Une plante contre les guêpes à table cet été

Une plante contre les guêpes à table cet été

Chaque mois d’août, on me demande la plante qui protégera enfin la table des guêpes. Je vais vous décevoir tout de suite, elle n’existe pas, et les listes qui circulent sur ce sujet relèvent surtout de la copie sans vérification. Ce qui existe, en revanche, ce sont deux ou trois plantes qui aident un peu, et une méthode simple qui a réellement changé mes repas dehors.

La réponse courte, aucune plante ne fait barrage

Une guêpe qui a repéré votre assiette de charcuterie ne renoncera pas parce qu’il y a un pot de menthe à côté. Elle est guidée par des signaux alimentaires puissants, protéines et sucres, contre lesquels une odeur végétale diffuse ne pèse presque rien. Les tests de terrain sur les répulsifs végétaux face aux guêpes sociales donnent des résultats modestes et très courts.

J’ai essayé, sérieusement, sur trois étés, avec des pots de menthe poivrée, de citronnelle, de basilic et de lavande disposés autour de la table. Aucune différence perceptible sur la fréquentation. Ce qui a marché, c’est une assiette placée ailleurs, et je vous explique pourquoi plus bas.

Ce que la guêpe cherche vraiment sur votre table

La guêpe commune et la guêpe germanique sont des chasseuses. Elles ne viennent pas vous embêter, elles ravitaillent une colonie qui compte parfois plusieurs milliers d’individus au mois d’août. Votre table est simplement, ce jour-là, la ressource la plus rentable à cent mètres à la ronde.

Ce qui l’attire se résume à trois choses, la protéine animale, le sucre, et l’odeur qui les signale à distance. Jambon, poulet, rillettes, pastèque, sirop, canette entamée, jus de fruits, tout cela porte à plusieurs dizaines de mètres. Le reste, y compris vos plantes, n’est qu’un décor qu’elle traverse.

Deux saisons, deux appétits

En début de saison, de mai à juillet, les ouvrières chassent des insectes pour nourrir les larves. Elles ne s’intéressent presque pas à votre limonade, mais elles se posent volontiers sur la viande. C’est aussi la période où elles rendent le plus service au jardin, en prélevant chenilles et mouches par centaines.

À partir de la mi-août, la colonie cesse d’élever du couvain, les ouvrières n’ont plus la récompense sucrée que leur donnaient les larves, et elles partent chercher du sucre partout. C’est le moment où elles deviennent insistantes autour des desserts et des verres. Cette bascule explique pourquoi la même terrasse est tranquille en juin et intenable fin août.

Les plantes qui ont un effet mesurable, et lequel

Quelques composés végétaux ressortent dans les essais avec un effet répulsif réel sur les guêpes, notamment le géraniol, le clou de girofle et certains extraits de menthe. Mais ces essais utilisent des huiles concentrées, pas une plante en pot, et l’effet se mesure en minutes et en centimètres.

  • La menthe poivrée, froissée et posée en tas sur la table, gêne un peu à faible distance
  • Le clou de girofle, dont l’eugénol est le composé le plus régulièrement cité
  • Le laurier et la tanaisie, souvent recommandés, avec des résultats bien plus incertains
  • Le géranium odorant et la citronnelle, sans effet visible dans mon expérience

La menthe et le clou de girofle, mon test

Le seul montage qui m’a semblé faire quelque chose est un tas de feuilles de menthe poivrée fraîchement froissées dans une coupelle, au centre de la table, renouvelé toutes les vingt minutes. Les guêpes tournaient un peu plus haut, hésitaient davantage. Elles finissaient quand même par se poser sur le melon.

Le classique citron piqué de clous de girofle a le même profil, un effet léger, une portée courte, une durée limitée à la soirée. Je continue d’en faire un, parce qu’il est décoratif et qu’il sent bon, pas parce qu’il protège la table. Sachez ce que vous achetez avec ces astuces, du confort, pas de la protection.

L’assiette leurre, la seule chose qui a changé mes repas

C’est la méthode la plus efficace que je connaisse, et elle est gratuite. Vingt minutes avant le repas, je pose à cinq ou dix mètres de la table, au soleil et bien en vue, une petite assiette avec un morceau de jambon gras ou une cuillerée de confiture selon la saison, protéine avant août, sucre après.

Les guêpes repèrent cette ressource facile, la marquent, et y reviennent en boucle. Elles préviennent leurs congénères, et le flux se déporte. Le trafic autour de ma table a chuté de manière spectaculaire, sans tuer un seul insecte. Le seul principe à respecter, l’assiette leurre doit être plus attirante et plus accessible que votre repas.

Les gestes qui les attirent sans qu’on le sache

Beaucoup de nuisances viennent de comportements involontaires. On agite les bras, on tape, on écrase, et la situation empire d’un coup. Une guêpe écrasée libère une phéromone d’alarme qui recrute les autres, c’est exactement ce qu’il ne faut pas déclencher au milieu d’un repas.

Restez immobile, soufflez doucement de côté si elle s’attarde, écartez-la avec un carton plutôt qu’avec la main. Évitez les parfums fleuris et les vêtements à motifs floraux vifs. Buvez dans un verre plutôt que dans une canette, où l’on ne voit pas ce qui est entré, et couvrez les plats entre deux services.

Ne jamais s’attaquer à un nid soi-même

Si vous trouvez un nid dans un coffre de volet roulant, sous une gouttière ou dans un trou de mur, ne le bouchez pas et ne le traitez pas. Boucher l’entrée pousse la colonie à percer ailleurs, souvent vers l’intérieur du logement. Les interventions de particuliers sont la première cause d’accidents graves.

Faites appel à un professionnel, et pour un nid de frelons, systématiquement. En attendant, tenez tout le monde à trois ou quatre mètres et n’utilisez ni jet d’eau ni fumée. Toute réaction qui dépasse la douleur locale après une piqûre relève des secours et pas d’un conseil de jardinière, appelez sans attendre.

Pourquoi je ne cherche plus à les éliminer

Une colonie de guêpes consomme des quantités énormes d’insectes pendant tout l’été, dont beaucoup de ravageurs de mon potager. Les pièges à bouteille remplis de bière ou de sirop tuent surtout des abeilles, des syrphes et des papillons, et ne font pas baisser la population de guêpes de façon perceptible.

Depuis que j’ai arrêté les pièges et adopté l’assiette leurre, mes repas dehors sont plus calmes qu’avant, et mes choux souffrent moins. Les guêpes disparaissent d’elles-mêmes aux premières gelées, seules les jeunes reines passent l’hiver, et le nid n’est jamais réoccupé l’année suivante.

Le conseil de Sophie. Posez l’assiette leurre vingt minutes avant de servir, à dix mètres et bien au soleil : c’est la seule chose qui m’ait vraiment rendu la terrasse en août.

Sophie Lemoine
Sophie Lemoine

Je cultive 180 m² de potager en Anjou, sans engrais de synthèse, et je raconte ici ce qui marche vraiment — y compris mes ratés.

Une question, un retour du jardin ?

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.