Que semer en pot mois par mois : le calendrier

Que semer en pot mois par mois : le calendrier

En pot, le calendrier de semis n’est pas celui de la pleine terre, et c’est la première chose que j’ai dû désapprendre en passant à la terrasse. Un substrat de vingt litres se réchauffe deux à trois semaines plus tôt au printemps, et il se refroidit tout aussi vite à l’automne. Voici le calendrier réel que je note chaque année en Anjou.

Ce qui change en pot par rapport à la pleine terre

Avant de parler dates, il faut comprendre pourquoi elles bougent. Un pot n’est pas un petit morceau de jardin : c’est un volume isolé qui suit la température de l’air, et non celle du sol.

  • le terreau atteint 12 °C, seuil de levée de beaucoup d’espèces, deux à trois semaines avant la pleine terre
  • il redescend aussi plus vite en octobre, ce qui avance d’autant les derniers semis d’automne
  • il gèle à cœur en hiver, ce que la pleine terre ne fait presque jamais sous nos climats
  • il se dessèche en un seul après-midi de vent, donc les semis d’été demandent une surveillance quotidienne
  • il est déplaçable, ce qui permet d’avancer ou de retarder n’importe quelle date en changeant le pot de place

Janvier et février : sous abri, et seulement là

Dehors, rien ne lève, et insister ne sert qu’à perdre des graines. Sur le rebord de fenêtre le plus lumineux, je démarre fin janvier les oignons de semis et les poireaux, qui ont besoin d’une très longue saison, puis vers le 15 février les piments et les aubergines, qui demandent près de quatre mois avant de produire.

Ces semis très précoces n’ont de sens qu’avec beaucoup de lumière. Derrière une fenêtre orientée nord ou dans une pièce sombre, vous n’obtiendrez que des tiges filées de quinze centimètres. Sans lampe horticole, mieux vaut attendre mars : le retard apparent sera rattrapé en trois semaines par des plants plus trapus.

Mars : le vrai démarrage, à l’intérieur

C’est le mois où tout se joue. Tomates, poivrons, basilic et céleri partent en terrine à 20-22 °C. Dehors, sur la terrasse, je sème déjà en pot les radis, les épinards, les fèves, les pois et les premières laitues à couper : ils lèvent à partir de 8 à 10 °C et supportent une gelée blanche matinale.

Le piège de mars, c’est de semer les tomates trop tôt. Un plant semé le 1er mars sera prêt le 25 avril ; s’il ne peut pas sortir avant le 10 mai, il aura passé quinze jours à s’étioler et ne rattrapera jamais un plant semé trois semaines plus tard. Je cale la date six à sept semaines avant la sortie prévue.

Avril : les premiers semis dehors

Le terreau des pots passe durablement au-dessus de 12 °C. Je sème alors en place les carottes courtes, les betteraves, les blettes, la roquette, le persil, l’aneth et les capucines. Les courgettes et les concombres partent en godet à l’abri, pour être plantés dans leur contenant définitif autour du 10 mai.

C’est aussi le mois des faux départs. Une belle semaine à 22 °C en avril ne signifie rien : en Anjou, la dernière gelée tombe en moyenne autour du 20 avril, et j’ai déjà relevé -1 °C le 5 mai. Tout ce qui craint le froid reste donc sous voile la nuit, ou rentre le soir si les pots sont petits.

Mai : tout se met en place

Après le 10 ou le 15 mai selon les années, je plante définitivement les tomates, poivrons, aubergines, basilic, courgettes et concombres. Je sème en même temps les haricots nains, qui lèvent en cinq jours quand le terreau atteint 15 °C et qui pourrissent purement et simplement en dessous de 12 °C.

Mai est aussi le dernier moment raisonnable pour les laitues pommées : au-delà, l’allongement des jours et la chaleur les font monter à graines avant qu’elles aient formé une pomme correcte. Je passe alors aux laitues à couper et aux batavias, plus tolérantes et mieux adaptées au volume réduit d’un pot.

Juin : les semis de relais qu’on oublie

On sème peu en juin parce que tout semble déjà en place, et c’est une erreur qui coûte cher en septembre. Un second semis de haricots nains vers le 15 juin donne une récolte début septembre, au moment où les premiers pieds s’épuisent. Même chose pour une deuxième vague de basilic, qui prendra le relais des pieds montés.

Je sème aussi en juin les carottes d’automne, les betteraves de conservation et le persil qui passera l’hiver. Sur une terrasse, la place est comptée : je note sur un carnet quel pot se libère à quelle date, et je prépare le semis correspondant huit à dix jours avant, en godet.

Juillet : semer pour l’automne

En plein été, on sème pour dans trois mois. Les choux d’hiver, les blettes, les fenouils, les navets et les dernières carottes partent maintenant. Les épinards, eux, attendront août : semés en juillet, ils montent à graines presque immédiatement dès que la température dépasse durablement 25 °C.

La difficulté est de faire lever par 30 °C sur une terrasse. Je sème dans un pot placé à mi-ombre, je couvre d’un voile ou d’une planche jusqu’à la levée, et j’arrose légèrement deux fois par jour pour que la surface ne croûte pas. Dès que les cotylédons sortent, je ramène progressivement le pot au soleil.

Août : le mois le plus rentable de l’année

C’est mon mois préféré, et le plus négligé de tous. Entre le 1er et le 31 août se sèment la mâche, les épinards, la roquette, les radis d’hiver, les laitues d’hiver, le cerfeuil, le chou frisé et les oignons blancs. Tous profitent d’un terreau encore chaud et de jours qui raccourcissent.

Le calage se compte en jours. Un semis de mâche du 20 août donne une récolte en novembre ; le même semis fait le 20 septembre ne sera bon qu’en février, parce que la croissance s’arrête presque complètement dès que la durée du jour passe sous dix heures, autour du 10 novembre sous notre latitude.

Septembre et octobre : la dernière fenêtre

En septembre, il reste la mâche, la roquette, les épinards de dernière chance et la laitue d’hiver, à condition de semer dans les dix premiers jours. Passé le 20 septembre, en pot, la levée devient hasardeuse parce que le substrat redescend vite sous 12 °C pendant la nuit.

Octobre est le mois des aromatiques vivaces et des semis qui attendront le froid : ciboulette, oseille, et les fèves d’hiver dans les régions douces, semées vers le 20 octobre pour une récolte en mai. En pot, je réserve les fèves aux contenants d’au moins trente centimètres de profondeur, calés contre un mur.

Novembre et décembre : l’ail et le repos

On ne sème presque plus, on plante. L’ail blanc et l’ail violet se mettent en pot de novembre à décembre, une gousse tous les dix centimètres, pointe vers le haut et à trois centimètres de profondeur, dans un substrat très drainant. Les échalotes suivront en février, dans les mêmes conditions.

Le reste relève de l’entretien : ranger les pots inutilisés à l’abri du gel, regrouper les cultures d’hiver contre un mur, et n’arroser qu’en cas de sécheresse hivernale prolongée. Un pot gorgé d’eau qui gèle se fissure, et son contenu meurt bien avant le printemps sans qu’on s’en aperçoive.

Les repères qui remplacent le calendrier

Les dates que je donne valent pour l’Anjou. Plus au sud, avancez de deux à trois semaines les semis de printemps et retardez d’autant ceux d’automne ; plus au nord ou en altitude, faites l’inverse. Sur un balcon urbain bien abrité, comptez encore une dizaine de jours d’avance au printemps.

Mais le meilleur repère reste la température du terreau, mesurée avec un thermomètre de cuisine planté à cinq centimètres, tôt le matin. En dessous de 8 °C, seules les fèves, les pois et la mâche lèvent correctement. Au-dessus de 12 °C, presque tout démarre. Au-dessus de 15 °C, les haricots et les courges deviennent possibles.

Le conseil de Sophie. Notez sur un carnet la date réelle de chaque semis et celle de la première récolte : au bout de deux saisons, votre calendrier personnel vaudra mieux que n’importe quel tableau imprimé, y compris le mien.

Sophie Lemoine
Sophie Lemoine

Je cultive 180 m² de potager en Anjou, sans engrais de synthèse, et je raconte ici ce qui marche vraiment — y compris mes ratés.

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