Chaque automne, la même question revient dans mes échanges : « Je rentre mon olivier au salon, il ne va pas geler au moins ? ». La réponse est presque toujours qu’il ne risquait rien dehors, et qu’il va souffrir dedans. J’ai un olivier en bac de quatre-vingts litres depuis huit ans, il n’est jamais entré dans la maison, et c’est précisément pour cela qu’il fleurit.
L’olivier a besoin d’avoir froid
C’est le point que presque personne ne connaît, et il change toute la manière de gérer cet arbre. L’olivier a besoin d’une période de fraîcheur hivernale pour induire ses boutons floraux : plusieurs centaines d’heures entre 2 et 12 °C, réparties sur deux mois au minimum. Sans ce passage au froid, il fait des feuilles et jamais de fleurs.
Autrement dit, un olivier hiverné dans un salon à 20 °C ne fleurira jamais, même en pleine forme. Chaque fois que quelqu’un me dit que son olivier ne fleurit pas, la première question que je pose porte sur l’hiver précédent, et la réponse est presque toujours la même.
Ce que le bois supporte vraiment
Un olivier adulte en pleine terre tient sans dégât jusqu’à -8 ou -10 °C, et une variété rustique encaisse ponctuellement -12 °C avec quelques feuilles brûlées. C’est bien au-delà de ce que connaît la majorité du territoire français en hiver. Le feuillage marque le premier, en gris terne, avant que le bois ne soit atteint.
En pot, la donnée change, mais pas dans le sens qu’on croit. Ce n’est pas la partie aérienne qui est fragile, c’est la motte. Un tronc et des branches à -8 °C, l’arbre gère. Un système racinaire pris dans une motte gelée à -6 °C pendant trois jours, il ne gère pas : les radicelles éclatent et l’arbre ne peut plus s’alimenter quand le soleil revient.
Pourquoi les racines sont le maillon faible
En pleine terre, la température du sol à trente centimètres descend rarement sous -2 °C, même quand l’air est à -10 °C : la masse du sol amortit tout. Un pot, lui, est un petit volume exposé à l’air sur toute sa surface, souvent posé sur une dalle froide. Sa motte prend la température de l’air en une nuit et n’a aucune inertie.
Les racines n’ont par ailleurs jamais développé de résistance au gel, parce que dans la nature elles n’y sont pas exposées. La zone la plus vulnérable est la couronne de racines fines qui tapisse la paroi du pot, celles-là mêmes qui absorbent l’eau. C’est cette couche-là que l’on protège.
Protéger le pot, concrètement
L’opération prend vingt minutes une fois par an, fin novembre, avant le premier vrai coup de froid. Elle ne coûte presque rien et remplace avantageusement le déménagement d’un bac de soixante kilos. L’idée est d’isoler le contenant, pas d’emmailloter l’arbre.
- décoller le pot du sol sur deux tasseaux ou des pieds en terre cuite, pour couper le pont thermique avec la dalle
- entourer le pot d’une épaisseur de papier bulle, de jute ou d’un vieux sac de jardin, ficelée sans serrer, en laissant les trous de drainage libres
- pailler la surface du substrat sur cinq à huit centimètres avec des feuilles mortes, du BRF ou de la paille
- rapprocher le bac d’un mur de la maison, orienté sud ou est, qui restitue de la chaleur la nuit
- retirer la soucoupe pour l’hiver, sans exception
Ce qu’il ne faut surtout pas faire
Emballer le feuillage dans du plastique est la mauvaise idée classique. Sous une bâche, la condensation s’installe, la température monte de dix degrés au premier rayon de soleil puis rechute la nuit, et l’olivier se retrouve entre pourriture et chocs thermiques. Si vous voulez protéger le feuillage lors d’un épisode exceptionnel, utilisez un voile d’hivernage respirant, et retirez-le dès la fin de l’épisode.
L’autre erreur est de continuer à arroser comme en saison. Un olivier en hiver ne consomme presque rien, et un substrat gorgé d’eau gèle beaucoup plus vite et plus profondément qu’un substrat simplement frais. L’eau qui gèle dans la motte se dilate et déchire les racines : la combinaison excès d’eau plus gel est bien plus destructrice que le gel seul.
L’arrosage d’hiver, en pratique
Beaucoup de gens arrêtent totalement d’arroser, ce qui est une erreur symétrique. Un olivier reste feuillu toute l’année et transpire un peu, même en janvier : une motte totalement desséchée pendant trois mois lui coûte ses radicelles aussi sûrement que l’excès d’eau. Sous un balcon couvert, la pluie n’atteint jamais le pot.
Mon rythme est d’un arrosage modéré toutes les trois à quatre semaines, uniquement si le substrat est sec sur cinq centimètres, et jamais quand une gelée est annoncée dans les quarante-huit heures. J’arrose le matin, pour que l’excès s’égoutte avant la nuit. Si le bac reçoit la pluie, il n’y a souvent rien à faire de décembre à février.
Quand un abri se justifie quand même
Il y a des situations où mettre le bac à l’abri est raisonnable, et autant les nommer. Au-delà d’une semaine annoncée sous -10 °C, ou dans une région à hivers continentaux marqués, un local hors gel se défend. De même pour un jeune sujet de deux ou trois ans en petit pot, dont la motte fait cinq litres et gèle en une nuit.
Dans ce cas, choisissez un abri froid et lumineux : garage avec fenêtre, serre non chauffée, appentis ouvert au sud. Jamais une pièce chauffée. Et sortez l’arbre dès que l’épisode est passé, plutôt que de le laisser tout l’hiver : chaque semaine passée à l’abri est une semaine de froid en moins pour la future floraison.
Ce qui arrive à un olivier hiverné au chaud
Le tableau est toujours le même et il est facile à reconnaître. L’arbre perd ses feuilles par vagues, en général six semaines après l’entrée dans la maison. Les nouvelles pousses sont longues, molles, très espacées, d’un vert clair inhabituel. Puis les cochenilles à bouclier apparaissent le long des rameaux, avec du miellat collant et de la fumagine noire sur les feuilles.
À cela s’ajoute l’absence de floraison au printemps suivant, et souvent l’année d’après, parce que l’arbre met du temps à reconstituer ses réserves. Un olivier dans un salon reçoit dix à vingt fois moins de lumière que dehors, dans un air à 35 % d’humidité : des conditions qu’il ne connaît nulle part dans son aire naturelle. Cela se corrige en une saison de plein air.
Le calendrier du reste de l’année
Je retire les protections fin février ou début mars, quand les minimales repassent durablement au-dessus de -2 °C, en commençant par le paillage pour que le substrat se réchauffe. La taille suit, jamais avant : on taille l’olivier après les gelées, en mars ou avril, en aérant le centre et en supprimant les gourmands et le bois mort.
Le rempotage se fait tous les trois à quatre ans, au printemps, dans un mélange très drainant — terreau, terre de jardin et pouzzolane à parts à peu près égales. Le premier engrais attend le démarrage de la végétation. C’est un arbre méditerranéen habitué aux sols pauvres : mieux vaut le sous-nourrir que le gaver.
Le conseil de Sophie. Si vous n’avez qu’un seul geste à faire cet hiver, décollez le pot du sol et paillez la surface : ces deux minutes protègent mieux les racines que n’importe quel emballage du feuillage.

