Charbon de bois au fond du pot : fini les odeurs de terreau qui pourrit

Charbon de bois au fond du pot : fini les odeurs de terreau qui pourrit

Une lectrice m’a écrit que son terreau sentait la vase dès qu’elle l’arrosait, et qu’on lui avait conseillé une couche de charbon de bois au fond du pot pour assainir tout ça. J’ai fait pareil pendant des années avec les restes du barbecue. J’ai arrêté, et pas du tout pour la raison à laquelle on pense.

L’astuce telle qu’on la raconte

La version la plus répandue tient en une ligne : deux ou trois centimètres de morceaux de charbon au fond du pot avant de verser le terreau, et le substrat ne tournera plus. Le charbon absorberait les odeurs, empêcherait l’eau de croupir, assainirait le milieu.

Elle vient probablement d’une pratique réelle : la fine couche de charbon actif que l’on place dans les terrariums fermés. Le glissement se joue sur deux mots. Le charbon des terrariums est du charbon actif, pas du charbon de barbecue, et un bocal fermé n’a rien à voir avec un pot ouvert posé sur un rebord de fenêtre.

Charbon de barbecue et charbon actif, deux produits différents

Le charbon actif est un charbon traité à la vapeur d’eau entre 800 et 1000 °C. Ce traitement ouvre un réseau de pores minuscules et développe une surface interne considérable, de l’ordre de 500 à 1500 mètres carrés par gramme. C’est cette surface, et elle seule, qui piège les molécules odorantes par adsorption.

Le charbon de bois ordinaire est simplement du bois pyrolysé. Sa surface développée se compte en quelques mètres carrés à quelques dizaines par gramme, soit cent fois moins. Il n’a pas été activé. Sur une étagère les deux se ressemblent beaucoup ; dans un pot, ils ne font pas le même travail, et l’un des deux ne fait presque rien.

Ce que le charbon adsorbe vraiment, et pendant combien de temps

Même le vrai charbon actif finit par saturer, c’est le principe même de l’adsorption : les pores se remplissent et n’acceptent plus rien. Dans un pot en permanence humide, ces pores se remplissent d’eau et de composés organiques dissous en quelques semaines.

Au mieux, donc, quelques semaines d’effet léger, puis un bloc minéral inerte au fond du pot qui n’adsorbe plus rien du tout. Et comme la cause de l’odeur, elle, n’a pas bougé, l’odeur revient. C’est exactement ce que j’ai constaté sur mes pots de menthe : un mois de répit, puis retour au point de départ.

Pourquoi un terreau finit par sentir mauvais

Cette odeur de vase ou d’œuf pourri est du sulfure d’hydrogène, produit par des bactéries qui travaillent en l’absence d’oxygène. Elles prennent le dessus dès que les pores du substrat restent saturés d’eau plusieurs jours d’affilée. L’odeur n’est pas le signe d’un terreau sale, c’est le signe d’un terreau asphyxié.

Les causes sont toujours les mêmes et elles sont toutes mécaniques : trou bouché, soucoupe pleine, cache-pot dans lequel l’eau s’accumule, substrat tassé et affaissé après deux ans, pot beaucoup trop grand pour la plante qu’il contient, arrosage quotidien maintenu en hiver alors que la plante ne boit plus. Le charbon ne touche à aucune de ces six causes.

La couche au fond ne draine pas, elle mouille

C’est le point qui m’a fait tout changer, et il vaut pour le gravier, les billes d’argile et le charbon. L’eau ne passe pas d’un substrat fin vers une couche grossière tant que le substrat n’est pas saturé juste au-dessus de l’interface : la tension capillaire la retient dans les pores fins. La couche du bas ne se met à recevoir de l’eau que lorsque la zone qui la surplombe est gorgée.

Autrement dit, en posant du charbon au fond, on crée une zone saturée qui n’existait pas, et on la place plus haut dans le pot, c’est-à-dire dans les racines. La même quantité d’eau, mais logée plus près du collet. On augmente précisément le volume d’eau stagnante qu’on croyait supprimer.

Ce qui règle l’odeur en trois jours

Quand un pot sent, je procède toujours dans cet ordre.

  • sortir la motte du pot et regarder : racines brunes et molles, c’est l’asphyxie installée ; racines blanches et fermes, c’est un excès passager
  • dégager complètement le trou d’évacuation et retirer tesson, gravier ou billes accumulés dessus
  • rempoter dans un substrat homogène et un peu drainant, du terreau avec 20 % de perlite ou de pouzzolane fine, sans aucune couche au fond
  • arroser franchement une seule fois, puis attendre que les trois ou quatre premiers centimètres soient secs avant de recommencer
  • vider la soucoupe systématiquement et sortir la plante de son cache-pot le temps que tout se remette d’aplomb

Le biochar mélangé au substrat, c’est un autre sujet

Il ne faudrait pas jeter le charbon avec l’eau du bain. Incorporé au substrat, pas en couche, à raison de 5 à 10 % du volume, du charbon finement concassé, ce qu’on appelle biochar, a des effets mesurés : une porosité qui retient à la fois l’eau et l’air, un refuge pour la vie microbienne, une capacité d’échange qui limite le lessivage des éléments nutritifs. Ce n’est pas un engrais, c’est un support.

Une précaution s’impose et elle est rarement dite : un biochar frais adsorbe les éléments nutritifs et peut créer une carence passagère pendant les premières semaines. Il faut le charger avant usage, en le mélangeant trois à quatre semaines au compost ou en le trempant dans du purin très dilué. Et toujours le répartir dans toute la masse, jamais en strate.

Les briquettes et les allume-feu, à écarter

Les briquettes de barbecue contiennent des liants, de l’amidon et parfois du borax, et beaucoup sont imprégnées de produits d’allumage. Cela n’a rien à faire dans un pot, et encore moins dans le pot d’une plante que vous comptez manger. Seul le charbon de bois pur, en morceaux, non imprégné, peut être concassé et utilisé.

Ne remplacez pas non plus le charbon par de la cendre, l’erreur est fréquente. La cendre de bois affiche un pH de 10 à 13 et une forte teneur en sels solubles : dans le volume clos d’un pot, elle brûle les racines. Au jardin, une poignée par mètre carré et par an suffit largement.

Ce que je mets au fond du pot

Plus rien, sinon un filtre à café ou un carré de moustiquaire pour retenir la terre les premières semaines. Du substrat du fond jusqu’en haut, une seule texture, et toute la hauteur disponible pour les racines.

L’amélioration la plus efficace que j’aie apportée est ailleurs, et elle coûte deux cales : je surélève les pots d’un centimètre pour que l’eau sorte réellement par le trou, au lieu de rester bloquée entre le fond du pot et la soucoupe plate.

Le conseil de Sophie. Un pot qui sent ne réclame pas un absorbant : reniflez directement le trou d’évacuation, s’il est bouché vous tenez la réponse en dix secondes.

Sophie Lemoine
Sophie Lemoine

Je cultive 180 m² de potager en Anjou, sans engrais de synthèse, et je raconte ici ce qui marche vraiment — y compris mes ratés.

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