La première année où j’ai fait grimper des melons sur un panneau de treillis, j’ai perdu deux fruits sur cinq : le pédoncule a cédé sous le poids et ils sont tombés d’un mètre vingt. J’ai essayé le filet à oranges, trop rigide, puis le vieux tee-shirt découpé, qui retient l’eau et pourrit. Ce sont finalement les collants de ma fille, troués et voués à la poubelle, qui ont réglé le problème. Depuis, ils font partie de mon matériel de saison.
Pourquoi le nylon plutôt qu’autre chose
Le nylon d’un collant a trois qualités qu’on ne trouve pas ailleurs dans la maison. Il s’étire de manière considérable et revient en place, donc il accompagne la croissance du fruit au lieu de la brider. Il est extrêmement fin et lisse, donc il ne cisaille ni la peau du melon ni l’écorce d’une jeune tige. Et il sèche presque instantanément, contrairement au coton.
Ce dernier point est le plus important et c’est celui qu’on néglige. Une bande de tissu de coton reste humide vingt-quatre heures après une pluie et laisse une marque brune sur le fruit, parfois une pourriture franche au point de contact. Le nylon, lui, est mouillé dix minutes puis sec. Sur un melon qui mûrit trois semaines dans son hamac, la différence est visible à l’œil nu.
Quand installer le hamac
Le bon moment, c’est quand le fruit atteint la taille d’une balle de tennis, soit environ trois cents grammes. À ce stade il est encore léger, on manipule sans risque, et le pédoncule n’a pas commencé à travailler. Attendre qu’il pèse un kilo, c’est prendre le risque de le décrocher soi-même en glissant la maille dessous.
Un melon charentais bien mené pèse entre huit cents grammes et un kilo trois. Un pédoncule sain tient à peu près ce poids sur une plante au sol, mais pas sur une plante verticale où toute la charge tire vers le bas au lieu de reposer sur la terre. Dès qu’un fruit dépasse cinq cents grammes en position suspendue, il lui faut un support, sans discussion.
Fabriquer le hamac en trois minutes
Je coupe une jambe de collant à la hauteur du genou, ce qui donne un tube d’environ trente-cinq centimètres, fermé d’un côté par le pied. Voici ma méthode, dans l’ordre :
- je passe le fruit dans le tube par l’ouverture, en tenant le pédoncule d’une main
- je noue l’extrémité ouverte autour d’un barreau du treillis, avec un nœud plat que je peux défaire
- je remonte le pied du collant et je le noue sur un second point d’ancrage, quinze à vingt centimètres plus haut
- je laisse volontairement du mou : le hamac doit porter le fruit, pas le suspendre en tension
Le point d’ancrage compte plus que le nœud
Je vois souvent le hamac accroché à la tige de la plante elle-même, ou à un rameau. C’est une erreur : on déplace le problème, la tige casse à son tour, et on perd en plus tout ce qu’il y avait au-dessus. Le nœud doit toujours aller sur la structure, treillis, tuteur, fil tendu, quelque chose qui ne pousse pas et qui ne bouge pas.
Je vérifie aussi que le fruit ne repose pas contre un montant en bois ou un piquet métallique. Le contact prolongé avec une surface dure crée un méplat, et le métal chauffe au soleil au point de brûler l’épiderme d’un melon en une après-midi. Deux ou trois centimètres de vide autour du fruit, c’est suffisant.
Le fruit qui se détache tout seul
Voilà le bénéfice auquel je ne m’attendais pas. Un melon mûr se détache spontanément de son pédoncule, c’est même le signe de maturité le plus fiable : la craquelure fait le tour de l’attache et le fruit tombe. Sur une plante palissée, ça veut dire qu’il s’écrase au sol, souvent la nuit, et qu’on le retrouve fendu au matin.
Avec le hamac, il tombe de deux centimètres et reste dans la maille, intact, parfaitement mûr. Je passe tous les deux jours en fin de saison et je soulève délicatement chaque fruit : celui qui bouge tout seul dans son filet est prêt. Rien que pour ça, je continuerais à les installer.
Les courges, jusqu’à quel poids
Pour les courges palissées, je limite l’exercice aux variétés qui restent sous les deux kilos : sucrine du Berry, patidou, petits butternuts, courges spaghetti de calibre modeste. Au-delà, un collant simple s’allonge trop et le fruit finit par toucher le sol ; il faut alors doubler le nylon ou passer à un vrai filet.
Attention aussi à la structure elle-même. Un potiron de cinq kilos sur un treillis léger, c’est un treillis au sol avec toute la plante dessus. J’ai un panneau de treillis soudé sur piquets enfoncés de quarante centimètres, et je ne dépasse jamais trois fruits portés simultanément par montant. Les grosses courges, je les laisse au sol sur une tuile ou une planche, ça a toujours mieux marché.
Les liens souples pour tomates et concombres
Le reste du collant ne se perd pas. Je découpe des bandes de deux à trois centimètres de large en spirale dans la cuisse, ce qui donne des liens d’un mètre ou plus. Ils remplacent avantageusement la ficelle et le raphia pour attacher les tomates, les concombres et les jeunes arbres, parce qu’ils s’étirent quand la tige grossit.
Je fais toujours un huit : un tour autour du tuteur, un croisement, un tour lâche autour de la tige. Jamais un nœud serré directement sur le végétal. Même souple, un lien laissé deux saisons sur un tronc en croissance finit par s’incruster. Je fais donc le tour des attaches chaque printemps et je desserre ce qui doit l’être.
Contre les guêpes et les oiseaux
Un fruit qui commence à fendiller attire les guêpes, et un melon entamé est perdu en deux jours. Le collant fait obstacle sur les mailles fines, pas parfaitement, mais suffisamment pour décourager. Contre les oiseaux, notamment les merles qui piquent les fruits mûrs, c’est en revanche très efficace : ils ne peuvent pas s’accrocher au nylon.
En revanche, n’attendez rien du nylon contre les maladies. Il ne protège ni de l’oïdium, ni du mildiou, ni de l’anthracnose, qui arrivent par les feuilles et par l’humidité ambiante. Sur ces sujets-là, ce sont l’aération, l’espacement des pieds et l’arrosage au pied qui font le travail, pas un accessoire.
Durée de vie et ramassage en fin de saison
Le nylon exposé aux ultraviolets se dégrade en une à deux saisons. Il jaunit, perd son élasticité, puis se déchire d’un coup, parfois au pire moment. Je considère qu’un hamac dure une saison et je le remplace systématiquement l’année suivante, quitte à réutiliser ceux qui sont restés à l’ombre.
Et je ramasse tout, en octobre, sans exception. Un collant oublié dans un massif se fragmente en filaments de plastique qui s’enroulent autour des racines et qu’on retrouve à la fourche cinq ans plus tard. Je fais un tour avec un seau au démontage des tuteurs, je décroche chaque nœud, et je jette. C’est deux minutes de travail et ça évite d’ensemencer son sol en microplastiques.
Le conseil de Sophie. Notez au feutre sur une étiquette la date de pose de chaque hamac : au moment où le fruit se détache, vous saurez exactement combien de temps il a mûri, et vous saurez quoi refaire l’année suivante.

