Chaque été, la même question revient dans mes messages : quelle plante mettre sur le balcon pour dîner dehors sans se faire dévorer ? Je préfère répondre franchement dès la première ligne, aucune plante posée dans un pot ne crée de bulle protectrice autour d’une table. Certaines ont pourtant un intérêt réel, à condition de savoir s’en servir et de ne pas compter sur elles seules. Voici les huit que je garde sur mon balcon d’Anjou, et ce que j’en attends vraiment.
Ce qu’une plante en pot peut faire, et ce qu’elle ne fera jamais
Les molécules qui dérangent les moustiques, citronellal, géraniol, népétalactone, eugénol, sont enfermées dans de minuscules glandes à la surface des feuilles. Tant que la feuille reste intacte, il n’en sort presque rien. Le peu qui s’échappe est aussitôt dilué par le moindre courant d’air, et sur un balcon il y a toujours un courant d’air.
Autrement dit, la plante ne travaille que si vous la faites travailler. Froissez une poignée de feuilles entre vos paumes et vous obtenez, pendant dix à vingt minutes, un halo odorant de quelques dizaines de centimètres. C’est court, c’est très local, mais c’est réel. Le joli pot posé à trois mètres de la table, lui, ne fait strictement rien.
La citronnelle, à froisser sans pitié
La vraie citronnelle est une grande graminée tropicale qui monte à un mètre cinquante. Elle est la championne en teneur en citronellal, mais elle gèle dès que le thermomètre passe sous zéro, donc chez moi elle hiverne au garage, arrosée une fois par mois. En pot de trente centimètres, elle tient très bien une saison.
Je coupe deux ou trois feuilles avant le repas, je les plie en accordéon pour casser les fibres, et je les pose dans une coupelle au milieu de la table. Attention aux bords, ils sont coupants comme du papier. Renouvelez toutes les demi-heures, l’odeur s’épuise vite.
La cataire, la mieux documentée
L’herbe à chat, la cataire, est celle sur laquelle les données sont les plus solides. Sa népétalactone tient la comparaison avec les répulsifs de synthèse dans les tests en laboratoire, ce qui est rare pour une plante de jardin. Elle pousse toute seule, supporte la sécheresse et le plein soleil, et repart chaque printemps.
Son défaut est cocasse mais réel, elle attire les chats du quartier, qui se roulent dedans et écrasent le pot en trois nuits. Je la mets donc en hauteur, sur une étagère de balcon, hors de portée. Et là encore, ce sont les feuilles froissées qui comptent, pas la plante contemplée de loin.
Le basilic citron, le plus agréable à vivre
Le basilic contient de l’eugénol et du linalol, deux molécules dont l’effet répulsif est documenté. Le basilic citron et le basilic sacré sont les plus odorants, et ils ont l’avantage de finir dans l’assiette. Un pot de vingt centimètres, plein soleil le matin, mi-ombre l’après-midi, arrosage tous les deux jours en juillet.
Je le place à moins de cinquante centimètres de moi, jamais au bout du balcon, et je passe la main dessus chaque fois que je me lève. Ce simple geste libère l’odeur sans abîmer les feuilles. Pincez les fleurs dès qu’elles montent, sinon la plante file et perd son parfum en trois semaines.
La mélisse, généreuse et bavarde
La mélisse sent le citron dès qu’on la frôle, et elle pousse absolument partout, ce qui est une qualité sur un balcon et un défaut en pleine terre. En pot, elle forme une touffe dense qu’on peut rabattre trois fois dans la saison sans la fatiguer, et elle supporte la mi-ombre.
C’est la plante que je conseille à ceux qui débutent, parce qu’elle pardonne tout, les oublis d’arrosage comme les tailles brutales. Frottée sur les avant-bras, elle laisse une odeur qui tient un quart d’heure. Pas de quoi tenir une soirée, mais pour l’apéritif elle fait le travail.
La menthe poivrée, à garder prisonnière
Le menthol de la menthe poivrée gêne les moustiques, à courte distance toujours. Elle a surtout l’avantage d’être disponible en abondance, puisqu’un pied donne des dizaines de tiges. Mettez-la seule dans son pot, jamais en compagnie d’autre chose, ses stolons étouffent les voisines en une saison.
Un détail qui change tout, une menthe assoiffée ne sent presque rien. Arrosez copieusement, jusqu’à ce que l’eau sorte par le fond, puis videz la soucoupe. Une soucoupe pleine est le meilleur élevage de moustiques que vous puissiez offrir à votre balcon, et j’y reviens à la fin.
Le géranium odorant, le grand malentendu
Vous remarquerez qu’il ne fait pas partie de mes huit, et c’est volontaire. On vend chaque printemps des pélargoniums étiquetés géranium antimoustique, censés protéger une terrasse entière. Les essais menés sur cette variété n’ont montré aucune protection mesurable en conditions réelles, et je n’ai jamais vu la moindre différence sur mon bras en trois étés.
Cela n’en fait pas une mauvaise plante, elle est jolie, robuste, et ses feuilles froissées sentent délicieusement la rose citronnée. Mais achetez-la pour ce qu’elle est, un beau feuillage odorant, pas pour la promesse écrite sur l’étiquette.
Lavande et romarin, l’odeur avant l’efficacité
La lavande et le romarin figurent dans toutes les listes du genre, et je les garde pour d’excellentes raisons, sauf celle-là. Leurs feuilles coriaces libèrent très peu de composés à l’air libre, même froissées, comparées à une mélisse ou à une citronnelle.
Elles ont en revanche un mérite indiscutable, elles supportent le plein soleil, le vent et la sécheresse d’un balcon exposé sud, là où le basilic grille en deux jours. Je les utilise comme structure permanente, dans un pot drainant sans soucoupe, et j’intercale entre elles les plantes vraiment odorantes.
La tanaisie, puissante mais à manier avec prudence
La tanaisie contient de la thuyone, ce qui explique sa réputation ancienne de plante insectifuge. Ses feuilles froissées dégagent une odeur camphrée très marquée, et je la trouve efficace en bouquet sec suspendu près de la porte-fenêtre. Elle monte jusqu’à un mètre et se ressème facilement.
C’est aussi la seule de cette liste que je manipule avec des précautions. Elle n’a rien à faire dans une assiette ni dans une tisane, et je la tiens à l’écart si des enfants jouent sur le balcon. Portez des gants si vous avez la peau sensible.
Comment je dispose tout ça autour de la table
La règle que j’applique est simple, tout ce qui doit agir se trouve à portée de main, le reste n’est que décor. Je regroupe donc trois ou quatre pots au ras de la table, à hauteur de coude, et je les froisse au fur et à mesure de la soirée.
- Deux pots à moins de cinquante centimètres des convives, basilic et cataire chez moi
- Une coupelle de feuilles froissées au centre, renouvelée toutes les trente minutes
- Les grosses touffes de citronnelle et de mélisse en bordure, pour la réserve de feuilles
- Un ventilateur de table si vous en avez un, les moustiques volent mal au-delà de deux kilomètres-heure
Le geste qui compte plus que les huit plantes réunies
Le moustique tigre parcourt rarement plus de cent à cent cinquante mètres dans sa vie. Ceux qui vous piquent sur votre balcon sont donc nés chez vous, ou chez le voisin de palier. Aucune plante ne compensera un gîte de ponte à deux mètres de la table, et il en faut très peu, un fond de soucoupe suffit.
Faites le tour tous les sept jours, videz les soucoupes, les seaux, les cache-pots, le pied du parasol, la gouttière du store. Retournez tout ce qui peut retenir un centimètre d’eau. C’est ingrat, ça prend cinq minutes, et l’effet est sans commune mesure avec celui de la plus belle collection d’aromatiques.
Le conseil de Sophie. Si vous ne devez garder qu’un pot, prenez la cataire et posez-la sur la table même, pas au sol, en froissant trois feuilles au moment de servir.

