5 plantes toxiques pour votre chat que vous avez peut-être chez vous

5 plantes toxiques pour votre chat que vous avez peut-être chez vous

Deux chattes vivent chez moi au milieu d’une trentaine de pots, et il m’a fallu un accident évité de justesse pour revoir sérieusement mes habitudes. Les intoxications par plantes d’intérieur se concentrent presque toujours sur les mêmes espèces, et sur la même période, entre novembre et février, quand les fleuries entrent dans la maison. Voici les cinq qui posent un vrai problème, et celles dont on vous fait peur pour rien.

Le chat ne fait pas le tri tout seul

On me répète que l’instinct protège les animaux. J’ai vu mes deux chattes mâchouiller à peu près tout ce qui dépasse d’un pot, par ennui, par jeu, ou parce qu’une feuille qui bouge dans un courant d’air ressemble à une proie. Les chatons de moins d’un an sont les pires : ils goûtent d’abord et réfléchissent ensuite. Un chat d’appartement qui s’ennuie ira voir vos plantes, c’est une question de semaines.

Le second facteur, c’est la taille. Un chat adulte pèse entre 3 et 5 kilos. La quantité qui passerait inaperçue chez un adulte humain devient sérieuse à cette échelle : deux ou trois feuilles suffisent parfois. Ajoutez le toilettage, qui multiplie les occasions : ce qui se dépose sur le pelage ou sur les coussinets finit dans l’estomac une heure plus tard, même si l’animal n’a rien croqué.

Le lys, le seul qui peut tuer en deux jours

Je parle des vrais lys, du genre Lilium, ceux des bouquets, et des hémérocalles du jardin. Toutes les parties sont dangereuses : pétales, feuilles, tige, pollen, et même l’eau du vase. L’atteinte porte sur les reins et peut aboutir à une insuffisance rénale aiguë en vingt-quatre à soixante-douze heures. Il n’existe aucune solution maison, aucun remède de grand-mère, rien à tenter dans la cuisine.

Le plus traître, c’est le bouquet offert. Le pollen tombe sur le carrelage, le chat marche dedans, se lèche les pattes le soir même. Chez moi, plus aucun bouquet contenant du lys n’entre dans la maison, je le dis désormais à l’avance aux gens qui m’apportent des fleurs. Attention à la confusion de vocabulaire : le spathiphyllum, vendu sous le nom de lis de la paix, n’appartient pas à cette famille. Il fait baver, il ne détruit pas les reins.

Le dieffenbachia et toute sa parenté

Le dieffenbachia contient des cristaux d’oxalate de calcium insolubles, de véritables aiguilles microscopiques qui se plantent dans la muqueuse dès la première morsure. La réaction est immédiate : salivation abondante, patte qui frotte la gueule, parfois gonflement de la langue et difficulté à avaler. C’est très douloureux, et un gonflement de gorge chez un chaton doit être traité comme une urgence.

La même chimie se retrouve chez le philodendron, le monstera, le pothos, l’alocasia, le caladium, l’anthurium et le spathiphyllum, c’est-à-dire chez la moitié des plantes vertes vendues aujourd’hui. La bonne nouvelle, si l’on peut dire, c’est que la douleur arrête l’animal tout de suite : il recrache et n’insiste pas. Les cas graves restent rares. Je garde ces plantes, mais hors de portée, et je ramasse chaque tige cassée.

L’amaryllis, et surtout son bulbe

On l’offre en décembre, le bulbe à moitié sorti du terreau, avec une hampe qui monte de deux centimètres par jour. Pour un chat, c’est un jouet posé à hauteur de museau. La lycorine qu’elle contient est concentrée dans le bulbe : ingestion suivie de salivation, de vomissements, d’abattement, et de tremblements dans les cas sévères.

La hampe cassée laisse un jus collant sur le meuble, et un chat qui marche dedans se lèche ensuite consciencieusement. Pendant les six semaines de floraison, je mets l’amaryllis dans une pièce dont la porte reste fermée, et je ramasse les pétales tombés le jour même. Le reste de l’année, le bulbe dort au frais dans un placard, ce qui règle la question.

Le cyclamen sur le rebord de fenêtre

Le rebord de fenêtre est le poste d’observation préféré des chats, et c’est exactement là qu’on pose les cyclamens en novembre. Les saponines de la plante sont concentrées dans le tubercule ; les fleurs et les feuilles en contiennent beaucoup moins, mais un chat qui gratte la terre finit par atteindre la partie dangereuse.

Les signes vont des vomissements répétés à la diarrhée, et à forte dose à des troubles du rythme cardiaque. Depuis deux hivers, mes cyclamens vivent dehors, sur le rebord extérieur et dans l’entrée non chauffée où ils tiennent d’ailleurs bien mieux : ils détestent les 20 °C du salon et durent trois fois plus longtemps à 12 °C.

L’azalée d’intérieur, le petit pot de janvier

C’est celle que je place juste derrière le lys en termes de danger. Les azalées d’intérieur vendues fleuries en janvier et février contiennent des grayanotoxines dans les feuilles comme dans les fleurs. Quelques feuilles suffisent chez un chat de quatre kilos pour provoquer salivation, vomissements, faiblesse marquée, et des troubles cardiaques et nerveux.

Il n’y a pas de nuance à apporter sur celle-là, pas d’emplacement sûr qui tienne face à un chat déterminé. Je n’en ai plus du tout. Quand je veux de la couleur en plein hiver, je prends une orchidée phalaenopsis, qui tient huit semaines, ne présente pas de toxicité connue pour le chat, et se contente d’un trempage tous les dix jours.

Les fausses alertes qui circulent

Toutes les rumeurs ne se valent pas, et certaines font jeter des plantes parfaitement gérables. Voici celles que je vois passer le plus souvent, avec ce qu’il en est réellement.

  • Le poinsettia : sa réputation est très surfaite. Son latex irrite la bouche, provoque un peu de bave et parfois un vomissement, mais les cas graves sont exceptionnels.
  • Le sansevieria : il contient des saponines, qui donnent des vomissements passagers. Désagréable, rarement dramatique.
  • L’aloe vera : contrairement à son image de plante bienfaisante, le suc jaune situé sous la peau de la feuille est fortement purgatif pour un chat. Je ne fais jamais ingérer d’aloès à un animal, et je ne conseille aucune plante par voie interne, ni pour eux ni pour vous.
  • Le chlorophytum : aucune toxine connue, mais les chats l’adorent, en avalent trop, et vomissent mécaniquement. Le pot finit rasé.
  • Les vraies fougères, de Boston ou nid d’oiseau : sans danger connu, et increvables en salle de bains.

Ce qui doit vous faire décrocher le téléphone

Les signes à surveiller sont une salivation abondante, une patte qui frotte la bouche à répétition, des vomissements qui se répètent, un abattement inhabituel, un refus de manger, une soif soudaine ou au contraire des urines rares. Ce dernier point vaut alerte maximale, car il oriente vers le rein.

Je ne fais jamais vomir un chat moi-même, je ne donne ni lait, ni huile, ni charbon sans avis. J’appelle le vétérinaire ou un centre antipoison vétérinaire, et j’emporte un morceau de la plante ou la photo de son étiquette : le nom exact change complètement la conduite à tenir. Pour le lys, la prise en charge dans les six premières heures fait toute la différence.

Comment je cohabite sans tout jeter

Mettre en hauteur ne suffit pas : un chat monte sur une bibliothèque de deux mètres sans effort. Ce qui marche vraiment, c’est la suspension réellement inaccessible, loin d’un meuble d’appui, ou la pièce dont la porte reste fermée. Je couvre aussi la terre des grands pots avec des galets plats, ce qui arrête le grattage et les moucherons.

L’autre moitié du travail consiste à offrir une alternative. Une coupe d’herbe à chat semée maison, orge ou dactyle, renouvelée toutes les trois semaines, occupe l’animal et détourne son attention. En revanche, j’ai abandonné les répulsifs au piment, irritants pour les yeux, et le marc de café répandu en surface, qui moisit en trois jours et contient de la caféine.

Les remplaçantes que je garde à portée de patte

Il reste largement de quoi meubler un intérieur : calathea et maranta pour le feuillage graphique, peperomia et pilea pour les petits volumes, fittonia et hypoestes pour la couleur, fougère de Boston pour les pièces humides, kentia et areca pour les grands sujets, phalaenopsis et aspidistra pour l’indestructible. Aucune de ces plantes n’a de toxicité connue chez le chat.

Une réserve honnête pour finir : aucune toxicité connue ne veut pas dire comestible. Toute plante avalée en quantité irrite l’estomac et finit par faire vomir. Le but n’est pas d’avoir un salon entièrement broutable, c’est de supprimer les accidents graves et de laisser au chat de quoi s’occuper ailleurs.

Le conseil de Sophie. Si on vous offre un bouquet en hiver, retirez les lys avant même de le mettre dans l’eau : le pollen tombé sur le sol, léché sur une patte, suffit à envoyer un chat en réanimation.

Sophie Lemoine
Sophie Lemoine

Je cultive 180 m² de potager en Anjou, sans engrais de synthèse, et je raconte ici ce qui marche vraiment — y compris mes ratés.

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