Un matin de juillet, mes courgettes sont couvertes d’une poudre blanche qui ressemble à de la farine renversée, et deux jours plus tard c’est le tour des rosiers. L’oïdium arrive toujours comme ça, d’un coup, en pleine chaleur, au moment où l’on croit le potager tiré d’affaire. Le lait et le bicarbonate sont les deux remèdes maison les plus cités, alors voyons honnêtement ce qu’ils font et ce qu’ils ne font pas.
Reconnaître l’oïdium, et ne pas le confondre avec le mildiou
L’oïdium se voit sur la face supérieure des feuilles, sous forme d’un feutrage blanc grisâtre, poudreux, qui s’efface un peu si vous passez le doigt dessus. Il commence en petites taches rondes, puis les taches se rejoignent et couvrent le limbe entier, qui jaunit et finit par sécher.
Le mildiou, lui, donne des taches huileuses brunes ou jaunes sur le dessus et un duvet gris-violet dessous, et il progresse par temps humide et frais. Les deux ne se traitent pas pareil, et confondre les deux fait perdre une semaine, ce qui est beaucoup à cette période de l’année.
Pourquoi il arrive en pleine sécheresse
Contrairement à presque toutes les autres maladies fongiques, l’oïdium n’a pas besoin d’eau libre sur la feuille pour germer. Il lui suffit d’une humidité de l’air élevée, ce que fournissent parfaitement les nuits fraîches de juillet et d’août qui succèdent à des journées chaudes.
C’est pour ça qu’il explose en pleine canicule, alors qu’on s’attendrait au contraire. Ses spores voyagent par le vent sur de longues distances, et il aime les feuilles à l’ombre, dans des touffes trop denses, où l’air ne circule pas. Un excès d’azote, qui produit un feuillage tendre et gorgé, l’aide encore un peu plus.
Le lait, ce que disent réellement les essais
Le lait dilué a été testé sérieusement, notamment sur courgettes et concombres, avec des résultats reproductibles quand on l’applique tôt et régulièrement. On parle d’une réduction de la maladie, pas d’une éradication, et l’efficacité est comparée dans certains essais à celle de produits de synthèse à faible dose.
Le mécanisme n’est pas complètement élucidé. Les protéines du lait, exposées à la lumière, produiraient des composés oxydants qui endommagent les filaments du champignon en surface, et modifieraient l’environnement de la feuille. Cela explique une observation constante des essais, le lait fonctionne bien mieux appliqué en plein soleil qu’à l’ombre.
Ma recette de lait, et quand la passer
Je dilue un volume de lait écrémé dans neuf volumes d’eau, soit environ cent millilitres pour un litre. L’écrémé est préférable, il sent nettement moins mauvais en séchant que le lait entier, dont les matières grasses tournent et attirent les mouches. Le lait en poudre reconstitué fonctionne aussi.
Je pulvérise le matin d’une belle journée, dessus et dessous des feuilles, jusqu’au ruissellement, et je recommence tous les sept à dix jours, dès les premiers symptômes ou même une semaine avant sur les courgettes qui en font tous les ans. Au-delà de vingt pour cent de lait, on voit apparaître un dépôt gris disgracieux sur les feuilles.
Le bicarbonate, ce qui se passe sur la feuille
Le bicarbonate ne tue pas le champignon par toxicité directe, il modifie brutalement le pH et l’équilibre ionique de la surface foliaire. Les filaments et les spores, qui sont posés sur la feuille et non enfoncés dedans, s’affaissent et se déshydratent. C’est un effet de contact, immédiat mais sans aucune rémanence.
Le bicarbonate de sodium est reconnu au niveau européen comme substance de base utilisable au jardin, ce qui est plutôt rassurant sur son innocuité. Sachez cependant que la version employée dans les produits professionnels est le bicarbonate de potassium, plus efficace et surtout sans apport de sodium au sol, un point sur lequel je reviens.
Le dosage, et pourquoi il ne faut surtout pas forcer
La dose utile est faible, cinq grammes par litre d’eau, soit une cuillère à café rase, avec quelques gouttes de savon noir ou de savon de Marseille liquide comme mouillant, sinon la bouillie perle et glisse sur les feuilles cireuses. Certains ajoutent une cuillère à café d’huile végétale, ce qui améliore l’adhérence mais augmente le risque de brûlure.
Doubler la dose ne double pas l’efficacité, cela multiplie les brûlures. Le sodium s’accumule aussi dans le sol des pots et des petites surfaces, où la pluie ne le lessive pas, et finit par gêner les racines. Sur un balcon, je limite à quatre ou cinq applications dans la saison, pas davantage.
Les erreurs qui brûlent les feuilles
J’ai grillé un pied de concombre entier en traitant à quatorze heures un jour à trente-deux degrés, et je ne l’ai jamais oublié. Ces préparations sont douces, mais elles ne pardonnent pas les mauvaises conditions d’application. Voici les fautes que je vois le plus souvent.
- Pulvériser en plein après-midi ou par forte chaleur, au-dessus de vingt-cinq degrés
- Augmenter la dose en croyant renforcer l’effet, au lieu d’augmenter la fréquence
- Confondre bicarbonate et cristaux de soude, qui sont bien plus agressifs
- Ne pas tester sur trois ou quatre feuilles et attendre quarante-huit heures avant de tout traiter
- Traiter des plantes déjà stressées par la soif, arrosez la veille au pied
Ni l’un ni l’autre ne guérit une feuille déjà blanche
C’est le point que je répète le plus souvent. Une feuille couverte d’oïdium a son tissu colonisé, elle ne redeviendra jamais verte, quoi que vous pulvérisiez. Le lait comme le bicarbonate agissent en surface, sur les spores et les jeunes filaments, donc ils protègent les feuilles saines et stoppent l’extension.
La conséquence pratique est simple, il faut intervenir tôt, dès les premières taches de la taille d’une pièce, ou même de manière préventive sur les cultures qui font de l’oïdium chaque année. Coupez et sortez les feuilles les plus atteintes avant de traiter, cela réduit d’un coup la quantité de spores disponibles.
Le soufre, le vrai traitement des anciens
Si l’attaque est installée, le soufre mouillable reste l’outil le plus fiable, et il est utilisé depuis deux siècles. Il agit par ses vapeurs, donc il lui faut au moins dix-huit degrés pour être actif. C’est aussi sa limite, au-dessus de vingt-huit à trente degrés il brûle le feuillage.
Le créneau est donc étroit en plein été, tôt le matin lors d’une journée qui restera raisonnable. Ne le mélangez jamais avec une huile et respectez quinze jours entre les deux. Certaines plantes le supportent mal, notamment les cucurbitacées à feuillage tendre et certains groseilliers.
Ce qui compte plus que la pulvérisation, l’air
Aucune de ces recettes ne compense un feuillage entassé. Espacez les courgettes d’un mètre au moins, taillez les vieilles feuilles du bas qui touchent le sol, tuteurez les concombres à la verticale, et aérez le centre des rosiers. L’air qui circule sèche la rosée et casse le microclimat que le champignon recherche.
Complétez par trois habitudes, arroser au pied et le matin plutôt que le soir, ne pas surdoser l’azote, et choisir des variétés tolérantes quand elles existent, ce qui est le cas chez les courgettes et les concombres. Le sol, lui, ne conserve pas le champignon, inutile de changer de terre l’année suivante.
Le conseil de Sophie. Ne traitez jamais un après-midi de canicule : le même mélange qui protège vos courgettes à sept heures du matin leur brûle les feuilles à quinze heures.

