Coccinelles contre les pucerons : où les acheter, comment les garder

Coccinelles contre les pucerons : où les acheter, comment les garder

La première fois que j’ai commandé des coccinelles, j’ai reçu une boîte d’adultes, je les ai lâchées un après-midi de juin sur mes fèves, et le lendemain matin il n’en restait pas une seule. Trente euros envolés, au sens propre. J’ai recommencé deux ans plus tard en faisant tout autrement, et cette fois ça a fonctionné. Voici ce que j’ai appris entre les deux.

Ce que fait réellement une larve

La larve de coccinelle ressemble à un petit crocodile gris ardoise taché d’orange, de deux à huit millimètres selon son âge. C’est elle, et non l’adulte, qui fait l’essentiel du travail : au cours de son développement, une seule larve consomme plusieurs centaines de pucerons, jusqu’à une cinquantaine par jour au dernier stade.

Surtout, elle ne vole pas. Elle marche sur la plante où on l’a déposée et elle y reste tant qu’il y a de quoi manger. C’est toute la différence avec un adulte, qui a des ailes, un instinct de dispersion, et aucune raison de rester chez vous.

Achetez des larves, pas des adultes

C’est la règle numéro un et elle explique la quasi-totalité des échecs. Un adulte lâché sur une plante s’envole dans les heures qui suivent, souvent avant même d’avoir pondu. Certains lots d’adultes vendus dans le monde proviennent en outre de ramassages dans la nature, sur des sites d’hivernage, ce qui est une pratique que je trouve douteuse et qui donne des insectes stressés et peu actifs.

Les larves, elles, sont élevées en laboratoire et livrées dans un support alvéolé ou du copeau de bois, avec parfois une réserve d’œufs de substitution pour le voyage. Elles arrivent affamées et se mettent au travail immédiatement. On les commande au stade deux ou trois, prêtes à consommer.

L’espèce compte

Demandez la coccinelle à deux points, l’espèce indigène. Elle est adaptée à nos climats, elle s’attaque à un large éventail de pucerons, et elle ne pose aucun problème d’équilibre. C’est celle que proposent les élevages sérieux en France, sous forme de larves.

Évitez absolument la coccinelle asiatique, très efficace mais devenue envahissante : elle concurrence et dévore les espèces locales, s’invite dans les maisons par grappes en automne, et sa diffusion volontaire est une mauvaise idée. Si un vendeur ne précise pas l’espèce sur sa fiche produit, je passe mon chemin.

Où en trouver et à quel prix

On en trouve chez les producteurs d’auxiliaires qui vendent en ligne aux particuliers, dans certaines jardineries au rayon jardin biologique au printemps, et parfois via des groupements de jardiniers qui commandent ensemble pour partager les frais de transport. La livraison se fait en colis express, car les larves ne survivent pas à un long trajet.

Comptez, ordres de grandeur du printemps dernier, une vingtaine d’euros pour cinquante larves et une trentaine pour cent, port compris. C’est le port qui pèse le plus lourd, d’où l’intérêt de commander à plusieurs voisins le même jour.

Combien en lâcher, et où

Le dosage courant tourne autour de dix à vingt larves par plante fortement colonisée, ou deux à cinq larves par mètre carré de massif. Sur un rosier bien atteint, une vingtaine de larves suffisent. Sur un pommier adulte, cent larves ne feront pas grand-chose : à cette échelle, le lâcher n’a de sens que si l’on cible deux ou trois branches précises.

Et il faut absolument lâcher là où il y a des pucerons, pas sur une plante que vous venez de nettoyer. Une larve posée sur un feuillage propre part chercher ailleurs ou meurt de faim en trois jours. Le lâcher se fait sur la colonie, feuille par feuille, en tapotant doucement le support pour les faire descendre.

Le lâcher : le soir, sans vent

Je lâche en fin de journée, quand la chaleur retombe, sans vent et sans pluie annoncée dans les douze heures. La température doit être supérieure à une quinzaine de degrés : en dessous, les larves sont léthargiques et ne se déplacent pas. Au-dessus de 30 °C en plein soleil, elles se dessèchent sur le feuillage.

J’ouvre la boîte au pied de la plante et je répartis le contenu directement sur les tiges colonisées, jamais au sol. Si je ne peux pas tout lâcher le jour de la réception, je conserve la boîte quelques heures au frais, entre 8 et 12 °C, jamais au réfrigérateur froid ni au soleil sur une table de jardin.

Le piège : traiter juste avant

C’est l’erreur qui gâche le plus de commandes. Une pulvérisation de savon noir, même la veille, tue les larves qu’elle mouille, et le film savonneux résiduel reste gênant. Le savon noir n’a certes pas de rémanence de plusieurs semaines, mais lâcher des larves sur un feuillage traité deux jours plus tôt reste une mauvaise idée.

La règle que je m’impose : aucun traitement, quel qu’il soit, dans les dix jours qui précèdent un lâcher, et aucun ensuite tant que je vois des larves au travail. Si vous avez vraiment besoin de faire baisser la population avant, faites-le au jet d’eau, qui ne laisse rien derrière lui.

Les fourmis, ennemi numéro un

Une colonie de pucerons gardée par des fourmis est une forteresse. Les fourmis attaquent les larves de coccinelles, les font tomber de la plante, et défendent leur troupeau avec beaucoup d’obstination. Lâcher des larves dans ces conditions, c’est les envoyer à l’abattoir.

Avant tout lâcher, je vérifie donc la base des tiges et le tronc. S’il y a un va-et-vient, je pose une bande de glu autour du tronc et je supprime tout ce qui sert de passerelle : herbes hautes touchant les branches, tuteurs, branches basses appuyées sur un mur. Deux jours plus tard, la circulation s’arrête, et je peux lâcher.

Comment les garder

Les garder, c’est simplement leur laisser à manger et de quoi s’installer. Une larve devenue adulte reste si elle trouve encore des proies et un environnement accueillant ; sinon elle part, et c’est normal.

  • laissez toujours quelques foyers de pucerons quelque part, sur un sureau, une capucine ou une ortie : c’est le garde-manger de secours
  • semez des ombellifères et des fleurs à pollen accessible, aneth, fenouil, coriandre, achillée : les adultes s’en nourrissent
  • ne taillez pas tout en automne, laissez des tiges creuses et un tas de feuilles où passer l’hiver
  • renoncez à tout insecticide, y compris ceux dits naturels, sur les plantes où travaillent vos auxiliaires

Ce que ça ne remplace pas

Acheter des larves est une intervention ponctuelle, efficace sur une plante ou une serre, pas une politique de jardin. En pleine terre, la population que vous introduisez ne s’installe pas durablement : les adultes se dispersent, et l’année suivante vous repartez de zéro si rien n’a changé autour.

Le vrai résultat vient de l’accueil des populations locales, qui arrivent seules chaque printemps avec deux ou trois semaines de retard sur les pucerons. Le lâcher sert à combler ce décalage sur une plante à laquelle vous tenez, pas à remplacer un écosystème.

Le conseil de Sophie. Commandez vos larves quand vous voyez déjà des colonies bien installées, jamais en prévention : arriver sur un feuillage sans proies, c’est la seule chose qu’une larve de coccinelle ne pardonne pas.

Sophie Lemoine
Sophie Lemoine

Je cultive 180 m² de potager en Anjou, sans engrais de synthèse, et je raconte ici ce qui marche vraiment — y compris mes ratés.

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