Poivron : pincez la première fleur et le plant devient deux fois plus fort

Poivron : pincez la première fleur et le plant devient deux fois plus fort

Sur un jeune poivron, la toute première fleur apparaît pile à la fourche où la tige se divise en deux. Beaucoup de jardiniers la voient comme une bonne nouvelle et la gardent précieusement. Je la retire systématiquement depuis quatre ans, et la différence sur le plant est nette, même si je ne prétends pas qu’il devienne deux fois plus fort.

La fleur dont je parle

Elle porte un nom chez les maraîchers : la fleur couronne, ou fleur royale. Elle se forme à la première ramification du plant, généralement quand celui-ci mesure vingt à trente centimètres, souvent juste après la plantation. Elle est unique, plus grosse que les suivantes, et elle occupe une position stratégique puisqu’elle marque la fin de la croissance de la tige principale.

Ce n’est pas une fleur comme les autres. Le plant, à ce stade, n’a que quelques feuilles et un système racinaire encore réduit. Si cette fleur est fécondée et donne un fruit, l’ensemble de la production de sucres du plant va servir à faire grossir ce fruit unique, au moment précis où la plante devrait construire son architecture.

Ce que le pincement change vraiment

En retirant la fleur couronne, on lève ce qu’on appelle une dominance : les hormones produites par le fruit en formation freinent le développement des bourgeons latéraux. Sans elle, le plant repart franchement sur ses deux branches, allonge ses entre-nœuds, développe ses feuilles et surtout son système racinaire pendant deux à trois semaines de plus.

Le résultat se voit à l’œil. Un plant pincé est plus large, plus trapu, avec un feuillage nettement plus dense un mois plus tard. Et comme le poivron fructifie sur les ramifications successives, plus le plant a de branches, plus il porte de fleurs. On échange un fruit précoce contre une charpente, et la charpente rapporte davantage sur l’ensemble de la saison.

Quand ça ne vaut pas le coup

Il y a des cas où je garde la fleur couronne, et il faut le dire honnêtement. Si le plant est déjà grand et vigoureux au moment où elle apparaît, avec dix ou douze feuilles bien développées, il a de quoi mener le fruit sans se pénaliser. Le pincement ne lui apporterait presque rien.

Le second cas est celui d’une saison courte ou d’une plantation tardive. Si vous mettez vos poivrons en place à la mi-juin sous un climat où les nuits fraîchissent dès septembre, retarder la première fructification de trois semaines revient à perdre une partie de votre récolte. Dans ce cas de figure, le fruit précoce vaut mieux qu’un plant plus fourni.

Le bon moment et le bon geste

Il faut intervenir au stade bouton, avant l’ouverture, ou tout au plus deux ou trois jours après. Passé une semaine, si la fécondation a eu lieu, l’ovaire a commencé à grossir et le plant a déjà engagé ses ressources. Je fais donc un passage tous les deux ou trois jours sur mes jeunes plants au mois de mai, et c’est très rapide.

Le geste consiste à pincer le pédoncule entre l’ongle du pouce et l’index, et à le sectionner net, sans tirer. Tirer arrache un lambeau d’écorce sur la fourche et ouvre une plaie qui met du temps à se refermer. Je le fais par temps sec, en fin de matinée, pour que la petite blessure sèche vite. Aucune désinfection n’est nécessaire.

Faut-il aussi retirer les suivantes

On lit parfois qu’il faut supprimer les cinq ou six premières fleurs. Je l’ai testé sur une moitié de mes plants et je ne recommande pas d’aller si loin. Au-delà de la fleur couronne et éventuellement des deux qui la suivent immédiatement, on retarde la récolte sans gain visible de vigueur, et sur les variétés tardives on finit par récolter des fruits qui ne mûrissent plus.

Ma pratique actuelle est simple : je retire la couronne, systématiquement, et je laisse tout le reste. Sur les plants qui étaient très petits à la plantation, moins de quinze centimètres, j’enlève aussi les deux fleurs suivantes, mais c’est tout. Après la mi-juin, je ne touche plus à une seule fleur, quelle que soit la taille du plant.

Ce qui compte au moins autant : la température

On attribue au pincement des effets qui relèvent souvent de la météo. Le poivron avorte ses fleurs quand la température nocturne descend sous quinze degrés, ou quand elle dépasse trente-deux degrés en journée, parce que son pollen devient stérile dans ces conditions. Un plant qui perd toutes ses fleurs en juillet ne souffre pas d’un défaut de taille, il souffre de la chaleur.

  • Nuits sous quinze degrés : pollen peu viable, boutons qui jaunissent et tombent sans nouer.
  • Journées au-dessus de trente-deux degrés : même résultat, aggravé par un vent sec.
  • Pot noir en plein soleil : jusqu’à quarante degrés au niveau des racines, croissance bloquée bien avant que l’air ne pose problème.
  • Ma parade en pot : les plants contre le mur de la maison la nuit en mai et début juin, un ombrage léger l’après-midi pendant les canicules.

La pollinisation, souvent en cause

Le poivron est autogame, sa fleur se féconde elle-même, mais le pollen doit encore tomber sur le stigmate. Par temps très humide, le pollen s’agglomère et ne se libère pas ; sur un balcon abrité sans un souffle d’air, rien ne le secoue. C’est un motif fréquent d’échec chez les gens qui cultivent sous auvent ou en véranda.

La solution tient en trois secondes par jour : donner une pichenette sur la tige principale, en fin de matinée, quand les fleurs sont ouvertes et sèches. On voit parfois une fine poussière tomber. Sur mes plants de véranda, ce geste a fait passer le taux de nouaison de moins de la moitié à plus de quatre-vingts pour cent.

Le tuteurage, sinon tout casse

Un plant pincé devient large et porte beaucoup de fruits sur des ramifications assez cassantes. Le bois du poivron est fragile à la fourche, précisément là où on a pincé, et une branche chargée qui prend une rafale se fend jusqu’au tronc. C’est la déception classique de fin août, quand tout est presque mûr.

Je plante donc un tuteur dès la mise en place, avant que les racines n’occupent le pot, et j’attache souplement en huit tous les vingt centimètres. Sur les variétés à gros fruits, j’ajoute un second tuteur oblique par branche principale à partir de juillet. Cela paraît excessif jusqu’au jour où l’on ramasse une branche entière au sol.

Ce que j’ai observé chez moi

Sur seize plants d’une même variété, huit pincés et huit témoins, en pots identiques de trente-cinq centimètres, mes témoins ont donné leur premier fruit mûr autour du 20 juillet, les pincés autour du 3 août. En revanche, sur la saison complète, les témoins ont produit sept à neuf fruits par plant, les pincés onze à quatorze, avec des fruits d’un calibre légèrement supérieur.

Cela fait à peu près quarante pour cent de récolte en plus, pas cent. La formule « deux fois plus fort » est une image, elle correspond à l’impression visuelle que donne un plant devenu large et touffu, pas à un chiffre. Le pincement reste, à mon sens, le geste le plus rentable de la culture du poivron pour deux secondes de travail.

Le conseil de Sophie. Faites l’essai vous-même sur deux plants voisins, un pincé et un pas, et notez la date du premier fruit et le compte final : c’est la seule façon de savoir ce que ça donne dans vos conditions.

Sophie Lemoine
Sophie Lemoine

Je cultive 180 m² de potager en Anjou, sans engrais de synthèse, et je raconte ici ce qui marche vraiment — y compris mes ratés.

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