Compost sur balcon : le lombricomposteur qui ne sent rien

Compost sur balcon : le lombricomposteur qui ne sent rien

Pendant des années, j’ai cru qu’un lombricomposteur sur un balcon finirait forcément en odeur de poubelle et en remarque désagréable du voisin du dessus. J’en ai un depuis six ans, posé à trois mètres de ma porte-fenêtre, et il ne sent rien du tout. Quand il se met à sentir, ce n’est jamais un mystère : il y a une cause précise, et elle se corrige en une semaine. Voici ce que j’ai compris à force de me tromper.

Une odeur, c’est toujours un manque d’air

Un lombricomposteur en bonne santé sent la terre de sous-bois après une pluie. C’est une odeur discrète, qu’on ne perçoit qu’en collant le nez au bac ouvert. Si vous sentez quelque chose depuis le salon, la digestion s’est arrêtée d’être aérobie : l’oxygène ne circule plus dans la matière, et ce sont d’autres bactéries qui prennent le relais, celles qui produisent des composés soufrés.

Les deux odeurs se distinguent facilement. Une odeur d’œuf pourri ou de vase signale un excès d’eau et un tassement : la matière colle, l’air ne passe plus. Une odeur piquante d’ammoniaque signale l’inverse, un excès d’apports azotés, autrement dit trop d’épluchures d’un coup sans matière sèche pour équilibrer. Dans les deux cas, la réponse commence par la même chose : arrêter de nourrir et ajouter du carton.

Le bac : ce qui compte vraiment

Le format à plateaux empilables reste le plus simple sur un balcon. Trois plateaux de quarante centimètres sur soixante occupent une emprise au sol d’un quart de mètre carré, pas davantage, et on travaille toujours par le haut. Les pieds surélevés évitent la flaque en dessous, et le robinet de récupération sert surtout à ne pas laisser le liquide stagner au fond.

Ce qui compte vraiment, ce sont les aérations latérales et un couvercle opaque mais non hermétique. Un bac totalement étanche fabrique de la condensation, la condensation fabrique une bouillie, et la bouillie fabrique l’odeur. J’ai percé une dizaine de trous supplémentaires de six millimètres sur les flancs de mon premier bac, et le problème que je traînais depuis l’automne a disparu en quinze jours.

Les vers du jardin n’y survivent pas

C’est l’erreur de départ la plus fréquente. Les gros lombrics que vous déterrez en bêchant sont des vers fouisseurs qui vivent en profondeur et qui mourront dans un bac. Ceux qu’il vous faut sont des vers de surface, Eisenia fetida ou Eisenia andrei, qu’on appelle vers du fumier ou vers rouges, et qui vivent naturellement dans les tas de matière en décomposition.

Comptez entre deux cent cinquante et cinq cents grammes pour démarrer un bac de cette taille. On en trouve auprès d’associations de quartier, de jardiniers qui divisent leur population, ou à l’achat. La population s’ajuste toute seule à la nourriture disponible : inutile de viser large au départ, elle doublera en trois à quatre mois si les conditions leur conviennent.

Le premier mois, on nourrit très peu

La litière de démarrage se prépare avant l’arrivée des vers : du carton brun déchiré et trempé, essoré à la main, sur une dizaine de centimètres, plus deux poignées de terre de jardin ou de compost mûr qui apportent les micro-organismes. On mouille, on laisse reposer deux jours, puis on installe les vers et on referme sans rien ajouter pendant une semaine.

Ensuite, la règle est d’y aller lentement. Cent grammes d’épluchures par jour pour cinq cents grammes de vers, c’est déjà bien pendant le premier mois. On dit souvent qu’un ver mange son poids chaque jour : c’est un chiffre de laboratoire, dans des conditions parfaites. Dans un bac de balcon, comptez plutôt son poids par semaine, et vous ne serez jamais en surcharge.

Ce qui entre et ce qui reste dehors

Le tri se retient en deux minutes, et il évite quatre-vingt-dix pour cent des ennuis.

  • Oui : épluchures crues coupées en morceaux de deux centimètres, marc de café avec son filtre papier, sachets de thé sans agrafe, coquilles d’œufs écrasées finement, carton brun, essuie-tout non blanchi, fleurs fanées.
  • Non : viande, poisson, produits laitiers, huile et sauces, restes cuits salés, agrumes en quantité, oignon et ail en excès, plantes malades, litière d’animal carnivore, papier glacé et adhésif.

Le carton, c’est la moitié du repas

On voit le lombricomposteur comme une machine à avaler des épluchures, et on oublie l’autre moitié. À chaque apport, j’ajoute grossièrement le même volume de carton brun déchiré à la main. Il apporte le carbone qui équilibre l’azote des déchets frais, il crée des poches d’air dans la masse, et il éponge l’eau relâchée par les végétaux.

Le carton ondulé de colis, débarrassé du ruban adhésif et des étiquettes plastifiées, fait très bien l’affaire. Les rouleaux de papier toilette et les boîtes d’œufs en carton aussi. J’évite le papier imprimé en couleurs et brillant, dont je ne connais pas la composition. Un bac qui reçoit assez de carton ne sent jamais mauvais, même quand on le nourrit un peu trop.

Le test de l’éponge essorée

L’humidité correcte se contrôle à la main, pas à l’œil. Prenez une poignée de matière au milieu du plateau actif et serrez-la : vous devez obtenir une ou deux gouttes, pas un filet. Si l’eau coule, c’est trop mouillé. Si rien ne vient et que la matière s’effrite, c’est trop sec, ce qui arrive vite l’été sur un balcon exposé.

Trop mouillé se corrige avec du carton sec en couche épaisse, le couvercle entrouvert deux jours, et une pause d’apports d’une à deux semaines. Trop sec se corrige avec un pulvérisateur d’eau à température ambiante, jamais un arrosoir : on humidifie, on ne noie pas. Un bac correctement réglé perd naturellement un peu d’eau par évaporation, c’est normal.

Les moucherons, le vrai sujet du balcon

Les odeurs se règlent facilement ; les moucherons, c’est l’ennui qui revient. Ils arrivent avec les fruits, sous forme d’œufs déjà présents sur la peau, et ils explosent dès que la température dépasse vingt-deux degrés. Le seul geste réellement efficace consiste à enterrer chaque apport sous trois centimètres de litière et à recouvrir toute la surface d’une feuille de carton humide qui fait couvercle.

Deux compléments aident beaucoup. Le premier : congeler les épluchures vingt-quatre à quarante-huit heures avant de les donner, ce qui détruit les œufs et ramollit les fibres. Le second : éviter les fruits très mûrs et les melons en pleine chaleur, ou les réserver aux mois froids. Un verre de vinaigre de cidre avec une goutte de liquide vaisselle posé à côté attrape les retardataires.

Le froid ne les tue pas, la canicule si

Les vers restent actifs entre quinze et vingt-cinq degrés. En dessous de dix, ils ralentissent et mangent beaucoup moins : il faut réduire les apports de moitié, sinon la matière s’accumule et fermente. En dessous de zéro prolongé, le bac gèle par les côtés. Je le pousse contre le mur de la maison, à l’abri du vent, et je l’emmaillote dans un vieux tapis de sol.

Le vrai danger, c’est l’été. Au-delà de trente degrés dans la masse, les vers fuient vers le fond ; au-delà de trente-cinq, ils meurent en deux jours et l’odeur suit immédiatement. Un lombricomposteur ne doit jamais recevoir le soleil direct de l’après-midi. Le mien passe la belle saison sous une table basse, dans l’angle nord du balcon.

Récolter le compost et le jus

Au bout de six à neuf mois, le plateau du bas contient une matière brune, grumeleuse, sans reste identifiable. On le vide en écartant les vers restants, on tamise grossièrement, et on obtient un amendement très concentré. Je ne l’utilise jamais pur : dix à vingt pour cent mélangés au terreau de rempotage suffisent largement, davantage risque de gêner les jeunes racines.

Le liquide du robinet mérite d’être remis à sa place. Ce n’est pas un engrais miracle, c’est un lixiviat, l’eau de percolation du bac. Je le récupère au moins une fois par semaine pour qu’il ne stagne pas, je le dilue à un volume pour dix d’eau, et je l’utilise dans les jours qui suivent sur des plantes établies, jamais sur des semis.

Le conseil de Sophie. Pesez vos épluchures pendant une seule semaine, au départ : c’est le meilleur moyen de découvrir qu’on donne deux fois trop, et c’est presque toujours de là que vient l’odeur.

Sophie Lemoine
Sophie Lemoine

Je cultive 180 m² de potager en Anjou, sans engrais de synthèse, et je raconte ici ce qui marche vraiment — y compris mes ratés.

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