Plante araignée sans bébés : elle n'en fait que si elle est à l'étroit, ne la rempotez pas

Plante araignée sans bébés : elle n’en fait que si elle est à l’étroit, ne la rempotez pas

Ma plante araignée a passé deux ans à faire de très belles feuilles et rien d’autre. Pas une tige retombante, pas un seul bébé, alors que celle de ma mère en dégoulinait au point qu’elle devait la poser en haut d’une armoire. J’ai fini par comprendre que je la soignais trop bien, et surtout que je lui donnais beaucoup trop de place.

Ces bébés ne sont pas des bébés, ce sont des fleurs

Ce qu’on appelle les bébés du chlorophytum, ce sont des rosettes qui se forment au bout d’une longue tige souple appelée stolon. Mais avant la rosette, il y a des fleurs : de minuscules étoiles blanches à six pétales, échelonnées le long de la tige, qui durent un jour ou deux chacune. Les plantules apparaissent ensuite à la base de ces fleurs, une fois qu’elles sont fanées. Autrement dit, une plante qui ne fait pas de bébés est simplement une plante qui ne fleurit pas.

Ça change complètement la façon d’aborder le problème. On n’essaie pas de forcer des rejets, on essaie de déclencher une floraison. Et tout ce qui empêche une plante de fleurir s’applique ici : la jeunesse, le confort excessif, l’azote en trop, et des journées qui n’en finissent pas.

Une plante de moins de deux ans ne fleurira pas

Il faut une rosette adulte pour espérer quoi que ce soit. Une bouture prélevée sur un stolon met en général un an et demi à deux ans avant d’émettre à son tour. Chez moi, la bouture que j’avais mise en pot en mars a sorti son premier stolon dix-huit mois plus tard, et pas un jour avant. Si vous avez acheté une petite touffe l’année dernière, il n’y a rien à corriger, il y a juste à attendre.

Les signes de maturité sont assez nets. La rosette fait au moins trente centimètres d’envergure, elle a une trentaine de feuilles ou plus, et quand vous grattez la surface du terreau vous voyez des racines blanches et renflées, presque des petits tubercules. Tant que ces renflements ne sont pas là, la plante est encore en phase de construction.

Le pot trop grand est la cause numéro un

Le chlorophytum stocke ses réserves dans des racines charnues qui remplissent progressivement le pot. Tant qu’il reste du volume libre, la plante fait ce que fait n’importe quelle plante à qui on offre de l’espace : elle fabrique des racines et des feuilles, et elle remet la reproduction à plus tard. Un pot de vingt centimètres pour une rosette de vingt-cinq centimètres, c’est un pot dans lequel elle sera tranquille pendant trois ans.

La règle que j’applique maintenant est simple : le diamètre du pot fait à peu près la moitié à deux tiers de l’envergure du feuillage, pas plus. Une belle touffe de quarante centimètres de large vit très bien dans un pot de dix-huit à vingt centimètres. Et je ne rempote pas parce que « ça fait un an », je rempote quand la plante me le demande vraiment.

Ce que veut dire être à l’étroit, concrètement

Une plante à l’étroit, ce n’est pas une plante en souffrance. C’est une plante dont les racines tapissent complètement la paroi du pot, dont la motte se soulève parfois toute seule au-dessus du bord, et qui laisse filer l’eau d’arrosage en quelques secondes parce qu’il n’y a presque plus de terreau. Si vous la dépotez et que la motte tient debout toute seule comme un gâteau démoulé, vous y êtes.

Je dois quand même être honnête : le confinement seul ne suffit pas toujours. J’ai eu une plante parfaitement à l’étroit qui n’a rien donné pendant deux hivers, jusqu’à ce que je change autre chose. Le pot serré est une condition, pas un interrupteur.

La longueur des nuits compte au moins autant

Le chlorophytum fleurit surtout quand les nuits sont longues, en gros entre octobre et mars. C’est le point que la plupart des gens ignorent, et c’est celui qui a tout changé chez moi. Une plante posée dans un salon où la télévision et les lampes tournent jusqu’à minuit ne reçoit jamais de vraie nuit, et elle reste bloquée en mode feuillage même en plein décembre.

L’année où j’ai déplacé la mienne dans le bureau, une pièce que je n’éclaire jamais le soir, elle a sorti trois stolons en novembre. La consigne que je donne maintenant : douze à quatorze heures d’obscurité complète et ininterrompue, tous les jours, d’octobre à janvier. Une buanderie, une chambre d’amis, un palier, n’importe quelle pièce lumineuse le jour et vraiment noire le soir fait l’affaire.

Trop d’azote, beaucoup de feuilles et rien d’autre

Les engrais vendus pour plantes vertes sont volontairement riches en azote, parce que l’azote fabrique du feuillage. C’est exactement ce qu’on ne veut pas ici. Une plante à l’étroit qu’on nourrit à fond se comporte comme une plante en grand pot : elle pousse, elle verdit, et elle ne fleurit pas.

Mon rythme est le suivant : demi-dose une fois par mois de mars à août, rien du tout de septembre à février. Si vous voulez donner quelque chose pendant cette période, un engrais plus équilibré ou plutôt orienté phosphore et potassium est préférable, mais franchement, ne rien donner pendant l’hiver marche très bien.

Lumineux, mais jamais brûlant

Une plante qui n’a pas d’énergie ne fleurit pas non plus. Posée à deux mètres d’une fenêtre nord, dans un couloir, elle survivra des années avec des feuilles molles et pâles, et elle ne produira jamais rien. Il lui faut une lumière franche pour avoir de quoi financer une hampe florale.

La bonne position, c’est à cinquante centimètres à un mètre d’une fenêtre est ou ouest, ou derrière un voilage devant une fenêtre sud. Le soleil direct de midi en été, en revanche, décolore et brûle les feuilles panachées en quelques jours seulement.

L’eau : régulière, mais pas de motte détrempée

J’arrose quand les trois premiers centimètres de terreau sont secs au doigt, soit environ tous les six à huit jours en été et tous les douze à quinze jours en hiver dans une pièce à dix-huit degrés. Je vide toujours la soucoupe dix minutes après. Les racines charnues encaissent bien un oubli, beaucoup moins un pot qui baigne.

Un mot sur les pointes brunes, puisqu’elles arrivent presque toujours en même temps que ces questions : elles viennent surtout du fluor et des sels contenus dans l’eau du robinet et dans les engrais, qui s’accumulent au bout des feuilles. De l’eau de pluie, ou de l’eau laissée reposer une nuit, et un rinçage abondant du pot deux fois par an, réduisent nettement le phénomène.

Quand rempoter quand même

Il y a des cas où il faut y aller, et s’entêter serait bête. Un pot en plastique qui se déforme ou se fend, une motte tellement compacte que l’eau ne pénètre plus du tout et ruisselle sur le côté, une plante qui se dessèche en deux jours en plein été : là, on rempote.

Dans ce cas, je fais ça au printemps, et je passe au diamètre juste au-dessus, deux à trois centimètres de plus, jamais davantage. Et j’accepte l’idée qu’il n’y aura probablement pas de stolons l’hiver suivant, le temps que les racines reprennent possession du volume.

Ce que j’ai changé, dans l’ordre

  • j’ai remis la plante dans un pot plus petit de quatre centimètres, au printemps
  • j’ai arrêté tout engrais à partir du 1er septembre
  • je l’ai installée dans une pièce noire le soir, d’octobre à janvier
  • j’ai gardé une bonne lumière en journée, à un mètre d’une fenêtre ouest
  • j’ai espacé les arrosages sans jamais la laisser se ratatiner

Les premiers stolons sont sortis mi-novembre, environ six semaines après le déplacement dans le bureau. Depuis, elle en fait chaque année sans que j’aie à y penser, et je bouture les rosettes en février dans un verre d’eau.

Le conseil de Sophie. Si vous n’avez qu’une seule chose à changer cet automne, changez la plante de pièce plutôt que de pot : douze heures de vraie obscurité par nuit, d’octobre à janvier, m’ont donné plus de résultats que tous mes rempotages.

Sophie Lemoine
Sophie Lemoine

Je cultive 180 m² de potager en Anjou, sans engrais de synthèse, et je raconte ici ce qui marche vraiment — y compris mes ratés.

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