Bégonia offert : gardez-le tout l'hiver dans la salle de bain, il adore

Bégonia offert : gardez-le tout l’hiver dans la salle de bain, il adore

On offre beaucoup de bégonias en hiver, surtout les Elatior aux fleurs doubles serrées qui ressemblent à des roses miniatures. Et on lit partout qu’il faut les installer dans la salle de bain, où l’humidité leur ferait du bien. Le conseil est à moitié juste, et la moitié fausse est celle qui tue la plante. Voici ce que dix ans de bégonias plus ou moins réussis chez moi m’ont appris.

Savoir d’abord lequel on vous a offert

Le mot bégonia couvre plus de mille cinq cents espèces et des milliers d’hybrides, qui ne se cultivent pas de la même façon. Le bégonia Elatior, aussi appelé hiemalis, est celui qu’on offre fleuri : port compact, feuilles vertes brillantes et asymétriques, fleurs doubles rouges, roses, jaunes ou blanches. C’est une plante d’intérieur qui fleurit longtemps mais qui s’épuise.

À côté, le bégonia rex se cultive pour son feuillage marbré d’argent et de pourpre et ne fleurit que discrètement. Le bégonia maculata, dit bambou, dresse de hautes tiges à feuilles vertes ponctuées de blanc et revers rouge. Et le bégonia tubéreux, celui des jardinières d’été, meurt volontairement à l’automne pour repartir de son tubercule. Regardez l’étiquette, ou à défaut la forme des feuilles et le port.

Ce qui est vrai dans le conseil de la salle de bain

Les bégonias sont, dans leur immense majorité, des plantes de sous-bois tropicaux humides d’Amérique du Sud, d’Afrique et d’Asie. Dans leur milieu d’origine, l’air affiche 60 à 80 % d’humidité relative toute l’année. Dans un logement français chauffé au mois de janvier, on mesure couramment 30 à 35 %. L’écart est énorme, et il se voit sur la plante.

Un bégonia qui manque d’humidité atmosphérique fait des feuilles aux bords bruns et secs, croustillants sous le doigt, et il laisse tomber ses boutons floraux avant qu’ils ne s’ouvrent. Sur ce point précis, une salle de bain utilisée quotidiennement, où l’hygrométrie monte régulièrement à 60 ou 70 %, est effectivement un bien meilleur environnement qu’un salon près d’un radiateur.

Ce qui est faux : la salle de bain sans fenêtre

Le problème, c’est que la plupart des salles de bain sont aussi les pièces les plus sombres du logement, avec une petite fenêtre dépolie, ou aucune fenêtre du tout. Or un bégonia Elatior a besoin d’une lumière vive indirecte pour continuer à fleurir. Dans une pièce aveugle, même en laissant la lampe allumée, il étiole en trois semaines : tiges molles et allongées, feuilles espacées, boutons avortés.

La règle est donc simple : la salle de bain oui, mais seulement si elle a une vraie fenêtre et que la plante peut se tenir à moins d’un mètre de celle-ci. Sinon, préférez la cuisine, où l’humidité de la cuisson et de la vaisselle fait un compromis honnête avec la lumière. À défaut, un salon lumineux avec un plateau de billes d’argile humides sous le pot vaudra toujours mieux qu’un cagibi humide et noir.

L’eau sur les feuilles, l’erreur qui suit naturellement

Beaucoup de gens traduisent « humidité » par « brumisation ». C’est précisément ce qu’il ne faut pas faire avec un bégonia. Ses feuilles, souvent duveteuses ou charnues selon les espèces, gardent les gouttelettes longtemps. Un feuillage mouillé le soir dans une pièce fraîche attrape l’oïdium et la pourriture grise en quelques jours : on voit apparaître un feutrage blanc, ou des plages brunes molles qui s’étendent.

Ce qu’il faut, c’est de l’humidité dans l’air, pas de l’eau sur la plante. La bonne méthode consiste à poser le pot sur une soucoupe large remplie de billes d’argile et d’eau, le fond du pot restant au-dessus du niveau de l’eau. L’évaporation crée un microclimat autour du feuillage sans jamais le mouiller. Regrouper plusieurs plantes ensemble produit le même effet.

Le bégonia tubéreux ne suit pas cette règle

Si votre cadeau est un bégonia tubéreux, à grosses fleurs simples ou doubles et à port souvent retombant, oubliez tout ce qui précède pour l’hiver. Cette plante entre naturellement en repos quand les jours raccourcissent : les tiges jaunissent, se ramollissent et se détachent seules. Ce n’est pas une maladie, c’est son cycle. La mettre en salle de bain à ce moment-là revient à faire pourrir son tubercule.

La marche à suivre est inverse. Réduisez les arrosages dès que le feuillage jaunit, laissez sécher complètement, puis dégagez le tubercule, nettoyez-le de la terre, et stockez-le au sec dans une cagette de sable ou de tourbe sèche, à l’obscurité, entre 8 et 12 °C. Remise en végétation en mars, dans un terreau à peine humide, et vous repartez pour une saison.

Arroser un bégonia

Le bégonia veut un substrat frais mais aéré, jamais gorgé. Attendez que les deux premiers centimètres du terreau soient secs au doigt avant d’arroser, ce qui donne en pratique un arrosage tous les cinq à huit jours en hiver et tous les trois à cinq jours en été. Arrosez par le bord du pot ou par trempage, jamais au cœur de la touffe.

Les racines des bégonias sont fines et superficielles : elles asphyxient très vite dans un terreau tassé et détrempé. Le premier signe d’excès n’est pas le jaunissement mais la chute brutale de feuilles apparemment saines, et une base de tige qui devient vitreuse. Videz systématiquement la soucoupe, et en hiver, quand la plante pousse peu, espacez franchement les apports.

Température et courants d’air

La fourchette confortable se situe entre 16 et 22 °C. En dessous de 13 °C, la croissance s’arrête et les tissus s’abîment ; au-dessus de 24 °C dans un air sec, les boutons tombent. Le bégonia Elatior fleurit d’ailleurs mieux dans une pièce fraîche que dans un salon surchauffé, ce qui rejoint le cas de la plupart des plantes fleuries d’hiver.

Ce qu’il déteste par-dessus tout, ce sont les variations brutales. Un courant d’air froid en ouvrant la fenêtre, le souffle direct d’un radiateur soufflant, une porte d’entrée à côté : chacun de ces facteurs suffit à provoquer une chute de boutons en 48 heures. Choisissez un emplacement stable et n’en changez plus, la plante déteste aussi les déménagements répétés.

Lumière : vive, mais filtrée

Une lumière vive sans soleil direct aux heures chaudes est l’idéal. En hiver, une fenêtre plein sud convient très bien puisque le soleil est bas et faible. En été, reculez d’un mètre ou passez à une exposition est. Le soleil de midi à travers une vitre brûle les feuilles de bégonia en quelques heures et laisse des taches beiges sèches qui ne se réparent jamais.

Un bégonia bien éclairé garde des entre-nœuds courts, un port trapu et des couleurs de feuillage soutenues. Un bégonia qui manque de lumière s’étire vers la vitre. Tournez le pot d’un quart de tour chaque semaine pour équilibrer la silhouette : c’est un geste minuscule qui change complètement l’allure d’une plante au bout de trois mois.

Nettoyer et prolonger la floraison

Retirez les fleurs fanées en pinçant leur pédoncule à la base, dès qu’elles brunissent. Une fleur qui pourrit sur la plante contamine celles d’à côté, et la pourriture grise se propage très vite sur un Elatior chargé de fleurs doubles. Retirez de la même façon les feuilles jaunes et tout ce qui tombe sur le terreau, où les débris moisissent.

Après la grande floraison, généralement au bout de deux à trois mois, la plante s’épuise et se dégarnit. Rabattez-la de moitié, réduisez l’arrosage pendant trois ou quatre semaines, puis reprenez normalement avec un engrais liquide pour plantes fleuries tous les quinze jours au printemps. Beaucoup d’Elatior refleurissent ainsi, en moins spectaculaire qu’au magasin, ce qui est normal puisqu’ils y étaient forcés.

Bouturer, la meilleure assurance

Un bégonia offert finit souvent par décliner au bout d’un an ou deux. Le meilleur moyen de le garder est d’en faire des copies au printemps.

  • Pour un Elatior ou un maculata : prélevez une tête de tige de 8 à 10 cm, retirez les feuilles du bas, piquez dans un mélange terreau-sable humide, sous un sac plastique transparent aéré chaque jour.
  • Pour un rex : coupez une feuille saine avec 3 cm de pétiole, entaillez les nervures principales au dos, couchez-la sur le substrat et maintenez-la en contact avec des cailloux.
  • Dans les deux cas, comptez trois à six semaines, à 20-22 °C, sans soleil direct, et n’arrosez que par le dessous.

Le conseil de Sophie. Posez un petit hygromètre à cinq euros dans la pièce où vit votre bégonia avant de décider quoi que ce soit : c’est le seul moyen de savoir si votre salle de bain est vraiment plus humide que votre salon, et bien souvent, la réponse surprend.

Sophie Lemoine
Sophie Lemoine

Je cultive 180 m² de potager en Anjou, sans engrais de synthèse, et je raconte ici ce qui marche vraiment — y compris mes ratés.

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