Potager sur palette : le tuto en 5 étapes

Potager sur palette : le tuto en 5 étapes

La palette en potager, c’est l’idée qui circule le plus sur les réseaux et l’une des plus mal expliquées. On voit de belles photos prises le jour du montage, jamais le résultat trois mois plus tard. J’en ai monté quatre chez moi depuis 2021, dont deux que j’ai dû démonter, et je peux dire assez précisément ce qui tient et ce qui ne tient pas.

Pourquoi la palette, et où elle s’arrête

L’intérêt réel, c’est le coût et la disponibilité : une palette récupérée proprement, un peu de géotextile et 120 litres de terreau, et vous avez un bac de culture surélevé pour le prix du terreau. Sur une terrasse en béton ou un sol dur où l’on ne peut pas creuser, c’est une vraie solution.

Sa limite est tout aussi nette : une palette montée en bac offre entre 12 et 16 cm de terre utile. C’est suffisant pour des salades, des radis, des herbes et des fraisiers, et insuffisant pour à peu près tout le reste. Si vous voulez des tomates ou des courgettes, il faudra doubler la hauteur avec un second cadre, ce qui change complètement le chantier.

Étape 1 : choisir une palette sûre

C’est l’étape que la plupart des tutoriels expédient, alors qu’elle est la seule qui touche à votre santé. Cherchez la marque au fer sur le côté du dé : le sigle IPPC accompagné des lettres HT signifie que le bois a été traité à la chaleur, ce qui est sans danger. Les lettres MB désignent un traitement au bromure de méthyle, interdit dans l’Union européenne depuis 2010 mais qu’on croise encore sur des palettes importées ou anciennes : celles-là, on les laisse.

Regardez aussi ce que la palette a transporté. Une palette tachée d’huile, de solvant ou de produit non identifié va dans la benne, pas dans le potager. Je privilégie les palettes claires, sèches, sans odeur, avec des planches intactes, et je refuse celles qui ont passé l’hiver dans une flaque : le bois pourri en surface ne tiendra pas deux saisons remplies de terre.

Étape 2 : démonter, poncer et renforcer

Je commence par arracher les planches d’un seul côté avec un pied-de-biche et un tasseau en levier, puis je retire ou j’enfonce chaque pointe. Ces planches serviront à fermer les côtés et le fond. Un ponçage rapide au grain 80 sur les arêtes évite les échardes, c’est cinq minutes bien employées si des enfants tournent autour.

Ensuite je renforce, car c’est là que mes deux premières palettes ont lâché. Une palette pleine de terre humide travaille énormément : je visse des équerres aux quatre angles et une traverse au milieu de chaque grand côté, avec des vis inox de 40 mm. Les pointes d’origine ne suffisent pas, elles se déchaussent en une saison.

Étape 3 : le fond et le drainage

Je ferme le fond avec les planches récupérées, en laissant volontairement 5 à 8 mm entre chacune pour l’évacuation de l’eau. Par-dessus, j’agrafe un géotextile de jardin qui retient le terreau tout en laissant passer l’eau. J’évite la bâche plastique pleine, même percée : elle finit toujours par créer des poches d’eau stagnante et le bois pourrit par en dessous.

Le bac doit aussi être décollé du sol. Je le pose sur quatre cales de 3 à 4 cm, ou sur les dés de la palette si je les ai conservés. L’air qui circule dessous fait la différence entre un fond qui dure quatre ans et un fond qui se désagrège au bout de deux hivers.

Étape 4 : le remplissage et le poids

Une palette standard de 120 sur 80 cm remplie sur 14 cm réclame environ 130 litres de mélange. Je compose un tiers de compost mûr tamisé, un tiers de terreau et un tiers de terre de jardin allégée, plutôt que du terreau pur qui se tasse et sèche trop vite dans une épaisseur aussi faible. Je remplis à ras bord, j’arrose copieusement, puis je complète après tassement, qui atteint facilement deux centimètres.

Le poids mérite une vraie attention. Une fois remplie et arrosée, cette palette pèse entre 90 et 130 kg. Sur un balcon, il faut la placer contre le mur porteur de la façade, jamais au milieu ni en appui sur le garde-corps, et se limiter à un seul bac de cette taille. Si vous avez le moindre doute sur la structure, prenez deux petits bacs plutôt qu’un grand.

Étape 5 : la plantation et le calage

Je plante toujours en tenant compte de la hauteur adulte et du sens du soleil : les plus hauts au nord du bac, les plus bas au sud, sinon les uns ombragent les autres dès juillet. Sur 120 sur 80 cm, je réserve deux bandes de salades à couper, une bande de radis renouvelable, et une bordure de fraisiers ou d’herbes qui retombe sur le pourtour.

Le calage final consiste à vérifier que le bac est parfaitement de niveau. Un bac penché de deux centimètres draine tout d’un côté et vous aurez une extrémité détrempée et l’autre sèche pendant quatre ans. Deux minutes avec un niveau à bulle et quelques cales de bois règlent le problème une fois pour toutes.

À plat ou à la verticale : mon verdict

La palette dressée contre un mur, avec des poches de terre entre les lattes, est très photogénique et très décevante. Chaque poche contient trois à cinq litres de terre au maximum, sèche en une demi-journée d’été, et il faut arroser deux fois par jour à partir de juin. Sur les deux que j’ai montées, tout ce qui n’était pas de la ciboulette ou de la menthe a grillé avant la mi-juillet.

Si vous y tenez malgré tout, réservez-la aux aromatiques résistantes et installez-la à l’est ou au nord, jamais au sud. Mais pour produire quelque chose à manger, la palette posée à plat, transformée en bac de 14 cm, est sans comparaison plus fiable. C’est celle que je remonte à chaque fois.

Ce qu’on peut y planter, et ce qu’il faut oublier

Avec 14 cm de terre, restez sur des racines courtes et des cycles rapides. Voici ce qui a fonctionné chez moi sans réserve :

  • salades à couper, mesclun, roquette, mizuna, semés en lignes tous les 15 jours
  • radis ronds, épinards, jeunes pousses de blette récoltées petites
  • ciboulette, persil, coriandre, cerfeuil, et basilic en été
  • fraisiers remontants, plantés en bordure, très à l’aise dans cette profondeur
  • oignons blancs et ail à consommer en frais

Sont à écarter sans hésiter : tomates, courgettes, aubergines, poireaux, carottes longues, choux, et tout ce dont la racine descend au-delà de vingt centimètres. Ils végéteront et vous en voudrez à la palette alors que c’est simplement une question de profondeur.

Faut-il traiter le bois ?

Une palette non traitée qui reçoit de la terre humide en permanence tient trois à quatre ans avant que les planches du fond ne cèdent. Vous pouvez allonger cette durée en passant deux couches d’huile de lin cuite sur l’extérieur et sur les tranches, en laissant sécher une semaine entre les couches. C’est simple, peu coûteux et sans risque pour les cultures.

En revanche, je n’utilise ni lasure, ni vernis, ni produit de protection du bois classique sur un bac destiné à des légumes : ces produits sont formulés pour du bois de construction, pas pour être en contact avec un substrat qu’on va manger. Si l’intérieur vous inquiète, doublez-le simplement de géotextile plutôt que de le traiter.

L’entretien de la deuxième année

Au printemps suivant, le niveau aura baissé de trois à cinq centimètres. Je complète avec du compost mûr, je gratte la surface sur cinq centimètres et je vérifie chaque angle en tirant dessus. C’est aussi le moment de resserrer les vis, qui ont travaillé avec les alternances de gel et de sécheresse.

Je surveille surtout le fond, la seule partie qu’on ne voit jamais. Une fois par an, je bascule le bac vide sur le côté et je regarde l’état des planches. Une planche molle sous l’ongle se remplace en dix minutes à ce moment-là, alors qu’elle cédera brutalement au milieu de l’été si on ne fait rien.

Le conseil de Sophie. Ne montez pas votre palette au fond du jardin : remplie, elle est bien trop lourde à déplacer, alors installez-la à sa place définitive avant d’y verser le premier seau de terreau.

Sophie Lemoine
Sophie Lemoine

Je cultive 180 m² de potager en Anjou, sans engrais de synthèse, et je raconte ici ce qui marche vraiment — y compris mes ratés.

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