Tomates qui fleurissent mais ne donnent rien : secouez les plants

Tomates qui fleurissent mais ne donnent rien : secouez les plants

Un plant couvert de fleurs jaunes, et trois semaines plus tard toujours pas un fruit : les fleurs jaunissent au pédoncule et tombent entières. Sur un balcon abrité, la cause la plus fréquente est aussi la plus simple à corriger, puisque la fleur n’a pas été secouée. Encore faut-il savoir quand cela marche, et quand cela ne changera rien du tout.

La fleur de tomate, une mécanique particulière

La tomate est autogame : chaque fleur porte à la fois ses étamines et son pistil, et se féconde avec son propre pollen. Elle n’a donc besoin ni d’un second pied, ni d’un insecte transporteur. Sur le papier, tout est réuni dans un espace de quelques millimètres et rien ne devrait manquer.

Sauf que le pollen est enfermé dans un cône d’étamines soudées, et qu’il ne tombe sur le stigmate que si la fleur vibre. Dans la nature, ce sont le vent et surtout les bourdons, capables de faire vibrer la fleur en contractant leurs muscles de vol, qui déclenchent cette libération du pollen.

Pourquoi un balcon pose problème

Une cour intérieure, un balcon fermé sur trois côtés, une véranda ou une petite serre close réunissent les mêmes conditions : très peu de vent, très peu de bourdons. La fleur s’ouvre, reste trois à cinq jours réceptive, ne reçoit rien, et finit par se détacher proprement à la base du pédoncule.

Le symptôme est facilement reconnaissable. La fleur ne fane pas sur place en gardant une petite bille verte en son centre : elle tombe entière, après que son pédoncule a jauni puis formé un léger renflement. Si vous ramassez des fleurs intactes au pied du pot, c’est très probablement cela.

Le geste : secouer, et comment

Prenez le tuteur à mi-hauteur et donnez trois ou quatre secousses sèches, de petite amplitude. On ne cherche pas à balancer le plant d’avant en arrière, mais à le faire vibrer brièvement. Autre méthode plus précise : tapoter le pédoncule de chaque bouquet avec l’ongle, deux ou trois pichenettes suffisent.

Le moment de la journée compte beaucoup. Entre onze heures et quinze heures, par temps sec, le pollen est le plus fluide et le plus abondant. Tôt le matin, avec de la rosée ou par forte humidité, il colle et ne se détache pas. Un passage quotidien pendant toute la floraison suffit largement.

La brosse à dents électrique, avec réserve

Le truc circule beaucoup : appliquer le manche d’une brosse à dents électrique en marche contre le pédoncule d’un bouquet, deux secondes. Cela reproduit assez fidèlement la vibration du bourdon et cela fonctionne réellement, en particulier sous serre où il n’y a strictement aucun mouvement d’air.

Deux précautions tout de même. Appliquez sur la tige qui porte le bouquet, jamais sur la fleur elle-même, dont les organes sont très fragiles. Et ne dépassez pas deux ou trois secondes : au-delà, on abîme les pédoncules et on fait tomber précisément les fleurs que l’on voulait féconder.

Ce que secouer ne réglera jamais

Autant être claire, parce que beaucoup de gens secouent consciencieusement pendant un mois sans le moindre résultat et finissent par s’énerver. La vibration ne sert à rien si le pollen lui-même est stérile ou si la plante refuse de nouer pour des raisons de température. Or c’est très fréquent en plein été.

  • Au-dessus de 32 °C le jour, et surtout au-dessus de 21 °C la nuit, le pollen devient stérile.
  • En dessous de 13 °C la nuit, la fécondation ne se fait pas davantage.
  • Au-dessus de 80 % d’humidité, le pollen s’agglutine ; en dessous de 40 %, le stigmate se dessèche.

La chaleur, cause numéro un en juillet

Sur un balcon exposé plein sud, avec un mur qui restitue la chaleur emmagasinée toute la nuit, on dépasse très facilement ces seuils sans s’en rendre compte. Un plant peut ainsi ne rien nouer pendant trois semaines de canicule, puis repartir tout seul dès que les nuits redescendent sous vingt degrés.

Ce que l’on peut faire : ombrer aux heures les plus chaudes avec un voile ou un simple drap tendu, écarter les pots du mur d’une vingtaine de centimètres pour laisser circuler l’air, et arroser en fin de journée pour rafraîchir le substrat. La floraison reprendra, elle n’est presque jamais perdue définitivement.

L’excès d’azote, l’erreur de l’engrais généreux

Un plant magnifique, vert foncé, aux feuilles larges et à la tige épaisse, très haut, qui fleurit peu ou dont les fleurs tombent : ce tableau évoque presque toujours un excès d’azote. La plante fabrique de la végétation parce qu’on lui en donne les moyens en abondance, et diffère sa reproduction.

Le remède consiste à couper net les apports azotés et à passer à un engrais où le potassium domine nettement, dès l’apparition du premier bouquet floral. Sur un terreau neuf déjà enrichi, je ne donne d’ailleurs aucun engrais pendant les six premières semaines, et je n’ai jamais eu à le regretter.

La lumière et le volume de terre

Six heures de soleil direct par jour constituent un minimum réel, pas un idéal théorique. En dessous, le plant fleurit chichement et avorte facilement, quelle que soit la qualité des soins. Un balcon nord ou une cour ombragée ne donneront jamais une belle récolte de tomates, et il vaut mieux le savoir avant.

Le volume du pot joue exactement de la même façon. En dessous de quinze litres, la plante subit des à-coups d’eau et de nourriture qui provoquent directement des chutes de fleurs. Vingt litres est un bon plancher, avec un arrosage régulier et modéré plutôt qu’abondant et espacé.

Le cas des premiers bouquets

Il est courant que le tout premier bouquet d’un plant coule intégralement, surtout s’il s’est formé pendant une période fraîche ou juste après la mise en place définitive. Ce n’est pas un mauvais signe et cela ne présage rien de la suite de la saison, ni de la santé du pied.

Je ne commence vraiment à m’inquiéter qu’à partir du moment où deux ou trois bouquets successifs tombent alors que les conditions sont favorables, avec des nuits comprises entre quinze et vingt degrés. C’est à ce moment-là qu’il faut chercher sérieusement du côté de la pollinisation, de l’engrais ou de la lumière.

Vérifier que ça a marché

Trois à sept jours après la fécondation, la fleur fane mais reste accrochée, et l’on distingue en son centre une petite bille verte de la taille d’une tête d’épingle. C’est la signature d’une nouaison réussie, et c’est la seule chose à surveiller pour savoir si votre geste sert à quelque chose.

Si vous commencez à secouer aujourd’hui, regardez dans une semaine les bouquets qui étaient ouverts ce jour-là. Un simple brin de laine noué sur le bouquet du jour permet de retrouver exactement ce qui a répondu, et donc de continuer en connaissance de cause ou d’aller chercher ailleurs.

Le conseil de Sophie. Prenez l’habitude de secouer le tuteur chaque fois que vous passez arroser : c’est un geste de deux secondes, et sur mon balcon abrité il a fait la différence entre trois tomates et un plein saladier.

Sophie Lemoine
Sophie Lemoine

Je cultive 180 m² de potager en Anjou, sans engrais de synthèse, et je raconte ici ce qui marche vraiment — y compris mes ratés.

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