Physalis : le fruit en lampion qui pousse en pot et se ressème seul

Physalis : le fruit en lampion qui pousse en pot et se ressème seul

On m’a offert trois pieds de physalis il y a huit ans en me disant qu’ils étaient « increvables ». C’était vrai, mais pas dans le sens que j’imaginais : depuis, il en lève une bonne dizaine chaque printemps entre les dalles de la terrasse. Bien conduit en pot, c’est pourtant l’un des fruits les plus faciles que je connaisse.

Deux plantes très différentes portent ce nom

Le mot physalis recouvre au moins deux espèces qu’on ne cultive pas du tout dans le même but. Physalis peruviana, le coqueret du Pérou, produit des baies orange sucrées, parfumées, de la taille d’une grosse cerise. C’est celle qu’on veut manger, et c’est celle dont je parle dans presque tout cet article.

Physalis alkekengi, l’amour en cage ou lanterne japonaise, est une plante d’ornement à lampions rouge vif, très rustique et très traçante par ses rhizomes. Ses feuilles et ses fruits non mûrs contiennent des alcaloïdes ; ne la considérez pas comme une plante alimentaire et ne goûtez rien qui en provienne. En pleine terre, elle colonise un massif en trois ans.

Portrait du coqueret du Pérou

C’est une solanacée, cousine de la tomate et de l’aubergine, vivace dans son pays d’origine et cultivée chez nous comme une annuelle. Elle forme un buisson souple de 80 cm à 1,50 m, aux feuilles veloutées en forme de cœur, avec de petites fleurs jaunes tachées de brun qui passent facilement inaperçues.

Chaque fleur fécondée donne un fruit enveloppé dans un calice qui grossit avec lui et forme le fameux lampion. Le cycle est long : comptez cinq à six mois entre le semis et les premiers fruits mûrs, ce qui explique pourquoi tant de gens abandonnent en août en croyant leur plante stérile. Elle n’est pas stérile, elle n’a simplement pas fini.

Semer en février, pas en avril

Compte tenu de ce cycle, je sème fin février ou début mars, à la maison, dans des godets de terreau à semis. La germination demande 20 à 22 °C et prend une à trois semaines, parfois davantage ; une petite plaque chauffante ou le dessus d’un réfrigérateur fait très bien l’affaire.

Repiquez dès quatre vraies feuilles dans un godet de 10 cm, puis cultivez au frais et en pleine lumière, autour de 15 à 18 °C, pour éviter des plants filés. Sortez-les définitivement après les dernières gelées, mi-mai chez moi, après une semaine d’endurcissement progressif à l’extérieur. Un plant qui a passé six semaines derrière une vitre sans acclimatation grille en deux jours.

Le pot, plus grand qu’on ne l’imagine

Le physalis fait beaucoup de racines, et c’est la première cause de récoltes décevantes en balcon. Un pot de 10 litres donne une plante rabougrie qui produit six fruits ; à partir de 20 litres, et mieux encore 30, la même variété devient un buisson d’un mètre couvert de lampions. Un seul pied par contenant, sans exception.

Un contenant profond d’au moins 35 cm et large de 35 à 40 cm convient parfaitement. Le plastique ou le géotextile conviennent, la terre cuite sèche plus vite mais reste possible si vous arrosez tous les jours. Placez le pot au soleil direct au moins six heures par jour : à l’ombre, la plante pousse mais les fruits ne mûrissent pas.

Un substrat volontairement pauvre

C’est le conseil qui surprend le plus. Un physalis nourri comme une tomate fabrique un magnifique buisson de feuilles et presque aucun fruit, parce que l’excès d’azote favorise la végétation au détriment de la fructification. Je remplis donc mes pots avec du terreau ordinaire allongé d’un tiers de terre de jardin, sans compost frais ni fumier.

Pendant la saison, je n’apporte qu’un engrais riche en potasse, une fois toutes les trois semaines à partir de la floraison, et rien avant. Si votre plante fait un mètre vingt de feuillage vert sombre sans une seule fleur en juillet, vous tenez le diagnostic : elle est trop nourrie, arrêtez tout apport et elle se remettra à fleurir.

Tuteurer, tailler, ou laisser faire

Les tiges du coqueret sont cassantes et le buisson s’affaisse dès qu’il se charge de fruits. Trois tuteurs plantés en triangle et reliés par une ficelle à mi-hauteur suffisent, ou un simple cercle à pivoines. Sans cela, les branches se couchent, les fruits touchent le substrat et se salissent.

La taille n’est pas indispensable, mais un pincement de la tête vers 40 cm de haut fait ramifier la plante et double presque le nombre de fleurs. En pot, je supprime aussi les gourmands qui partent du pied après la mi-juillet : ils ne fructifieront pas avant les froids et consomment de l’eau pour rien.

Reconnaître un fruit vraiment mûr

Ne cueillez pas sur l’arbre, ou plutôt sur le buisson. Le fruit du coqueret est mûr quand son lampion a viré du vert au beige papier, qu’il est sec au toucher et que le fruit lui-même est orange soutenu. À ce stade, il tombe tout seul au sol, et le vrai geste de récolte consiste à ramasser sous la plante tous les deux ou trois jours.

Un fruit cueilli vert ne mûrit pas correctement et reste acide et râpeux. À l’inverse, un fruit tombé, laissé dans son lampion sec, se conserve plusieurs semaines dans une cagette au frais et à l’air. Chez moi, la récolte s’étale de la mi-août aux premières gelées, souvent jusqu’à début novembre.

Ce qu’on ne mange pas

Un point de prudence, sans dramatiser : le coqueret reste une solanacée et se comporte exactement comme sa cousine la tomate. Le fruit orange, souple et parfumé est un aliment ordinaire, et si vous suivez un traitement ou avez le moindre doute d’ordre médical, la question se pose à un professionnel de santé et non à une jardinière. Le reste de la plante, en revanche, va au compost et pas dans une assiette :

  • les feuilles et les tiges, à toute saison, parce qu’elles contiennent de la solanine comme les fanes de tomate ;
  • les calices, ces lampions que l’on retire systématiquement avant de manger le fruit ;
  • les fruits encore verts, durs ou pâles, qui se remettent dans la cagette pour finir de mûrir ;
  • tout ce qui provient d’un Physalis alkekengi, y compris les baies rouges d’apparence appétissante.

Le ressemis spontané

Un fruit oublié au sol contient des dizaines de graines qui passent l’hiver sans difficulté et lèvent en avril. C’est ainsi que le coqueret s’installe durablement, y compris dans les pots voisins, et cela vous dispense de semer. Les plants spontanés lèvent tard mais rattrapent souvent les semis d’intérieur en août.

Si vous voulez éviter l’invasion, ramassez simplement les fruits tombés au lieu de les laisser. Sur une terrasse, les levées se produisent dans les joints de dalles et s’arrachent d’un doigt au stade deux feuilles. Ce n’est en rien comparable à l’expansion souterraine de l’amour en cage, qui, elle, est difficile à arrêter.

Le garder d’une année sur l’autre

Le coqueret est une vivace gélive : il meurt vers -2 °C mais survit très bien en pot dans un local clair maintenu hors gel, entre 5 et 12 °C. Rabattez à 30 cm en novembre, arrosez une fois par mois, et ressortez en mai. Un pied de deuxième année fructifie trois à quatre semaines plus tôt qu’un semis.

Plus simple encore, prélevez fin août des boutures de 15 cm de tiges non fleuries. Elles racinent en trois semaines dans un verre d’eau ou un godet de terreau humide, et passent l’hiver sur un rebord de fenêtre en occupant très peu de place. C’est ma méthode depuis quatre ans.

Le conseil de Sophie. Placez une soucoupe large sous le pot en fin d’été : elle rattrape les fruits mûrs qui tombent et vous évite de fouiller dans le feuillage tous les deux jours.

Sophie Lemoine
Sophie Lemoine

Je cultive 180 m² de potager en Anjou, sans engrais de synthèse, et je raconte ici ce qui marche vraiment — y compris mes ratés.

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