Devant le rayon terreau, il y a une quinzaine de sacs, presque tous marqués de la même façon, et l’écart de prix va du simple au triple. J’ai longtemps acheté le plus gros sac « universel » pour tout, et j’ai perdu des semis, une lavande et deux azalées avant de comprendre que le substrat n’est pas un détail de finition. Voici ce que je regarde vraiment, plante par plante, en moins d’une minute au magasin.
Ce qu’il y a dans un sac de terreau
Un terreau du commerce n’est presque jamais de la terre. C’est un mélange de matières organiques légères, historiquement de la tourbe blonde et de la tourbe brune, aujourd’hui de plus en plus de fibre de coco, d’écorce compostée, de bois fragmenté et de compost vert. On y ajoute un peu de matière minérale pour la structure, du calcaire pour corriger l’acidité et un engrais de démarrage.
Ce cocktail explique tout le reste. Un terreau retient beaucoup d’eau, pèse peu, et se tasse en vieillissant à mesure que la matière organique se minéralise. Il n’apporte pas d’argile, donc pas de réserve durable en éléments nutritifs : au bout de six à huit semaines, l’engrais de démarrage est consommé et la plante dépend de ce que vous lui donnez.
Le repère à trois questions
Devant un sac, je me pose toujours les mêmes trois questions, dans cet ordre. Est-ce que cette plante veut un sol acide ou neutre ? Est-ce qu’elle supporte d’avoir les pieds humides ou pas du tout ? Est-ce qu’elle est gourmande ou frugale ? Trois réponses, et le choix se réduit à deux ou trois sacs.
L’étiquette donne les éléments, à condition de la retourner. Cherchez le pH, en général entre 5,5 et 6,5 pour un terreau ordinaire, la mention de la fertilisation en NPK, et la granulométrie. Un terreau annoncé à pH 4 à 5 est un substrat acidifié ; un terreau à pH 7 et plus a été fortement chaulé, ce qui convient aux plantes calcicoles mais bloque le fer chez les autres.
Les semis : pauvre, fin, propre
Les graines contiennent leur propre réserve de nourriture : un terreau riche ne les aide pas, il les brûle. Ce qu’il faut, c’est un substrat fin, tamisé, très peu fertilisé, qui reste humide sans être détrempé et qui n’a pas de gros morceaux contre lesquels la radicelle vient buter. Un vrai terreau de semis est nettement moins chargé en engrais qu’un universel.
Si vous n’en avez pas sous la main, faites-le vous-même : deux volumes de terreau universel passé au tamis à cinq millimètres pour un volume de sable grossier ou de perlite. Semez, tassez légèrement, et n’apportez le premier engrais dilué de moitié qu’après l’apparition des deux vraies feuilles.
Les plantes vertes d’intérieur
Pour un pothos, un philodendron, un ficus ou un monstera, le terreau plantes d’intérieur convient, mais je l’allège systématiquement de vingt pour cent de perlite ou d’écorce fine. Ces plantes viennent de sous-bois : elles veulent de l’humidité constante et de l’air aux racines, jamais de la boue. Un mélange trop fin est la première cause de racines brunes en appartement.
Le rythme de rempotage compte autant que le mélange. Comptez tous les deux ans, au printemps, avec un pot de deux à quatre centimètres de diamètre de plus, pas davantage. Un pot trop grand contient un volume de terreau que les racines ne peuvent pas assécher, et c’est précisément ce volume mort qui pourrit.
Cactées et succulentes
Ici, le terreau universel seul est une erreur presque garantie. Il faut un mélange à dominante minérale : un tiers de terreau, deux tiers de matière drainante grossière, pouzzolane de trois à six millimètres, pumice ou sable de rivière lavé. Le pot doit sécher complètement en quatre à sept jours en été.
Deux erreurs classiques accompagnent ce chapitre. Le sable fin de maçonnerie, qui colmate au lieu de drainer, et le pot beaucoup trop grand, qui garde une poche humide au centre pendant des semaines. Un pot juste plus large que la plante, en terre cuite non émaillée, pardonne beaucoup de choses.
Terre de bruyère : les vraies acidophiles
Le sac « terre de bruyère » ne concerne qu’une liste courte : rhododendron, azalée, camélia, bruyère, myrtille, airelle, érable du Japon, magnolia à fleurs, hortensia que l’on veut bleu. Ces plantes exigent un pH de 4 à 5,5 et ne savent pas absorber le fer au-dessus de ce seuil : les feuilles jaunissent entre des nervures qui restent vertes, c’est la chlorose.
Attention au vocabulaire commercial. Le « terreau de plantation pour terre de bruyère » n’est pas toujours acide, il est parfois simplement destiné à être mélangé. Vérifiez le pH annoncé, et arrosez ces plantes à l’eau de pluie si votre eau du robinet est calcaire, sinon vous ré-alcalinisez le pot en deux saisons.
Le potager en pot et les tomates
À l’inverse des semis, un légume-fruit en pot est un gouffre. Prenez un terreau potager, et enrichissez-le d’un tiers de compost mûr au moment de la plantation. Le volume compte plus que la recette : quinze à vingt litres par pied de tomate, dix litres pour un poivron, sept à huit pour une salade en série.
Prévoyez aussi la relance nutritive. Un pied de tomate en pot épuise son terreau en six semaines : à partir de la première floraison, apportez un engrais riche en potasse tous les dix à quinze jours, et paillez la surface pour éviter les alternances sec-détrempé qui provoquent le cul noir.
Aromatiques méditerranéennes
Thym, romarin, sarriette, lavande, sauge officinale : elles poussent chez elles dans des cailloux à pH neutre ou calcaire, sous un soleil dur. Un terreau universel riche et rétenteur leur donne une pousse molle, des tiges creuses et un parfum fade, puis un dépérissement l’hiver suivant. Faites moitié terreau, moitié drainant, et n’ajoutez ni compost ni engrais.
Le basilic, la ciboulette, le persil et la menthe, eux, ne jouent pas dans la même catégorie : ils veulent du riche et du frais, comme un légume-feuille. Ne les mettez jamais dans le même pot qu’un thym, l’un des deux sera toujours mal servi.
Agrumes, oliviers et bacs permanents
Une plante qui reste cinq ans dans le même bac a besoin d’un substrat qui ne s’affaisse pas. Les terreaux tout organiques se tassent et perdent la moitié de leur porosité en deux ans. Ajoutez donc de la matière stable, pouzzolane, écorce grossière, voire dix pour cent de terre argileuse tamisée qui servira de garde-manger.
Pour les agrumes, visez un pH de 6 à 6,5, surfacez chaque printemps en remplaçant les trois premiers centimètres, et rempotez tous les deux à trois ans en taillant légèrement le chevelu périphérique. Le rempotage n’est pas qu’un changement de pot, c’est le moment où l’on renouvelle la structure.
Orchidées et épiphytes
Une phalaenopsis ne pousse pas dans la terre mais accrochée à une écorce, racines à l’air. Le terreau, quel qu’il soit, l’asphyxie en quelques mois. Il lui faut de l’écorce de pin calibrée de dix à vingt millimètres, éventuellement additionnée de sphaigne ou de billes, dans un pot transparent qui vous laisse voir la couleur des racines.
Le même raisonnement vaut pour les broméliacées, les tillandsias et beaucoup d’anthuriums : plus la plante est épiphyte à l’état sauvage, plus le substrat doit être grossier et aéré. En cas de doute, regardez les racines : épaisses, charnues et vertes ou argentées, elles réclament de l’air.
Corriger un sac ordinaire plutôt qu’en acheter cinq
Je n’ai jamais plus de deux sacs à la maison, un universel et un semis, et je corrige le reste. Voici les dosages que j’utilise, en volumes :
- succulentes et cactées : 1 de terreau, 2 de pouzzolane ou pumice
- aromatiques du Sud : 1 de terreau, 1 de sable grossier, une poignée de calcaire concassé
- potager en pot : 2 de terreau, 1 de compost mûr tamisé
- plantes vertes : 4 de terreau, 1 de perlite, 1 d’écorce fine
- semis : 2 de terreau tamisé, 1 de sable ou perlite, sans engrais
Le conseil de Sophie. Notez au marqueur la date sur chaque sac entamé : au-delà d’un an de stockage humide, un terreau perd sa structure et se recharge en moisissures, et c’est souvent lui, pas vous, qui a raté vos semis.

