Chaque automne, quand je rentre les plantes sous la véranda, les mêmes petites mouches noires se remettent à décoller du terreau dès que j’arrose. On me conseille tour à tour la cannelle, une couche de sable, ou de laisser tout sécher. J’ai essayé les trois pendant plusieurs saisons, et les résultats sont très inégaux.
Reconnaître la sciaride avant de traiter
Le moucheron du terreau est une sciaride, une petite mouche noire de deux à quatre millimètres, aux pattes longues et fines, aux antennes visibles, qui vole mal et par à-coups. Elle ne pique pas, elle ne mord pas, elle ne transmet rien à l’homme. Elle marche volontiers sur la terre et sur le rebord des pots, et s’envole quand on approche la main.
Il ne faut pas la confondre avec la drosophile, plus ronde, plus claire, aux yeux rouges, qui tourne autour de la corbeille à fruits et non autour des pots. Ni avec les mouches blanches, qui se tiennent sous les feuilles et s’envolent en nuage quand on secoue la plante. Le traitement n’est pas le même, et beaucoup d’échecs viennent d’une mauvaise identification au départ.
Le cycle de vie, la clé de tout
Une femelle pond entre cent et deux cents œufs dans les deux ou trois premiers centimètres de terreau humide. Les œufs éclosent en quatre à six jours, les larves se nourrissent pendant une dizaine à une quinzaine de jours de matière organique en décomposition, de champignons, d’algues et accessoirement de radicelles, puis se transforment en nymphes avant de donner de nouveaux adultes.
L’ensemble du cycle prend trois à quatre semaines à température d’intérieur, et il se raccourcit quand il fait chaud. Un adulte ne vit qu’environ une semaine. Cela signifie que tuer les adultes visibles ne règle jamais rien : au moment où vous les voyez, la génération suivante est déjà dans le pot. Toute stratégie qui ne casse pas la ponte échoue au bout de quinze jours.
La cannelle : ce qu’elle fait, ce qu’elle ne fait pas
La cannelle en poudre est le remède le plus cité et le plus mal compris. Elle contient du cinnamaldéhyde, dont l’effet antifongique est réel et documenté en laboratoire. Comme les larves de sciarides se nourrissent largement des champignons du terreau, réduire ces champignons réduit indirectement leur nourriture. Ce n’est donc pas un insecticide, c’est un affamement partiel.
En pratique, l’effet est modeste et lent. Il faut une couche visible, pas une pincée symbolique, et elle perd sa puissance en quelques jours au contact de l’humidité. Pire, la poudre fine forme une croûte imperméable en surface : l’eau ruisselle sur les côtés au lieu de pénétrer, et on finit par arroser davantage, ce qui favorise exactement ce qu’on voulait éviter. Je ne la retiens pas comme mesure principale.
Le sable : oui, mais pas n’importe lequel
La barrière physique est une bonne idée, parce que la femelle ne pond pas si elle ne trouve pas de terre humide à sa portée. Encore faut-il que la couche soit sèche, épaisse et continue. Un demi-centimètre de sable ne bloque rien, et un sable fin de maçonnerie garde l’humidité par capillarité et devient lui-même un site de ponte acceptable.
Ce qui fonctionne chez moi, c’est un à deux centimètres de matériau grossier, sec, qui ne retient pas l’eau : pouzzolane de deux à quatre millimètres, gravier fin, billes d’argile concassées, ou sable de rivière gros grain. Il faut couvrir toute la surface jusqu’au bord du pot, sans laisser une zone de terre nue au pied de la tige, sinon les femelles trouvent la faille en quelques heures.
Laisser sécher : la mesure la plus efficace
C’est la mesure la moins spectaculaire et de loin la plus payante. Les œufs et les jeunes larves ne survivent pas à un assèchement des trois premiers centimètres pendant trois à quatre jours. En espaçant les arrosages jusqu’à ce que le doigt enfoncé à la deuxième phalange ressorte sec, on casse le cycle sans rien acheter.
Toutes les plantes ne le supportent pas de la même façon. Les plantes grasses, les sansevières, les zamioculcas, les ficus tolèrent parfaitement, et cela leur fait même du bien. Les fougères, les calatheas, les plantes carnivores et les semis en godets ne le supporteront pas. Sur ces cas-là, il faut passer par d’autres leviers plutôt que sacrifier la plante pour tuer des mouches.
Arroser par le bas
Une variante utile consiste à arroser par le fond en posant le pot dans une coupelle d’eau pendant vingt à trente minutes, puis en vidant l’excédent. Le substrat se recharge par capillarité alors que la surface reste sèche et hostile à la ponte. C’est un compromis très efficace pour les plantes qui ne supportent pas la sécheresse.
Deux précautions accompagnent ce geste. Il faut vider systématiquement la coupelle, car une soucoupe restée pleine annule tout le bénéfice et redevient un foyer. Et il faut, une fois par mois environ, arroser par le haut abondamment pour rincer les sels minéraux qui s’accumulent en surface avec cette méthode.
Ce qu’il faut trois semaines pour obtenir
Un point qui m’a évité bien des découragements : même quand tout est bien fait, la population ne s’effondre pas en deux jours. Voici ce que j’observe sur un pot traité correctement.
- Jours 1 à 5 : autant d’adultes, parfois davantage, car ils fuient la surface qui sèche.
- Jours 6 à 12 : les nouvelles éclosions se raréfient, on voit moins de vol au ras du terreau.
- Jours 13 à 21 : les derniers adultes meurent de vieillesse sans être remplacés.
- Au-delà de 25 jours : un ou deux individus résiduels signalent un pot oublié ailleurs dans la maison.
Les erreurs qui relancent la ponte
La première est de rempoter dans un terreau frais tout juste sorti d’un sac ouvert depuis longtemps. Les sacs de terreau du commerce, stockés à l’extérieur en jardinerie, contiennent très souvent déjà des œufs ou des larves. Le second est de laisser traîner des feuilles mortes et des fleurs fanées sur la surface, qui maintiennent une humidité permanente et nourrissent les larves.
La troisième est de traiter un seul pot sur douze. Les sciarides passent d’un contenant à l’autre en volant à quelques mètres, et un pot d’orchidée oublié dans une chambre entretient toute la maison. Il faut traiter l’ensemble des plantes en même temps, ou au minimum isoler celles qui restent humides par nécessité.
Le conseil de Sophie. Avant d’essayer quoi que ce soit d’autre, prenez trois semaines à laisser sécher les trois premiers centimètres et à couvrir la surface de deux centimètres de pouzzolane : dans huit cas sur dix, cela suffit.

