Une pièce de cuivre dans le pot : ce que ça fait (et ce que ça ne fait pas)

Une pièce de cuivre dans le pot : ce que ça fait (et ce que ça ne fait pas)

Au marché de Doué, une voisine m’a assuré qu’une pièce de cuivre glissée au fond d’un pot suffisait à écarter les champignons et les moucherons du terreau. L’astuce circule depuis des décennies et elle a l’immense avantage de ne rien coûter. J’ai voulu savoir ce qu’elle valait vraiment, alors j’ai passé deux étés à comparer des pots avec et sans pièce. La réponse est nette, et elle ne fera pas plaisir à tout le monde.

D’où vient cette idée

L’histoire ne sort pas de nulle part. Le cuivre est un fongicide réel, employé depuis la fin du XIXe siècle sous forme de bouillie bordelaise, ce mélange de sulfate de cuivre et de chaux dont les traces bleues marquent encore les vignes de l’Anjou au mois de juin. Un jardinier qui a vu ce produit sauver une récolte menacée par le mildiou a toutes les raisons de faire confiance au cuivre, et je le comprends très bien.

Le saut de raisonnement se fait juste après : puisque le cuivre tue des champignons, une pièce de cuivre protégerait la plante. C’est oublier les deux choses que la chimie ne pardonne jamais, la dose et la forme sous laquelle le métal se présente.

Ce qu’il y a vraiment dans une pièce

Regardez d’abord ce que vous tenez avant de l’enfouir. Les pièces de 1, 2 et 5 centimes sont en acier recouvert d’une pellicule de cuivre de quelques centièmes de millimètre. Celles de 10, 20 et 50 centimes sont en or nordique, un alliage à 89 % de cuivre complété d’aluminium, de zinc et d’étain. Les pièces de 1 et 2 euros mélangent cuivre et nickel dans deux couronnes distinctes.

Aucune n’est en cuivre pur, et surtout toutes sont conçues pour résister à la corrosion. Une fine couche d’oxyde se forme en surface et bloque la suite du processus. C’est exactement l’inverse de ce que l’on cherche quand on veut libérer une substance active dans un milieu.

Le cuivre agit, mais pas à cette dose

La bouillie bordelaise s’applique à quelques grammes par litre, pulvérisée sur le feuillage, et elle forme un film qui recouvre la surface des feuilles. Elle est préventive : elle attend la spore là où celle-ci se pose. C’est un traitement de contact, de surface, pas un traitement de sol, et il faut le renouveler après chaque grosse pluie.

Une pièce enterrée dans du terreau libère au mieux quelques microgrammes de cuivre par an. Ce cuivre-là se fixe aussitôt sur la matière organique et sur l’argile, il ne circule pratiquement pas et ne remonte jamais dans le feuillage à une dose utile. Or l’oïdium, la rouille et le mildiou arrivent par l’air et attaquent les feuilles. La pièce est au mauvais endroit, à la mauvaise dose, sous la mauvaise forme.

Mon essai sur deux étés

J’ai monté six pots de basilic identiques, même terreau sorti du même sac, même exposition contre le mur sud, même arrosage au même moment. Trois avaient une pièce de 5 centimes posée au fond, sous le substrat, trois n’avaient rien du tout. L’année suivante j’ai recommencé avec de la menthe, plus sensible à la rouille et donc plus bavarde sur ce genre de question.

Le résultat tient en une phrase : la même rouille est apparue à la mi-septembre dans les deux séries, à trois jours près, et les moucherons se sont installés partout où j’avais gardé la surface humide. La seule différence visible entre mes pots venait de mon arrosoir, pas de ma monnaie. Ce n’est évidemment pas un protocole scientifique, mais un effet aussi spectaculaire que celui qu’on promet se serait vu à l’œil nu.

Les moucherons du terreau, leur vraie cause

Ces petites mouches noires sont des sciarides. Les femelles pondent dans les deux à trois premiers centimètres du substrat, à condition qu’ils restent humides, et les larves consomment la matière organique en décomposition ainsi que les radicelles les plus fines. Le cycle complet demande trois à quatre semaines autour de 20 °C, ce qui explique l’impression d’invasion soudaine alors que tout se prépare depuis un mois.

Elles arrivent presque toujours avec le sac de terreau ou avec une plante achetée, et elles prolifèrent parce que nous arrosons peu et souvent. Une pièce posée au fond du pot ne change strictement rien à ce qui se passe en surface, qui est pourtant le seul endroit où tout se joue.

Ce qui marche contre les sciarides

Voici ce qui a fonctionné chez moi, dans l’ordre où je m’en sers.

  • laisser sécher les trois premiers centimètres entre deux arrosages, quitte à arroser plus copieusement mais beaucoup moins souvent
  • couvrir la surface d’un centimètre de sable grossier ou de pouzzolane fine, qui sèche vite et gêne la ponte
  • poser deux ou trois pièges jaunes engluants, qui capturent les adultes et surtout vous disent où vous en êtes
  • arroser deux ou trois fois, à sept jours d’intervalle, avec une préparation à base de Bacillus thuringiensis israelensis, qui ne vise que les larves de diptères
  • vider la soucoupe vingt minutes après chaque arrosage, sans jamais faire d’exception

Le cuivre en excès n’est pas anodin

Il faut dire aussi l’autre moitié de l’histoire. Le cuivre ne se dégrade pas, il s’accumule. Certains vieux sols viticoles portent un siècle de traitements et affichent des teneurs qui gênent les vers de terre et la vie microbienne. C’est pour cette raison que la réglementation européenne plafonne les apports en agriculture biologique aux alentours de 4 kilos par hectare et par an.

Rassurez-vous tout de suite : votre pièce ne pollue rien, elle libère beaucoup trop peu de cuivre pour poser le moindre problème à qui que ce soit. Mais c’est précisément l’argument que je voulais amener. Trop peu pour nuire, c’est aussi trop peu pour servir.

Ce que je fais maintenant

Je garde mes pièces pour le pain. Les cinq minutes que j’aurais passées à en enterrer une, je les emploie à vérifier que le trou du pot est dégagé, que le substrat est homogène du haut jusqu’en bas, que la soucoupe est vide et que j’arrose franchement plutôt qu’un fond de verre chaque matin.

Si le geste vous plaît malgré tout, il ne fera aucun mal, et c’est là son unique mérite. Une astuce inoffensive reste une astuce qui vous occupe pendant que le vrai problème continue tranquillement son chemin sous la motte.

Le conseil de Sophie. Avant de chercher un remède à glisser dans un pot, retournez-le : neuf fois sur dix le trou d’évacuation est à moitié bouché, et toute l’explication est là.

Sophie Lemoine
Sophie Lemoine

Je cultive 180 m² de potager en Anjou, sans engrais de synthèse, et je raconte ici ce qui marche vraiment — y compris mes ratés.

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