Chat qui mange les plantes : les espèces sans danger et celles à cacher

Chat qui mange les plantes : les espèces sans danger et celles à cacher

Mon chat mâche tout ce qui dépasse d’un pot, depuis toujours. Pendant longtemps j’ai cru qu’il fallait le corriger, jusqu’à ce qu’un vétérinaire me fasse remarquer que c’est un comportement normal et que le vrai sujet, c’est ce qu’il a sous la dent. J’ai donc refait le tour de mes plantes d’intérieur, une par une, et j’ai sorti celles qui n’avaient rien à faire dans une maison avec un chat. Voici ce tri.

Pourquoi un chat mange des plantes

Ce n’est ni un manque, ni un caprice, ni un signe de carence en vitamines comme on l’entend souvent. Les chats ingèrent des végétaux depuis toujours : les fibres facilitent le transit et l’expulsion des boules de poils, et le geste de mâcher une tige a un côté occupationnel évident. Un chat d’intérieur qui s’ennuie mange davantage de plantes qu’un chat qui sort.

Il y a aussi la texture. Les feuilles longues et souples, qui bougent au passage, déclenchent le réflexe de jeu et de prédation : c’est pour cela que les graminées, les palmiers et les plantes retombantes sont attaqués en priorité, tandis qu’une plante grasse rigide est souvent ignorée. Le mouvement compte autant que le goût.

Les plantes que je laisse à sa portée

Ce sont celles que mes chats broutent tous les jours sans que cela n’ait jamais posé le moindre problème :

  • l’herbe à chat, semée en godets d’orge, d’avoine ou de blé, renouvelée toutes les trois semaines
  • la cataire, Nepeta cataria, qui excite certains chats et en laisse d’autres indifférents
  • le Calathea et le Maranta, aux feuilles souples, réputés non toxiques
  • le Peperomia, la Pilea peperomioides et le Fittonia, compacts et faciles
  • l’orchidée Phalaenopsis, que les listes vétérinaires classent parmi les plantes sans toxicité connue

Une réserve importante sur le mot inoffensif

Non toxique ne veut pas dire digeste. Une plante réputée sans danger, ingérée en grande quantité, provoque très couramment des vomissements et une diarrhée passagère, simplement par irritation mécanique et par excès de fibres. Le chlorophytum, la fameuse plante araignée, en est l’exemple type : classé non toxique, mais attirant, et responsable de beaucoup de vomissements sans gravité.

Par ailleurs, l’engrais, l’anti-parasite systémique ou le produit lustrant appliqué sur le feuillage peuvent être bien plus nocifs que la plante elle-même. Depuis que j’ai des chats, je n’utilise plus aucun spray brillant sur mes feuillages, et je fertilise à l’arrosage plutôt qu’en bâtonnets, que les chats déterrent volontiers.

Les plantes à sortir sans discuter

En tête de liste, les lys, au sens large : Lilium, mais aussi les hémérocalles. Chez le chat, l’ingestion de quelques feuilles, de pétales, voire du seul pollen déposé sur le pelage et léché, peut provoquer une insuffisance rénale aiguë potentiellement mortelle. C’est le cas le plus grave et le mieux documenté : aucun bouquet contenant des lys ne rentre chez moi.

Viennent ensuite le laurier-rose, l’if, le ricin, le muguet, la digitale et le colchique, tous sérieusement toxiques pour le cœur ou l’organisme entier, à très petites doses. Ce sont des plantes que je cultive volontiers au jardin, mais jamais en pot sur une terrasse où mes chats passent leurs journées, et jamais en bouquet coupé à l’intérieur.

Les aracées, faciles à repérer

Toute la famille des aracées contient des cristaux d’oxalate de calcium qui provoquent une douleur immédiate et intense de la bouche, une salivation abondante et parfois un gonflement de la gorge. Cela concerne le dieffenbachia, le philodendron, le monstera, le pothos, l’anthurium, le spathiphyllum, le caladium et l’alocasia, c’est-à-dire une grande partie des plantes vertes de salon.

La bonne nouvelle, c’est que la douleur est si vive que la plupart des chats recrachent aussitôt et ne recommencent pas. Ces plantes tuent rarement, mais elles font très mal et peuvent gêner la respiration dans les cas sévères. Je garde mon monstera, en hauteur et hors d’un parcours de saut, mais j’ai définitivement sorti le dieffenbachia, le plus agressif du lot.

Bulbes, fêtes et bouquets

Les périodes à risque ne sont pas celles qu’on croit. Les intoxications arrivent souvent lors des fêtes, avec les bouquets et les plantes offertes : amaryllis, jacinthe, tulipe, narcisse, cyclamen, poinsettia, gui et houx. La partie la plus concentrée est presque toujours le bulbe ou le tubercule, que le chat déterre parfois en jouant avec la terre.

Je demande donc désormais qu’on m’offre des fleurs sans lys, et je place les bulbes forcés dans une pièce fermée. Un cache-pot lourd et une couverture de galets sur la terre limitent aussi beaucoup le grattage. L’eau du vase compte : elle contient des composés issus des tiges, et un chat qui boit dedans s’expose autant qu’en mâchant la fleur.

Les cas ambigus dont on parle mal

L’aloe vera, si présent sur les rebords de fenêtre, est toxique pour le chat à cause du latex jaune situé sous l’épiderme : vomissements, diarrhée, léthargie. Le sansevieria et le yucca sont modérément toxiques. Le ficus laisse un latex irritant pour la peau et la bouche. Aucune de ces plantes n’est mortelle dans les cas courants, mais aucune n’a sa place à portée de dents.

Attention enfin aux herbes aromatiques : le basilic, le thym et le romarin sont sans problème notable, mais la ciboulette, l’ail et l’oignon appartiennent au genre Allium, franchement toxiques pour le chat, qu’ils soient crus, cuits ou séchés. Mon pot de ciboulette vit dehors, sur une étagère haute, depuis que j’ai vérifié ce point.

En cas d’ingestion suspecte

Je ne donne aucun conseil de traitement ici, et vous ne devriez suivre aucun de ceux qui circulent sur les forums. Ne faites jamais vomir un chat vous-même, ne lui donnez ni lait, ni huile, ni charbon sans avis. Appelez immédiatement votre vétérinaire ou un centre antipoison vétérinaire, même la nuit, et décrivez ce que vous avez observé.

Emportez un morceau de la plante ou une photo nette, ainsi que l’étiquette si vous l’avez : l’identification exacte change complètement la conduite à tenir. Et si vous avez un doute sur une plante avant de l’acheter, demandez son nom botanique en jardinerie et vérifiez-le sur une liste vétérinaire, pas sur une réponse de forum.

Le conseil de Sophie. Sortez les lys de la maison aujourd’hui, bouquets compris, et semez un godet d’orge tous les quinze jours : ces deux gestes couvrent l’essentiel du risque et de la demande.

Sophie Lemoine
Sophie Lemoine

Je cultive 180 m² de potager en Anjou, sans engrais de synthèse, et je raconte ici ce qui marche vraiment — y compris mes ratés.

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