Fourmis sur la plante = pucerons cachés dessous

Fourmis sur la plante = pucerons cachés dessous

Il y a un signe que je regarde avant même de sortir mes lunettes : une file de fourmis qui monte et descend une tige. Dans mon jardin, quand ce ballet est régulier et organisé, il y a des pucerons quelque part sur la plante, presque toujours sous les feuilles ou dans les bourgeons. Encore faut-il savoir où regarder, et comprendre ce que les fourmis viennent y faire.

Le signe qui ne trompe presque jamais

Une fourmi isolée qui traverse une feuille ne signifie rien. Ce qui compte, c’est le trafic : deux colonnes en sens inverse, sur la même tige, qui durent toute la journée et reprennent le lendemain. Ce trafic organisé a toujours une raison alimentaire, et la raison la plus fréquente sur une plante verte s’appelle le miellat.

J’utilise ce repère parce qu’il permet de détecter les colonies bien avant qu’elles ne soient visibles depuis l’allée. Sur mes fusains et mes fruitiers, j’ai souvent repéré un foyer de cette façon une semaine avant qu’il ne devienne évident.

Ce que les fourmis viennent chercher

Le puceron pique le phloème, un tissu très riche en sucres et pauvre en protéines. Pour obtenir assez d’acides aminés, il doit ingérer un volume de sève énorme, et il rejette l’excédent de sucre sous forme de gouttelettes : le miellat. C’est un déchet pour lui, une ressource énergétique de premier ordre pour la fourmi.

Les fourmis récoltent ce miellat directement à la source, en tapotant l’abdomen du puceron avec leurs antennes pour déclencher l’émission d’une gouttelette. Elles ne mangent pas la plante, elles ne mordent pas les feuilles, elles ne creusent pas dans le bois. Elles se ravitaillent.

Elles protègent, elles déplacent, elles élèvent

Une ressource pareille se défend. Les fourmis chassent activement les larves de coccinelles, les syrphes et les chrysopes, et harcèlent les micro-guêpes parasitoïdes qui viennent pondre dans les pucerons. Une colonie gardée croît donc beaucoup plus vite qu’une colonie laissée en pâture aux prédateurs.

Elles vont plus loin encore : elles transportent des pucerons d’une tige à l’autre, voire d’une plante à l’autre, pour installer de nouveaux troupeaux sur des pousses plus tendres. Certaines espèces gardent même des œufs de pucerons dans leur fourmilière pendant l’hiver et les remettent en place au printemps. C’est un véritable élevage.

Où regarder exactement

Quand je vois le trafic, je suis la colonne du sol vers le haut et je m’arrête là où elle se disperse : c’est le foyer. Je retourne alors les feuilles voisines et j’examine les endroits que l’on ne voit jamais de face.

  • le revers des jeunes feuilles, surtout les trois ou quatre dernières de chaque pousse
  • les bourgeons non ouverts et les pédoncules de fleurs
  • l’aisselle des feuilles, là où la tige se ramifie
  • l’intérieur des feuilles enroulées ou cloquées, qui cachent des colonies entières
  • le collet et les toutes premières racines pour les plantes en pot

Les exceptions : quand il n’y a pas de puceron

Le signal est fiable, mais pas infaillible, et il faut savoir dans quels cas il se trompe. Certaines plantes produisent elles-mêmes du nectar en dehors des fleurs, sur les pétioles ou les stipules : c’est le cas du cerisier, du haricot, du sureau ou de la fève. Les fourmis viennent alors pour un sucre végétal, sans qu’aucun insecte soit en cause.

Autre possibilité : d’autres suceurs de sève produisent aussi du miellat. Cochenilles, psylles et aleurodes attirent les fourmis exactement de la même façon. Enfin, un fruit mûr fendu, une blessure qui suinte ou un pot où elles ont installé leur nid expliquent parfois tout le trafic. Il faut donc vérifier, pas conclure.

La légende de la pivoine

On répète depuis des générations que les fourmis sont nécessaires à l’ouverture des boutons de pivoine, et que sans elles la fleur resterait fermée. C’est faux. Un bouton de pivoine s’ouvre parfaitement dans une pièce sans la moindre fourmi, et l’expérience est facile à faire chez soi.

Les boutons de pivoine sécrètent un nectar sucré sur leurs sépales, tout simplement, et les fourmis viennent le récolter. Elles ne rendent aucun service et ne causent aucun dégât. Il n’y a rien à faire, sinon secouer les tiges coupées avant de les rentrer dans un vase.

Traiter les pucerons, pas les fourmis

La conclusion pratique est contre-intuitive : chercher à exterminer les fourmis est presque toujours une perte de temps. Elles sont innombrables, leur nid est souvent hors de portée, et détruire une fourmilière au jardin supprime aussi un nettoyeur utile qui consomme quantité de larves et de cadavres.

Ce qu’il faut faire, c’est supprimer la source de sucre et couper l’accès. Éliminez les pucerons, et le trafic cesse en quarante-huit heures sans que vous ayez touché une seule fourmi. C’est l’ordre des opérations qui compte.

La bande de glu, bien posée

Sur un arbre ou un arbuste à tronc net, une bande engluée est la barrière la plus efficace. Je la pose à cinquante ou soixante centimètres du sol, en veillant à ce qu’elle épouse parfaitement l’écorce : le moindre interstice sous une crevasse devient un passage. Sur les écorces très rugueuses, je glisse d’abord une bande de papier lisse, puis la glu par-dessus.

Deux précautions. Je vérifie la bande tous les dix jours, car la poussière et les débris finissent par la saturer, et je la retire à l’automne pour ne pas laisser d’anneau étranglant. Je choisis aussi une pose qui ne piège pas les oiseaux ni les auxiliaires, en évitant les surfaces largement exposées.

Couper les échelles

Une barrière ne sert à rien si les fourmis passent ailleurs, et elles trouvent toujours un autre chemin. Je fais donc le tour de la plante et je supprime les ponts : herbes hautes qui touchent les branches basses, tuteur planté à côté, branche appuyée sur un mur ou un grillage, pot posé contre un autre pot.

Sur les plantes d’intérieur et les potées de balcon, la méthode la plus simple reste l’immersion. Je plonge le pot dans une bassine d’eau pendant une vingtaine de minutes, ce qui règle à la fois le nid installé dans le substrat et une partie des pucerons de collet.

Les remèdes qui ne marchent pas

Beaucoup de barrières populaires ne résistent pas à l’épreuve du jardin. Le marc de café répandu au pied est très largement inefficace : les fourmis le traversent sans hésiter dès qu’il est tassé ou humide. La craie, la cannelle et la lavande produisent au mieux une gêne de quelques heures.

La terre de diatomée fonctionne un peu, mais uniquement parfaitement sèche, et elle abîme au passage tous les insectes qui la traversent, y compris les auxiliaires. Quant à l’eau bouillante versée sur une fourmilière, elle échaude les racines des plantes voisines et ne détruit qu’une fraction du nid. Je préfère m’en tenir à la glu et à la suppression des pucerons.

Le conseil de Sophie. Quand je vois des fourmis monter une tige, je retourne systématiquement les cinq dernières feuilles de la pousse : c’est là que se trouve le foyer dans la quasi-totalité des cas.

Sophie Lemoine
Sophie Lemoine

Je cultive 180 m² de potager en Anjou, sans engrais de synthèse, et je raconte ici ce qui marche vraiment — y compris mes ratés.

Une question, un retour du jardin ?

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.