Les insectes qu'il ne faut surtout pas tuer sur vos plantes

Les insectes qu’il ne faut surtout pas tuer sur vos plantes

La première année, j’écrasais tout ce qui bougeait sur mes plants, avec le sentiment du devoir accompli. J’ai compris mon erreur en apprenant à reconnaître les larves de coccinelle, que j’avais consciencieusement supprimées pendant deux printemps en les prenant pour des ravageurs exotiques. Un jardin qui se régule seul, c’est d’abord un jardin où l’on n’a pas tué les régulateurs.

La règle que je me suis fixée

Avant tout geste, je m’accorde dix secondes d’observation. Est-ce que la bestiole mange la plante, ou est-ce qu’elle se déplace vite entre les pucerons sans toucher au feuillage ? Un ravageur est presque toujours immobile, en groupe, fixé sur une nervure ou une jeune pousse. Un prédateur est solitaire, rapide, et il circule.

Cette règle simple résout la majorité des cas sans aucune connaissance en entomologie. Si l’insecte court, s’il chasse, s’il porte quelque chose ou s’il est seul au milieu d’une colonie de pucerons bien tranquille, la probabilité qu’il soit de votre côté est très forte. Dans le doute, je ne tue pas : je peux toujours intervenir demain, je ne peux pas ressusciter.

La larve de coccinelle, la plus massacrée du potager

C’est le grand malentendu du jardin. La larve de coccinelle ne ressemble en rien à l’adulte : elle mesure de trois à onze millimètres, elle est allongée, gris ardoise à noire, hérissée de petites pointes, avec des taches orange ou jaunes sur les côtés. On dirait un minuscule alligator, et beaucoup de gens la prennent pour une chenille nuisible.

Elle est pourtant bien plus efficace que l’adulte : une seule larve consomme entre 300 et 600 pucerons durant les deux à trois semaines de son développement. Quand j’en trouve une sur un rosier couvert de pucerons, je considère que le problème est en cours de résolution et je ne touche à rien. J’en déplace même parfois à la main, sur une feuille, vers un plant plus infesté.

Les larves de syrphe, ces asticots translucides

Elles font peur parce qu’elles ressemblent à de petits vers sans pattes ni tête visible, beige verdâtre, souvent translucides au point qu’on voit à travers. On les trouve exactement au milieu des colonies de pucerons, où elles se déplacent lentement en balayant le feuillage de l’avant du corps. Ce sont d’excellents auxiliaires, et elles sont extrêmement communes.

L’adulte, lui, est ce petit insecte jaune et noir qui fait du surplace en vol au-dessus des fleurs et qu’on confond systématiquement avec une guêpe. Il ne pique pas, il n’a pas de dard, il butine, et il pond au cœur des colonies de pucerons. Semer quelques rangs de fleurs simples près du potager suffit à les faire venir en nombre.

Le lion des pucerons et ses œufs sur tige

La larve de chrysope porte un surnom qui dit tout : lion des pucerons. Elle mesure jusqu’à un centimètre, elle est brunâtre, fuselée, munie de deux longues mandibules en pince à l’avant. Certaines espèces se camouflent en accumulant sur leur dos les dépouilles de leurs proies, ce qui donne un petit tas de débris qui se déplace : c’est déroutant, mais c’est un allié.

Ses œufs valent la peine d’être connus, parce qu’ils sont régulièrement grattés par erreur. Ce sont de minuscules perles blanches ou vertes portées chacune au bout d’un filament d’un centimètre, fixé perpendiculairement à une feuille ou à une tige. Beaucoup de jardiniers y voient un champignon ou une ponte de ravageur et nettoient la zone. Il faut au contraire les laisser strictement tranquilles.

Les pucerons momifiés, surtout ne pas les enlever

Si vous voyez dans une colonie quelques pucerons anormalement gonflés, rigides, de couleur beige, bronze ou noire, et collés à la feuille, ne les écrasez pas. Ce sont des momies : une micro-guêpe parasitoïde a pondu dedans, et sa larve est en train d’achever le travail. Le trou circulaire parfaitement rond que vous verrez plus tard, c’est sa porte de sortie.

Chaque momie représente une nouvelle guêpe qui ira parasiter cinquante à cent pucerons de plus. Quand les momies commencent à représenter un dixième de la colonie, la population entière s’effondre en une à deux semaines sans que vous fassiez quoi que ce soit. C’est précisément le moment où il ne faut surtout pas pulvériser.

Le perce-oreille, ennemi présumé, allié réel

Le forficule a mauvaise réputation à cause de ses pinces, qui sont inoffensives pour nous. C’est un prédateur nocturne remarquable, particulièrement efficace contre les pucerons lanigères, les psylles et les jeunes chenilles. Dans les arbres fruitiers, il fait un travail que rien ne remplace, et les arboriculteurs l’accueillent délibérément avec des pots remplis de paille retournés dans les branches.

Il n’est pas totalement innocent : il grignote occasionnellement les pétales de dahlias et les fruits mous déjà entamés par un oiseau ou une guêpe. Le bilan reste très largement positif, sauf peut-être pour un collectionneur de dahlias. Chez moi, je le laisse absolument tranquille.

Larve de cétoine ou larve de hanneton

C’est la confusion la plus coûteuse au compost, parce qu’on détruit par centaines des larves parfaitement utiles. Les deux sont des vers blancs en forme de C, et quand j’en trouve dans mon compost mûr ce sont presque toujours des cétoines, que je remets exactement là où je les ai prises. Tout les sépare pourtant quand on regarde de près :

  • la larve de cétoine a une toute petite tête brune et un corps épais ; celle de hanneton a une grosse tête orange ou rousse, bien visible
  • la cétoine a des pattes courtes et faibles ; le hanneton a trois paires de pattes fortes et bien développées
  • posée sur une surface plane, la larve de cétoine se retourne et avance sur le dos ; celle de hanneton ne le fait jamais
  • la cétoine vit dans le compost et le bois décomposé et mange de la matière morte ; le hanneton vit dans la terre et ronge les racines vivantes
  • la cétoine est plus large de l’arrière que de l’avant, le hanneton est régulier

Ce que ça change dans ma façon de traiter

Depuis que je regarde avant d’agir, j’ai divisé mes interventions par quatre ou cinq. Un foyer de pucerons repéré début mai n’est plus un ordre de mobilisation générale, c’est un signal que je note. Je reviens à trois jours d’intervalle voir qui est arrivé, et dans la grande majorité des cas les auxiliaires sont déjà là avant moi.

Quand j’interviens quand même, je le fais localement : je taille les extrémités les plus chargées, j’écrase les manchons de pucerons à la main sur les tiges, je passe un jet d’eau. Je garde la pulvérisation pour les situations où la plante décline vraiment, et jamais sur une colonie où j’ai vu des momies ou des larves de coccinelles.

Le conseil de Sophie. Avant d’écraser, regardez dix secondes : ce qui est immobile et en groupe mange votre plante, ce qui court tout seul au milieu de la colonie mange vos ravageurs.

Sophie Lemoine
Sophie Lemoine

Je cultive 180 m² de potager en Anjou, sans engrais de synthèse, et je raconte ici ce qui marche vraiment — y compris mes ratés.

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