Rempoter un cactus n’est pas difficile, c’est juste inconfortable : on hésite, on prend mal la plante, on se pique, on la lâche, et on casse une côte. La bande de papier journal règle le problème pour presque toutes les tailles, et elle ne coûte rien. Encore faut-il la plier correctement et préparer le reste avant de toucher la plante.
Pourquoi les gants ne suffisent pas
Des gants de jardin ordinaires laissent passer les épines rigides des Ferocactus ou des Echinocactus, qui traversent le cuir fin comme du papier. Pire, une épine plantée dans le gant vous empêche de lâcher la plante au bon moment, et c’est souvent là qu’on la fait tomber.
Le vrai problème vient des Opuntia et de leurs glochides : ces minuscules aiguillons barbelés, groupés en touffes, se détachent au moindre contact, traversent le coton et restent dans les gants, où vous les retrouvez trois jours plus tard. Le journal, lui, se jette.
La bande de journal, mode d’emploi
Prenez une double page, pliez-la dans la longueur jusqu’à obtenir une bande de huit à dix centimètres de large et six à huit épaisseurs. La longueur doit faire au moins deux fois le tour de la plante, ce qui vous laisse de quoi tenir des deux mains.
Entourez le cactus à mi-hauteur, jamais au sommet où le tissu est tendre, et croisez les deux extrémités devant vous. Vous obtenez une anse : c’est elle que vous tenez, pas la plante. Le geste important est de ne pas serrer. Le papier doit s’appuyer sur les épines, pas les écraser contre l’épiderme, sinon vous les cassez et vous marquez la plante à vie.
Les variantes qui marchent aussi
Selon la taille et la forme du sujet, j’utilise plusieurs solutions. Toutes reposent sur le même principe : une interface épaisse et jetable entre la main et les épines.
- Papier bulle plié en deux, bulles vers l’extérieur, très bon pour les cierges hauts.
- Deux bandes croisées perpendiculairement pour les gros globulaires de plus de vingt centimètres.
- Une pince à barbecue dont les mors sont enveloppés d’un chiffon, parfaite pour les petits sujets de trois à cinq centimètres.
- Une feuille de mousse d’emballage pour les espèces à épines crochues, qui déchirent le papier.
La bonne saison
Le rempotage se fait au démarrage de la végétation, en mars ou avril, quand la plante va produire de nouvelles racines rapidement. Une seconde fenêtre existe fin août et début septembre, encore assez chaude pour la reprise. Comptez un rempotage tous les deux à quatre ans pour un sujet en croissance, davantage pour un vieux cactus dont vous attendez des fleurs.
Ne rempotez jamais en plein hiver : les racines blessées ne cicatrisent pas, la plante ne pousse pas, et la moindre humidité résiduelle installe une pourriture.
Tout préparer avant de toucher la plante
Un rempotage de cactus rate presque toujours parce qu’on se retrouve avec une plante piquante dans les mains et rien de prêt sur la table. Avant de commencer, j’ai devant moi le pot neuf, le substrat mélangé, une truelle étroite, un bâtonnet, la bande de journal pliée et une brosse sèche.
Point le plus important : la plante doit être au sec depuis dix à quinze jours. Une motte sèche se détache toute seule du pot et s’effrite entre les doigts, tandis qu’une motte humide reste collée et arrache les racines fines quand on tire. C’est cette règle, plus que toute autre, qui rend l’opération facile.
Sortir la plante sans forcer
Commencez par rouler le pot sur la tranche en appuyant sur les parois, comme on décolle un gâteau d’un moule. Passez ensuite une lame fine ou un vieux couteau à beurre tout autour, entre la motte et le pot. Puis renversez l’ensemble en tenant la plante par l’anse de journal et tapotez le fond.
Si rien ne vient, ne tirez surtout pas sur la plante : vous arracheriez le collet. Un pot en plastique se découpe aux ciseaux sans état d’âme, un pot en terre se sacrifie à la pince si la plante en vaut la peine. J’ai perdu un beau Gymnocalycium en tirant trop fort, je ne recommence pas.
S’occuper des racines
Défaites la motte à la main, en laissant tomber le vieux substrat, qui s’est compacté et retient l’eau. Démêlez doucement les racines périphériques et coupez au sécateur propre tout ce qui est noir, mou ou desséché.
Si vous avez coupé des racines, ne rempotez pas immédiatement : laissez la plante à l’air libre, à l’ombre, deux à trois jours, le temps que les plaies sèchent. C’est la même logique que pour une bouture. Une racine fraîchement coupée mise en terre humide, c’est une porte ouverte aux champignons.
Le substrat
Un cactus veut un mélange qui sèche vite et qui ne se tasse pas. Je travaille sur des tiers : un tiers de terreau de bonne qualité, un tiers de sable grossier de un à trois millimètres, un tiers de pouzzolane ou de pumice de trois à six millimètres. Pour les espèces les plus sensibles, je monte à trois quarts de minéral.
Le piège classique, c’est le sable fin de maçon ou le sable de bac à sable : mélangé au terreau, il forme un béton qui étouffe les racines. Prenez du sable de rivière lavé, à gros grains, celui qui crisse entre les doigts. La différence de survie hivernale est spectaculaire.
Le pot et la profondeur de plantation
Choisissez un pot de deux centimètres de diamètre de plus que le précédent, pas davantage : dans un pot trop grand, la périphérie du substrat reste humide des semaines alors que les racines n’y sont pas encore. Un trou de drainage est obligatoire, sans exception, et une couche de billes au fond ne remplace pas un trou.
Replantez au même niveau qu’avant, le collet exactement au ras du substrat, ni enterré ni déchaussé. Terminez par un centimètre de gravier de trois à six millimètres en surface : cela tient la plante droite, empêche les éclaboussures de terre sur l’épiderme et garde le collet au sec.
Attendre avant le premier arrosage
Ne versez pas d’eau tout de suite, même si le substrat neuf paraît poussiéreux. Attendez sept à dix jours, quinze si vous avez taillé beaucoup de racines. Ce délai laisse cicatriser les blessures racinaires et évite l’entrée des champignons.
Le premier arrosage se donne ensuite normalement, abondant, jusqu’à écoulement par le trou, un matin de beau temps. Placez la plante deux semaines à la lumière vive sans soleil direct avant de la remettre en plein sud, le temps qu’elle refasse des racines actives.
Si vous vous piquez quand même
Pour les glochides d’Opuntia, la pince à épiler est inutile : ils sont trop fins et trop nombreux. Le ruban adhésif d’emballage, appliqué fermement puis retiré d’un coup, en enlève la majorité ; une couche de colle blanche laissée à sécher puis pelée fait le reste, à la lumière du jour car ces aiguillons sont invisibles sous une ampoule.
Pour une épine classique, une pince à épiler et un nettoyage de la zone suffisent en général. En revanche, si une épine casse sous la peau, si la zone devient rouge, chaude ou gonflée dans les jours qui suivent, ce n’est plus mon domaine : allez voir un professionnel de santé. Je jardine, je ne soigne pas.
Le conseil de Sophie. Étalez une vieille nappe cirée sous votre plan de travail avant de commencer : vous la soulevez par les coins à la fin et toutes les épines tombées partent avec, au lieu de finir dans vos pieds nus au mois d’août.

