Semis dans un bac à glaçons : 12 plants sur 10 cm de rebord de fenêtre

Semis dans un bac à glaçons : 12 plants sur 10 cm de rebord de fenêtre

Mon rebord de fenêtre de cuisine mesure dix centimètres de profondeur, pas un de plus. Pendant des années j’y ai posé trois godets de sept centimètres qui basculaient dès que j’ouvrais la fenêtre. Un vieux bac à glaçons en plastique, retrouvé au fond d’un tiroir, m’a permis d’y installer douze plants au lieu de trois. Je m’en sers tous les ans depuis, mais avec des règles précises, parce que cette méthode a des limites très nettes.

Ce que le bac à glaçons résout vraiment

Un bac standard fait environ vingt-cinq centimètres de long sur dix de large, avec douze à quatorze alvéoles de trois centimètres de côté. Chaque case contient donc autour de vingt-cinq millilitres de terreau, contre deux cent cinquante millilitres pour un godet carré de sept centimètres. Dix fois moins de substrat par plant, et une empreinte au sol divisée par trois. Sur un rebord étroit, c’est exactement ce qui manque.

Le second avantage, moins évident, tient aux cloisons. Dans une terrine ouverte, les racines de douze semis s’entremêlent en quinze jours et le repiquage devient un arrachage. Ici chaque plant occupe son cube, isolé de ses voisins, et sort d’une seule pièce. J’ai comparé les deux méthodes sur des laitues : les plants issus des alvéoles reprenaient deux à trois jours plus vite. Sur mes soixante centimètres de rebord, deux bacs alignés me donnent vingt-quatre à vingt-huit plants, contre huit godets auparavant.

Percer le fond, ce n’est pas optionnel

Il faut deux trous de trois à quatre millimètres par alvéole. Je chauffe la pointe d’un clou avec un briquet, en tenant le clou avec une pince, et je perce le plastique en trois secondes par trou. Une mèche de trois millimètres marche aussi, mais le plastique froid des vieux bacs éclate facilement : chauffez-le d’abord au sèche-cheveux si vous percez à la perceuse.

Ne sautez pas cette étape en vous disant que vous arroserez peu. Vingt-cinq millilitres de terreau saturé, sans issue, c’est une asphyxie racinaire en trois jours et un tapis de moisissure blanche en surface. Le bac percé se pose ensuite sur un couvercle de boîte ou une assiette creuse légèrement plus grande, qui sert à la fois de récupérateur et de réserve d’arrosage.

Le terreau : tamisé, et rien d’autre

Prenez un terreau de semis, pas un terreau universel plein d’écorces. Passez-le au tamis de cinq millimètres, ou entre les doigts si vous n’avez pas de tamis. Dans une alvéole de trois centimètres, un morceau d’écorce d’un centimètre occupe un tiers du volume utile et crée une poche d’air où la racine se perd. Le tri prend cinq minutes pour deux bacs.

Humidifiez le terreau avant de remplir, jamais après : il doit avoir la consistance d’une éponge essorée, s’agglomérer dans le poing sans laisser couler d’eau. Remplissez généreusement, tapez deux fois le bac à plat sur la table pour tasser naturellement, complétez, et arrêtez-vous à trois millimètres du bord. Ne comprimez pas au doigt, vous chasseriez l’air dont les racines ont besoin.

Les graines qui s’y plaisent

Toutes les espèces qui supportent bien le repiquage et qui démarrent vite conviennent. En pratique, voici celles que je sème dans un bac chaque année, avec la profondeur que j’applique.

  • laitue, batavia, mesclun, roquette : graine à peine recouverte, un millimètre, levée en trois à cinq jours
  • chou-fleur, brocoli, kale, chou-rave : cinq millimètres, levée en quatre à six jours
  • tomate, aubergine, poivron : cinq millimètres, à vingt-deux degrés, levée en six à douze jours
  • basilic, cresson alénois : semence en surface, simplement plaquée, levée en quatre jours
  • œillet d’Inde et souci, que je repique ensuite entre les tomates

Celles que je n’y mets plus

Tout ce qui fait un pivot est à proscrire : carotte, radis, panais, navet, fenouil, aneth et coriandre. Leur racine principale plonge droit et se déforme dès qu’elle touche le fond à trois centimètres. Vous obtenez des carottes fourchues et des fenouils qui montent en graine. Ces espèces se sèment en place, point final.

J’ai aussi renoncé aux grosses graines : pois, haricots, courges, courgettes, tournesols. Elles germent parfaitement, mais en dix jours le plant a rempli les vingt-cinq millilitres et commence à souffrir alors qu’il est encore trop tôt pour le sortir. Autant les semer directement dans un godet de sept centimètres, où elles resteront trois semaines sans broncher.

Arroser par le bas, jamais par le dessus

Vingt-cinq millilitres, sur un rebord ensoleillé, cela sèche en une journée. Mais l’arrosoir par-dessus déchausse les graines et creuse des cratères. Je verse cinq millimètres d’eau dans l’assiette réceptrice, je laisse le bac boire dix minutes, puis je vide ce qui reste. Le terreau remonte l’eau par capillarité et l’humidité se répartit sans tasser la surface.

Jusqu’à la levée, je couvre d’un couvercle transparent ou d’un sac plastique posé sans serrer, en l’ouvrant dix minutes chaque matin. Dès que les premières tiges apparaissent, je retire tout : sous une cloche, l’air saturé et immobile provoque la fonte des semis, ce champignon qui couche les plantules en une nuit avec la tige étranglée au collet.

La lumière, le vrai talon d’Achille du rebord de fenêtre

Derrière une vitre, même plein sud, la lumière de février reste faible et surtout unidirectionnelle. Les plants s’allongent vers le carreau, pâlissent, et se couchent. Faites pivoter le bac d’un demi-tour chaque jour, c’est le geste le plus rentable de toute la méthode. Un morceau de carton recouvert de papier aluminium, posé côté pièce, renvoie une partie de la lumière et redresse nettement les tiges.

Si vos plants filent dès les cinq premiers jours, c’est qu’il fait trop chaud pour la lumière disponible. Semez à vingt et un ou vingt-deux degrés, puis descendez à seize ou dix-huit après la levée : la croissance ralentit et les tiges s’épaississent. Un simple bandeau lumineux placé à quinze ou vingt centimètres au-dessus, douze heures par jour, règle définitivement le problème.

Trois semaines, quatre au maximum

Le bac à glaçons est un compte à rebours. Dès que les racines ont colonisé la case, la croissance s’arrête et les cotylédons jaunissent, parce qu’un terreau de semis ne contient presque aucun élément nutritif. La règle que j’applique : au stade de deux vraies feuilles bien formées, je rempote en godet de sept centimètres, sans discuter.

Si un coup de froid retarde la mise en place, on peut gagner huit à dix jours avec un arrosage à l’engrais liquide dilué au quart de la dose habituelle. Au-delà, les plants se bloquent durablement et ne rattrapent jamais leur retard, même après rempotage. Mieux vaut décaler le semis de dix jours que d’improviser une rallonge. Pour sortir la motte, poussez par en dessous à travers le trou de drainage avec un crayon plutôt que de tirer sur la tige : la tomate se replante ensuite enterrée jusqu’aux cotylédons, la laitue et le chou surtout pas, leur collet pourrirait.

Le conseil de Sophie. Notez la date de semis sur une bande d’adhésif collée le long du bac : au bout de vingt et un jours, où qu’en soient vos plants, sortez-les de là.

Sophie Lemoine
Sophie Lemoine

Je cultive 180 m² de potager en Anjou, sans engrais de synthèse, et je raconte ici ce qui marche vraiment — y compris mes ratés.

Une question, un retour du jardin ?

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.