours plus tard même si la plante vous semble impeccable, car c’est toujours le tour qu’on saute qui relance la colonie.

