Tomates : arrosez au pied, jamais sur les feuilles

Tomates : arrosez au pied, jamais sur les feuilles

J’ai perdu douze pieds de tomate en une semaine, il y a quelques années, après un mois d’août lourd et pluvieux. J’arrosais au jet, le soir, sur l’ensemble du feuillage, en trouvant ça rafraîchissant pour les plantes. C’est la seule erreur de jardinage qui m’a vraiment coûté une récolte entière, et elle était parfaitement évitable.

Le mildiou a besoin d’eau liquide

Le champignon responsable du mildiou de la tomate ne peut pas infecter une feuille sèche. Ses spores, transportées par l’air, doivent se poser sur une surface couverte d’un film d’eau liquide et y rester environ deux heures à température douce pour germer et pénétrer les tissus. Sans cette eau qui stagne, elles se dessèchent et meurent.

Tout le raisonnement tient là-dedans. Chaque fois que vous mouillez le feuillage, vous offrez la condition indispensable à l’infection. Le faire le soir, quand la fraîcheur et l’absence de soleil font que les feuilles restent humides sept ou huit heures d’affilée, c’est offrir un créneau confortable au champignon. Le faire en plein cagnard sur des feuilles qui sèchent en vingt minutes est bien moins grave, mais reste une prise de risque inutile.

Les éclaboussures, l’autre voie de contamination

Le mildiou n’est pas le seul en cause. L’alternariose et la septoriose, ces taches brunes concentriques et ces ponctuations grises cerclées de brun qui grignotent les feuilles basses dès juillet, se conservent dans le sol et sur les débris végétaux. Elles remontent sur la plante par projection : une goutte qui frappe le terreau à vive allure renvoie des micro-éclaboussures chargées de spores jusqu’à trente ou quarante centimètres de haut.

C’est pour cela qu’on voit toujours ces maladies commencer par le bas de la plante et monter étage par étage. Un arrosage brutal à l’arrosoir sans pomme, ou pire au jet, transforme chaque passage en séance de contamination. Arroser doucement, au ras du terreau, casse cette voie de transmission bien plus efficacement que n’importe quel traitement appliqué ensuite.

La légende de la goutte qui brûle

On lit souvent qu’il ne faut pas mouiller le feuillage parce que les gouttes feraient loupe au soleil et brûleraient les feuilles. C’est faux, ou en tout cas sans importance pratique sur une tomate. Il faudrait une géométrie de goutte très particulière et une surface adaptée pour concentrer suffisamment le rayonnement, et le feuillage duveteux de la tomate retient les gouttes en boules posées sur les poils, à distance de la surface.

Je le signale parce que cette fausse raison en cache une vraie, bien plus grave. Quelqu’un qui croit au risque de brûlure pense être tranquille en arrosant le soir sur le feuillage, puisqu’il n’y a plus de soleil. Il fait alors exactement le pire choix possible du point de vue sanitaire. La bonne raison de garder les feuilles sèches, c’est le champignon, pas la loupe.

Arroser au pied, concrètement

En pot, cela veut dire déposer l’eau sur le terreau, à cinq ou dix centimètres du collet, jamais directement sur la tige ni sur les feuilles basses. J’utilise un arrosoir sans pomme, penché tout près de la surface, en versant lentement, ou un tuyau réglé en filet doux et posé au sol. La cuvette formée à la plantation retient l’eau le temps qu’elle s’infiltre.

Un pot bien conduit se remplit en deux ou trois fois : je verse un litre, j’attends une minute que ça pénètre, je verse encore. Verser trois litres d’un coup fait déborder par les bords, l’eau file le long de la paroi et ressort par les trous sans avoir mouillé le cœur de la motte. C’est une erreur très fréquente et elle donne des plantes assoiffées dans un pot pourtant arrosé tous les jours.

Le matin plutôt que le soir

Si je ne devais retenir qu’un changement d’habitude, ce serait celui-là. J’arrose entre sept et neuf heures du matin. Le terreau se recharge avant la chaleur, la plante aborde la journée avec ses réserves pleines, et les éventuelles projections sur les feuilles basses sèchent en une heure au soleil levant.

Le soir, la même eau reste en place toute la nuit, dans un air qui se sature d’humidité en refroidissant, et les feuilles ne sèchent pas avant le lendemain matin. Si vous rentrez du travail à vingt heures et que c’est votre seul créneau possible, arrosez quand même plutôt que de laisser sécher vos pots, mais soyez d’autant plus attentif à ne mettre l’eau que sur le terreau.

Le paillage fait plus que l’arrosoir

Un paillage de cinq centimètres bloque les éclaboussures à la source : la goutte est absorbée par la paille ou la tonte au lieu de frapper le sol nu et de rebondir. C’est la mesure la plus efficace contre l’alternariose et la septoriose, plus encore que la façon d’arroser, parce qu’elle fonctionne aussi quand il pleut, c’est-à-dire quand vous n’y pouvez rien.

Les bénéfices s’additionnent : moins d’évaporation, terreau plus frais et plus stable, donc moins de fruits fendus et moins de cul noir. Je pose ma couche fin mai, quand le substrat est réchauffé, et je la complète en juillet parce que la tonte séchée se tasse énormément. Dégagez simplement un cercle de trois centimètres autour de la tige, pour que le collet ne reste jamais mouillé.

Et quand il pleut

La question revient toujours et elle est légitime : à quoi bon protéger le feuillage si l’orage le trempe de toute façon. La réponse est qu’on ne contrôle pas la pluie, donc on contrôle ce qu’on peut, et on cumule les protections plutôt que d’en abandonner une. Trois leviers restent entièrement entre vos mains même par temps humide.

  • L’espacement : soixante à soixante-dix centimètres entre deux pots, pour que l’air circule et que le feuillage sèche vite après une averse.
  • L’effeuillage raisonné du bas : je retire les feuilles situées sous le premier bouquet, celles qui touchent presque le terreau, dès qu’elles jaunissent ou se tachent.
  • L’évacuation des feuilles malades hors du balcon, jamais dans le pot ni dans un compost proche des plants.

En pot, le piège de la soucoupe

Beaucoup de balcons imposent une soucoupe pour ne pas inonder le voisin du dessous. C’est compréhensible, mais une soucoupe qui reste pleine trois jours asphyxie les racines : elles ont besoin d’air autant que d’eau, et une motte gorgée en permanence donne exactement les mêmes symptômes qu’une motte sèche, feuillage mou et croissance à l’arrêt.

Ma règle est de vider la soucoupe une demi-heure après l’arrosage, ou de surélever le pot sur deux tasseaux au-dessus d’une soucoupe plus large. En cas de fortes pluies annoncées sur plusieurs jours, je décale carrément les pots pour qu’ils drainent librement, quitte à passer un coup de balai sur la terrasse ensuite. Un excès d’eau prolongé fait plus de dégâts qu’un oubli d’arrosage.

Le conseil de Sophie. Passez votre arrosage du soir au matin cette semaine, sans rien changer d’autre : c’est gratuit, cela prend le même temps, et vous verrez la différence sur vos feuilles basses dès le mois suivant.

Sophie Lemoine
Sophie Lemoine

Je cultive 180 m² de potager en Anjou, sans engrais de synthèse, et je raconte ici ce qui marche vraiment — y compris mes ratés.

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