Un matin de juillet, mon oxalis pourpre s’est mis à jaunir. En dix jours, il ne restait qu’un pot de terre et quelques tiges couchées. J’ai failli le vider au compost, et je remercie encore l’oubli qui m’a fait le pousser derrière la porte du cellier. Six semaines plus tard, il en sortait une dizaine de pousses violettes. Ce n’était pas une agonie, c’était une sieste.
Ce que vous voyez n’est pas une mort
L’oxalis triangularis, le faux trèfle pourpre, n’est pas une plante à feuillage permanent. C’est une plante à organes souterrains, comme une tulipe ou un cyclamen, et son feuillage est fait pour disparaître périodiquement. Sous la terre, il conserve de petits rhizomes écailleux, longs d’un à trois centimètres, qui ressemblent à des pommes de pin miniatures et qui contiennent toutes les réserves nécessaires au redémarrage.
Quand la plante entre en dormance, elle rapatrie tout ce qu’elle peut de ses feuilles vers ces rhizomes, ce qui explique le jaunissement progressif. Une fois le transfert terminé, elle laisse sécher le feuillage sans état d’âme. Vu de l’extérieur, c’est identique à une plante qui meurt. Vu de dessous, c’est une plante qui fait ses réserves.
Vérifiez que les rhizomes sont vivants
Avant toute chose, faites le test qui lève le doute en deux minutes. Enfoncez un doigt dans le terreau à trois ou quatre centimètres de profondeur et sortez un rhizome. S’il est ferme, dodu, blanc rosé à brun clair sous les écailles, la plante est parfaitement vivante et vous n’avez rien d’autre à faire qu’attendre.
Si en revanche il est mou, creux, brun foncé et qu’il s’écrase entre les doigts en dégageant une odeur aigre, il a pourri. Dans ce cas, sortez toute la motte et triez : il reste presque toujours quelques rhizomes sains sur les bords du pot, qu’il suffit de replanter dans du terreau neuf et sec. Remettez ensuite celui que vous avez sorti à sa place, sans l’exposer au soleil.
Ce qui déclenche la dormance
Trois causes reviennent, et il est utile de savoir laquelle vous concerne. La plus fréquente est la chaleur : au-delà de 27 ou 28 °C soutenus, l’oxalis triangularis s’arrête, ce qui explique que tant de plantes entrent en repos en plein été alors qu’on les croit en pleine saison.
Vient ensuite le cycle naturel : beaucoup de plants font une dormance annuelle, souvent après une longue période de floraison, indépendamment des conditions. Enfin, un stress net — rempotage brutal, oubli d’arrosage de trois semaines, courant d’air glacé — peut la déclencher par anticipation. Dans les trois cas, la conduite à tenir est la même.
Les gestes du repos
Une fois que le feuillage est majoritairement jaune ou sec, n’essayez pas de sauver les dernières feuilles vertes en arrosant davantage. Vous ne feriez que maintenir humide un pot où plus rien ne consomme d’eau, et c’est exactement comme cela que les rhizomes pourrissent.
Coupez tout le feuillage au ras du terreau avec des ciseaux propres, arrêtez complètement l’arrosage et retirez la soucoupe. Le pot doit sécher, et rester sec. Ne rempotez pas, ne fertilisez pas, ne brumisez pas. Cette période d’inactivité totale dure généralement de quatre à huit semaines.
Où mettre le pot pendant ces semaines
La lumière ne sert à rien puisqu’il n’y a plus de feuilles, et la chaleur est même contre-productive. Je place mes pots en dormance dans un cellier à 12-15 °C, à l’abri du gel, sans lumière particulière. Un garage hors gel, le bas d’un placard ou une cave saine font aussi bien l’affaire.
L’important est surtout de ne pas les oublier définitivement. J’écris la date de mise au repos sur une étiquette plantée dans le pot, et je note dans mon carnet la date à laquelle je dois aller vérifier, six semaines plus tard. Sans ça, on retrouve le pot en février avec des pousses blanches et étiolées de vingt centimètres.
Le réveil
Au bout de quatre à six semaines, sortez le pot, remettez-le en lumière vive sans soleil direct, et donnez un arrosage modéré : de quoi humidifier la motte sans la détremper. Puis attendez, en gardant le substrat juste frais. Les premières pousses, enroulées comme de petits parapluies pourpres, apparaissent entre huit et vingt jours plus tard.
À partir de là, reprenez un arrosage normal et un engrais léger toutes les trois semaines. La plante retrouve sa densité en trois à quatre semaines, et refleurit souvent dans la foulée. Si rien ne sort au bout d’un mois, remettez le pot au sec et retentez trois semaines plus tard : certains plants demandent une dormance plus longue.
Profitez du repos pour diviser
La dormance est le seul moment vraiment confortable pour multiplier un oxalis, parce qu’il n’y a pas de feuillage à ménager. Videz le pot sur une feuille de papier journal et triez les rhizomes à la main.
- gardez tous ceux qui sont fermes et clairs, jetez ceux qui sont mous ou creux
- comptez six à dix rhizomes par pot de 12 cm pour un rendu dense
- enterrez-les à deux ou trois centimètres, couchés à plat, dans un terreau allégé de perlite
- arrosez une fois, puis attendez les pousses avant de reprendre un arrosage régulier
- ne divisez pas plus d’une fois par an, les rhizomes ont besoin d’une saison pour se refaire
Éviter les dormances trop fréquentes
Un oxalis qui s’endort deux ou trois fois par an vous dit qu’il est mal placé. La cause la plus courante est un emplacement trop chaud l’après-midi, typiquement une fenêtre plein sud derrière une vitre où l’on dépasse largement les 30 °C.
Déplacez-le vers une exposition est, où il reçoit le soleil doux du matin, et éloignez-le des radiateurs en hiver. Un substrat qui ne dessèche jamais complètement entre deux arrosages aide aussi : les alternances brutales sec-détrempé sont un stress, et le stress déclenche le repos.
Ne confondez pas dormance et pourriture
Les deux se ressemblent au début, mais quelques indices les séparent nettement. Une dormance jaunit lentement, de façon assez uniforme, sur une à trois semaines, et les tiges sèchent en restant fines. Une pourriture noircit vite, souvent à partir de la base des tiges, qui deviennent molles et translucides, avec parfois une odeur.
Si le terreau est détrempé et sent le marécage, ce n’est pas une dormance : sortez immédiatement la motte, éliminez tout ce qui est mou, laissez sécher les rhizomes sains une journée à l’air libre et rempotez au sec. Attendez cinq jours avant le premier arrosage.
Une réserve à connaître
L’oxalis contient de l’acide oxalique en quantité notable, ce qui donne aux feuilles leur petit goût acidulé bien connu. Cette plante n’est pas un légume : je déconseille formellement d’en consommer, même en petite quantité, et plus encore chez les enfants ou toute personne suivie pour un problème rénal.
Elle est également considérée comme toxique pour les chats et les chiens, en particulier les rhizomes que les animaux peuvent déterrer. Placez les pots hors de portée, et ramassez les feuilles sèches tombées au sol pendant la dormance plutôt que de les laisser traîner.
Le conseil de Sophie. Notez la date au crayon sur une étiquette le jour où vous coupez le feuillage : c’est le seul moyen fiable de ne pas confondre, en octobre, un pot en dormance avec un pot vide.

