Plantes suspendues qui inondent le sol à chaque arrosage : l'astuce du glaçon

Plantes suspendues qui inondent le sol à chaque arrosage : l’astuce du glaçon

Les plantes suspendues sont magnifiques et pénibles à arroser. Vous montez sur un tabouret, vous versez, et la moitié de l’eau ressort aussitôt par le fond en trempant le parquet et le canapé. Résultat : on arrose trop peu, on finit par ne plus arroser du tout, et la plante décline lentement au-dessus de nos têtes. L’astuce des glaçons circule beaucoup pour régler ça ; elle mérite qu’on la regarde de près, parce qu’elle est à moitié fausse.

Pourquoi l’eau traverse sans être absorbée

Une suspension sèche plus vite que tout le reste de la maison : elle est en hauteur, où l’air est plus chaud et plus sec, souvent dans un pot de petit volume, et fréquemment très enracinée. Quand la motte a séché à cœur, la tourbe devient hydrophobe et se rétracte, ce qui ouvre un anneau vide entre la terre et la paroi. L’eau file dans ce couloir et ressort en trois secondes.

Vous avez donc l’impression d’avoir arrosé abondamment alors que le cœur de la motte est resté sec. Le mal s’aggrave tout seul : plus la motte sèche, plus elle repousse l’eau, plus les racines du fond meurent, plus la plante décline. C’est la cause numéro un des pothos suspendus qui se dégarnissent par le haut et gardent trois lianes pendantes.

Le glaçon, ce qu’il fait réellement

L’idée du glaçon est séduisante : il fond lentement, l’eau pénètre progressivement au lieu de traverser, et rien ne déborde. Sur le principe de la diffusion lente, c’est juste. Le problème est ailleurs : c’est une question de volume, et personne ne fait le calcul.

Un glaçon de bac standard, c’est vingt à vingt-cinq millilitres d’eau. Un pot suspendu de dix-huit centimètres de diamètre a besoin, pour être correctement humidifié à cœur, de trois cents à cinq cents millilitres. Il vous faudrait donc quinze à vingt glaçons, à disposer sans les empiler, ce que personne ne fait. En pratique, les deux ou trois glaçons habituels humidifient le premier centimètre de terre et rien d’autre : la plante vit en sous-arrosage chronique.

Le froid sur des racines tropicales

Le second reproche est thermique. La plupart de nos suspensions — pothos, philodendron, ceropegia, chlorophytum — sont des plantes tropicales dont les racines fonctionnent entre 18 et 25 °C. Un glaçon posé au contact direct des racines superficielles crée localement un point à 0 °C pendant plusieurs minutes, ce qui n’a rien de naturel pour ce type de tissu.

Faut-il en faire un drame ? Non, et je n’ai pas de preuve que quelques glaçons occasionnels tuent une plante. Mais l’inconfort est réel, il est facile à éviter, et il n’apporte aucun bénéfice par rapport à de l’eau tiède versée doucement. Si vous tenez absolument aux glaçons, posez-les au bord du pot, jamais contre le collet ni sur des racines apparentes.

Le cas particulier des orchidées

On a beaucoup dit que les glaçons ruinaient les phalaenopsis, et c’est de là que vient la mode. Un essai universitaire mené sur plusieurs mois n’a pourtant pas trouvé de différence significative entre des phalaenopsis arrosés avec trois glaçons par semaine et des plantes arrosées normalement. Il faut dire que ces orchidées poussent dans de l’écorce, un substrat très ouvert, et que leurs racines aériennes tolèrent des variations importantes.

Ce résultat ne se transpose absolument pas à une plante verte en terreau, et c’est l’erreur qu’on lit partout. Le volume d’eau nécessaire n’est pas le même, la structure du substrat n’est pas la même, et les racines non plus. Autrement dit : le glaçon n’est pas un poison, mais ce n’est pas une méthode d’arrosage pour une suspension feuillue.

La vraie solution : décrocher le pot

Ce qui a réglé le problème chez moi, ce n’est pas une astuce, c’est une quincaillerie à trois euros. J’ai remplacé le crochet fixe du plafond par un mousqueton et un bout de chaîne d’une trentaine de centimètres. Décrocher la plante prend cinq secondes, on l’emporte à l’évier, on l’arrose correctement, on la laisse égoutter et on la raccroche.

Une fois ce geste devenu simple, tout le reste s’arrange : plus d’eau au sol, plus de sous-arrosage, plus de gymnastique sur un tabouret. Pour les pots lourds ou très hauts, une poulie de linge avec un taquet coûte une quinzaine d’euros et permet de descendre la plante à hauteur d’homme. C’est le seul aménagement que je recommande vraiment à quiconque possède plus de deux suspensions.

Le bain de vingt minutes, adapté aux suspensions

Une fois le pot décroché, profitez-en pour faire un vrai arrosage par le bas, qui règle le problème d’hydrophobie. Remplissez l’évier de dix centimètres d’eau tiède, posez le pot dedans, et laissez-le vingt à trente minutes, jusqu’à ce que les bulles cessent de remonter. La motte se réhydrate en profondeur, ce qu’aucun arrosage par le haut ne réussira sur un substrat rétracté.

Égouttez ensuite au moins vingt minutes avant de raccrocher, sinon vous transformez votre plafond en douche. Une fois par mois environ, remplacez ce bain par un rinçage généreux par le haut, avec deux à trois fois le volume du pot en eau, pour évacuer les sels accumulés. En alternant les deux, vous n’aurez ni motte sèche ni croûte blanchâtre en surface.

Arroser en place sans inonder

Si le pot ne peut vraiment pas être décroché, on peut arroser en place, à condition d’accepter la lenteur. La règle est de diviser la dose en trois ou quatre passages espacés de cinq à dix minutes, avec un arrosoir à bec fin et un filet d’eau très mince, en tournant tout autour de la motte plutôt qu’en versant au centre. Le premier passage réamorce le substrat, les suivants pénètrent réellement.

Avant de commencer, placez une bassine basse, un grand plat ou une simple serviette pliée en quatre sous le pot, sur le sol. On oublie systématiquement cette précaution et on se retrouve à éponger. Une petite bouteille souple à bec long, du type biberon d’arrosage, permet aussi de viser précisément sans monter très haut.

Le cache-pot étanche, bon serviteur et mauvais maître

Beaucoup de suspensions sont vendues avec un pot extérieur sans trou, ce qui règle le problème du dégouttement et en crée un autre : l’eau stagne au fond, invisible, et fait pourrir les racines en quelques semaines. Le fond d’un cache-pot suspendu ne se contrôle jamais du regard, c’est précisément ce qui le rend dangereux.

La bonne configuration est un pot de culture percé, glissé dans le cache-pot, avec deux à trois centimètres de billes d’argile au fond du cache-pot. Attention à ne pas se raconter d’histoires : ces billes ne créent aucun drainage, elles servent uniquement de réserve pour que la base du pot ne trempe pas. Et il faut quand même vider l’excédent après chaque arrosage, en soulevant simplement le pot intérieur.

Le goutte-à-goutte de secours pour les absences

Pour un départ d’une à deux semaines, il existe une solution maison qui fonctionne correctement sur les suspensions, à condition de la tester avant de partir.

  • Prenez une bouteille en plastique de 50 cl à 1,5 l selon la taille du pot.
  • Percez le bouchon d’un seul trou de 1 mm avec une pointe chauffée.
  • Remplissez, revissez, retournez la bouteille et enfoncez le goulot de cinq centimètres dans la terre.
  • Vérifiez le débit sur trois jours avant votre départ : trop rapide, réduisez le trou ; rien ne coule, agrandissez-le.
  • Arrosez normalement la veille du départ, le système ne sert qu’à entretenir l’humidité, pas à réhydrater une motte sèche.

Quand le pot est simplement trop serré

Si l’eau traverse toujours en trois secondes après un bon bain, le problème est probablement mécanique : la motte n’est plus que des racines. Sortez-la du pot et regardez. Un chignon de racines enroulées sur elles-mêmes, une motte qui garde la forme du pot une fois retirée, une terre devenue minoritaire : il n’y a plus assez de substrat pour retenir la moindre goutte.

Dans ce cas, aucune astuce d’arrosage ne compensera. Griffez les racines extérieures sur un centimètre, coupez le fond du chignon si nécessaire, et rempotez dans un contenant d’un ou deux centimètres de plus, avec un terreau allégé d’un tiers de perlite. C’est le moment idéal pour raccourcir les lianes trop longues et bouturer les extrémités, qui reprennent très facilement dans l’eau.

Le conseil de Sophie. Remplacez le crochet fixe de vos suspensions par un mousqueton : c’est trois euros, et vous arroserez enfin ces plantes comme les autres.

Sophie Lemoine
Sophie Lemoine

Je cultive 180 m² de potager en Anjou, sans engrais de synthèse, et je raconte ici ce qui marche vraiment — y compris mes ratés.

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