Olivier en pot : des olives sur balcon, à ces 3 conditions

Olivier en pot : des olives sur balcon, à ces 3 conditions

On m’a offert un olivier en pot il y a huit ans, un beau sujet taillé en boule. Pendant quatre ans, il n’a pas produit une seule olive, et je le prenais pour une plante d’ornement capricieuse. Le problème ne venait ni du pot ni du climat angevin : je faisais trois erreurs, et elles sont exactement celles que l’on retrouve sur tous les balcons. Des olives sur un balcon, c’est possible, à trois conditions non négociables.

Pourquoi un bel olivier ne donne rien

Un olivier peut vivre trente ans en pot, avoir un feuillage superbe, et ne jamais fleurir. C’est même le cas le plus fréquent en dehors du Midi. La plante va très bien : simplement, aucun des signaux dont elle a besoin pour passer en mode reproduction ne lui est envoyé.

Ces signaux sont au nombre de trois, et ils ne se remplacent pas les uns les autres. Un hiver réellement frais, un été chaud et très ensoleillé, et une floraison de mai correctement pollinisée. Si l’un des trois manque, la récolte est nulle, quelles que soient vos qualités par ailleurs.

Condition n°1 : un vrai hiver frais

C’est l’erreur numéro un et la plus contre-intuitive. L’olivier a besoin d’une période froide pour induire ses boutons floraux : de l’ordre de deux à trois mois avec des températures régulièrement sous 10 à 12 °C, et une bonne alternance entre le jour et la nuit. Sans ce passage au frais, il produit des feuilles et rien d’autre.

Or le réflexe presque universel consiste à rentrer l’olivier à l’automne, dans un salon ou une véranda chauffée, pour le protéger. Un olivier qui passe l’hiver à 18 °C ne fleurira pas au printemps, c’est mécanique. Le mien dort dehors, contre le mur, toute l’année. Il n’a commencé à fleurir que l’année où j’ai cessé de le rentrer.

Condition n°2 : du soleil, beaucoup

Il lui faut six à huit heures de soleil direct par jour de juin à septembre, et de la chaleur accumulée. Un balcon orienté à l’est, qui perd le soleil à 13 h, permet de garder un bel arbre mais pas de mûrir des fruits. Le mur sud, qui restitue la nuit la chaleur emmagasinée le jour, fait une vraie différence.

Au nord de la Loire, la floraison est possible et la nouaison aussi, mais la maturation est tardive et incomplète certaines années. Je récolte mes olives en novembre, encore vertes ou à peine tournantes, jamais noires à pleine maturité. Il faut le savoir avant d’espérer : sous un climat frais, on récolte des olives vertes, et c’est déjà bien.

Condition n°3 : la floraison de mai et sa pollinisation

L’olivier fleurit en mai ou début juin, en petites grappes discrètes de fleurs blanches. La pollinisation se fait par le vent, pas par les insectes. Une semaine de pluie continue pendant la floraison lessive le pollen et suffit à ruiner l’année, sans que vous puissiez y faire quoi que ce soit.

La plupart des variétés du commerce sont partiellement autofertiles : elles donnent seules, mais nettement mieux avec une seconde variété à proximité. Si vous avez la place pour deux pots, c’est le meilleur investissement possible. Sinon, secouez doucement les rameaux en fleurs par temps sec, à midi, pendant trois ou quatre jours : cela imite le vent, et ça ne coûte rien.

Le pot, le substrat et le drainage

L’olivier tolère très bien le calcaire, la pauvreté du sol et même une certaine salinité ; ce qu’il ne supporte pas, c’est l’eau qui stagne autour de ses racines. Une soucoupe laissée pleine en permanence provoque un jaunissement du feuillage que l’on prend presque toujours pour un manque d’eau, et l’arrosage supplémentaire qui suit achève la plante. Voici la fiche que j’applique pour un sujet destiné à produire.

  • un bac de quarante à cinquante litres, large plutôt que profond
  • un substrat très drainant : un tiers de terre végétale, un tiers de terreau grossier, un bon tiers de pouzzolane
  • pas de soucoupe, ou vidée dans l’heure qui suit chaque arrosage
  • le bac surélevé de deux centimètres sur des cales, trous d’évacuation dégagés

L’eau : le paradoxe de l’olivier

On répète qu’il résiste à la sécheresse, et c’est vrai pour sa survie. Mais un olivier assoiffé de mai à juillet coule ses fleurs et ses jeunes fruits : il choisit de vivre plutôt que de produire. Pour espérer des olives, il faut un arrosage régulier de la floraison jusqu’au grossissement, soit de mai à fin août, sans excès mais sans à-coups.

En pot de cinquante litres, cela représente trois à cinq litres tous les deux jours en été, en laissant la surface sécher entre deux apports. À partir de septembre, je ralentis nettement, et en hiver j’arrose une fois toutes les trois ou quatre semaines seulement, juste pour que la motte ne se dessèche pas complètement.

Nourrir, sans se tromper de saison

L’olivier en pot consomme surtout de l’azote au printemps, au moment où il construit les pousses qui porteront les fruits de l’année suivante. J’apporte un engrais organique équilibré en mars puis en mai, et plus rien après le 15 juillet. Un apport tardif relance des pousses tendres qui ne s’aoûteront pas avant les gelées.

Surveillez aussi les carences en fer sur substrat très calcaire : feuilles jeunes jaunes à nervures restées vertes. C’est fréquent en pot après trois ou quatre ans. Un surfaçage annuel de compost mûr en février, en remplaçant les cinq centimètres supérieurs, règle la plupart de ces problèmes sans engrais spécifique.

La taille en boule, ennemie de la récolte

C’est ma troisième erreur, celle qui m’a coûté le plus. L’olivier fructifie sur les rameaux de l’année précédente. En le taillant en boule chaque printemps, on coupe précisément ces rameaux-là et on garantit une absence totale de fruits, tout en gardant une plante magnifique.

La conduite productive est le gobelet ouvert : trois ou quatre charpentières écartées, un centre dégagé pour que la lumière atteigne l’intérieur, et une taille légère en mars ou avril, hors période de gel. On supprime les gourmands verticaux, le bois mort, et on éclaircit sans raccourcir systématiquement les extrémités. Depuis que je taille ainsi, j’ai des olives tous les ans.

L’hiver dehors, avec le pot protégé

Selon les variétés, le bois supporte entre -8 et -12 °C, davantage sur un vieux sujet bien installé. Les racines en pot, elles, souffrent dès -5 °C parce qu’elles sont exposées sur toute la surface du bac. C’est donc le contenant qu’il faut isoler, avec deux centimètres de matériau isolant autour des parois, dès les annonces sous -5 °C.

Un olivier gelé perd ses feuilles et paraît mort au printemps : ne l’arrachez pas avant juin. Grattez l’écorce à l’ongle sur une branche, et si le vert apparaît dessous, attendez. Il repart très souvent de la souche ou du bas du tronc, et redevient présentable en deux saisons.

Récolter, et la vérité sur les olives crues

Je cueille entre fin octobre et fin novembre, à la main, en choisissant les fruits fermes. Comptez un demi-kilo à deux kilos sur un sujet en pot bien mené, ce qui est peu, mais tout à fait suffisant pour un bocal. Une olive tombée au sol et ramassée le lendemain est déjà abîmée : cueillez sur l’arbre.

Un point sur lequel il faut être claire : les olives fraîchement cueillies sont immangeables crues, à cause de leur amertume, et il n’y a aucun intérêt à insister. Elles doivent être désamérisées, par des bains d’eau renouvelés pendant plusieurs semaines ou en saumure. Suivez une méthode éprouvée et documentée, en respectant les durées et les proportions, plutôt que d’improviser.

Le conseil de Sophie. Sortez votre olivier du salon dès cet automne et laissez-le dehors tout l’hiver contre un mur : c’est le geste qui, chez moi, a fait la différence entre zéro olive et une récolte annuelle.

Sophie Lemoine
Sophie Lemoine

Je cultive 180 m² de potager en Anjou, sans engrais de synthèse, et je raconte ici ce qui marche vraiment — y compris mes ratés.

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