Mélisse : elle envahit comme la menthe, gardez-la en pot et coupez-la à ras

Mélisse : elle envahit comme la menthe, gardez-la en pot et coupez-la à ras

On m’a vendu ma première mélisse avec cette phrase : attention, c’est comme la menthe, elle envahit tout. J’ai obéi, je l’ai mise en pot, et trois ans plus tard j’en avais quand même partout dans les allées. La comparaison avec la menthe est juste sur le résultat, mais fausse sur le mécanisme, et c’est exactement pour cela que la mettre en pot ne suffit pas.

Elle n’envahit pas du tout comme la menthe

La menthe se propage par des rhizomes et des stolons, des tiges souterraines ou rampantes qui filent horizontalement à trente centimètres du pied et ressortent plus loin. C’est pour cela qu’on la contient dans un pot ou une barrière anti-rhizomes : on bloque physiquement un déplacement souterrain.

La mélisse, Melissa officinalis, ne fait rien de tout cela. Sa souche grossit sur place, en touffe, et reste bien sage à l’endroit où vous l’avez plantée. Ce qui envahit, ce sont ses graines. Un seul pied fleuri en produit des milliers, minuscules, que la pluie et le vent dispersent dans tout le jardin, et qui restent viables plusieurs années dans le sol.

Le pot ne règle donc que la moitié du problème

Mettre une mélisse en pot est une bonne idée, mais pour une autre raison que celle qu’on vous donne : cela vous permet de contrôler son sol, son eau et son emplacement. Cela n’empêche absolument pas les graines de sortir du pot et de germer trois mètres plus loin dans un joint de dalle.

J’ai fait l’expérience malgré moi. Mon pot était nickel, la touffe bien contenue, et pourtant je désherbais des plantules de mélisse dans les fraisiers, entre les pavés et au pied de la haie. Tant que la plante monte en graines, aucun contenant ne l’arrêtera. Le vrai levier est ailleurs.

Couper à ras avant la floraison, le geste décisif

La mélisse fleurit chez moi de fin juin à août, en petites fleurs blanchâtres discrètes très visitées par les abeilles. Le moment à ne pas manquer est celui où les boutons se forment mais ne sont pas encore ouverts. Je rabats alors toute la touffe à cinq ou dix centimètres du sol, sans état d’âme, au sécateur ou à la cisaille.

Cette coupe fait trois choses en même temps. Elle supprime la totalité de la production de graines pour l’année, elle déclenche une repousse de feuilles jeunes bien plus parfumées que les feuilles âgées de juillet, et elle assainit une touffe qui commence souvent à jaunir en son centre. Si l’été est doux, la repousse peut à son tour monter en fleurs, et je repasse alors une seconde fois fin août pour ôter simplement les hampes florales. Cette plante est assez vigoureuse pour l’encaisser sans broncher.

En pot, il faut diviser régulièrement

Une mélisse en pot de trente centimètres se plaît très bien pendant deux ou trois ans, puis le centre de la touffe se dégarnit et les feuilles rapetissent. C’est le signe classique d’une souche à diviser. J’ai laissé passer ce stade une fois : la plante n’était pas morte, mais elle ne donnait plus rien d’intéressant.

La division se fait au printemps, quand les premières pousses apparaissent. Je dépote, je fends la motte en deux ou trois avec un couteau de cuisine ou une bêche, je jette la partie centrale épuisée, et je replante les éclats périphériques dans du substrat neuf. Un pied donne trois pots, et il en reste toujours à donner aux voisins.

Soleil ou mi-ombre, selon ce que vous cherchez

La mélisse est l’une des rares aromatiques qui accepte franchement la mi-ombre. Elle y fabrique des feuilles plus grandes et plus tendres, mais un peu moins concentrées en arômes. Au plein soleil, le feuillage est plus petit, plus gaufré, et sent nettement plus fort.

Ce qu’elle demande vraiment, c’est de la fraîcheur au pied : un sol qui sèche complètement la fait jaunir et monter à fleurs prématurément. En pot, cela signifie arroser plus souvent que pour un thym, et pailler la surface avec deux centimètres de tonte séchée. Elle disparaît totalement en hiver, ce qui inquiète les débutants, puis ressort en avril sans aide, même après moins vingt degrés.

Fraîche, elle est bien meilleure que sèche

C’est le point où beaucoup de jardiniers sont déçus. La mélisse doit son parfum au citral et au citronellal, des molécules très volatiles qui s’échappent en grande partie au séchage, si bien qu’une mélisse séchée à la va-vite sent le foin et rien d’autre. Ce n’est pas votre faute, c’est la nature de la plante. Si vous voulez la conserver, il faut donc sécher vite et froid, ou congeler ; voici ce qui fonctionne le mieux chez moi.

  • Étaler les feuilles en une seule couche sur une claie, dans une pièce sombre et ventilée, sans jamais dépasser trente-cinq degrés.
  • Retourner chaque jour et arrêter dès que les feuilles cassent net, en général en trois à cinq jours.
  • Ou, plus simplement, ciseler les feuilles fraîches et les congeler dans un bac à glaçons rempli d’eau, ce qui préserve remarquablement les arômes.

L’histoire du répulsif à moustiques mérite d’être corrigée

On lit partout qu’un pot de mélisse sur la terrasse éloigne les moustiques. C’est faux tel quel. Une plante intacte ne diffuse quasiment rien dans l’air ambiant : ses composés restent enfermés dans les glandes de la feuille tant qu’on ne les écrase pas. Un pied de mélisse posé près de la table ne vous protégera de rien.

Ce qui a une réalité, c’est l’effet répulsif de courte durée obtenu en frottant vigoureusement des feuilles fraîches sur la peau, et surtout celui des extraits concentrés. Encore faut-il savoir que cet effet dure quelques dizaines de minutes au mieux, et qu’un frottement de plante sur la peau peut provoquer des réactions chez les personnes sensibles. Faites un essai sur une petite zone avant de généraliser.

Les abeilles, elles, ne s’y trompent pas

Le nom de la plante vient du grec melissa, qui signifie abeille, et ce n’est pas un hasard. Les apiculteurs frottaient traditionnellement l’intérieur des ruches avec des feuilles fraîches pour attirer les essaims. Ses fleurs sont très visitées par les abeilles domestiques et par quantité de pollinisateurs sauvages.

Cela crée un vrai dilemme avec la coupe avant floraison que je recommande. Ma solution de compromis est de garder un pied dédié, isolé dans un coin, que je laisse fleurir pour les abeilles, et de couper systématiquement tous les autres avant les graines. On garde l’intérêt écologique sans se condamner à désherber pendant cinq ans.

Si elle a déjà pris le jardin

Quand les plantules sont partout, il n’y a pas de solution miracle mais une série de gestes qui font reculer le problème en deux saisons. Le premier est d’arracher les jeunes plants au printemps, quand ils ont deux à quatre feuilles et qu’un simple passage de binette suffit. Passé ce stade, la racine pivotante se cramponne.

Le second est de couvrir. Un paillage de cinq à sept centimètres sur les zones nues empêche la germination de la plupart des graines, qui ont besoin de lumière. Et bien sûr, on supprime toutes les hampes florales restantes, y compris sur les pieds sauvages, car chaque été de floraison recharge la banque de graines du sol pour plusieurs années.

Le conseil de Sophie. Notez la date de floraison de votre mélisse cette année sur un calendrier, puis reculez de dix jours : c’est votre rendez-vous annuel de coupe à ras, et il vaut tous les pots du monde.

Sophie Lemoine
Sophie Lemoine

Je cultive 180 m² de potager en Anjou, sans engrais de synthèse, et je raconte ici ce qui marche vraiment — y compris mes ratés.

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