Petites coques brunes collées sur les tiges : les cochenilles, grattez à l'ongle puis l'huile

Petites coques brunes collées sur les tiges : les cochenilles, grattez à l’ongle puis l’huile

Sur mon vieux laurier-rose en bac, j’ai longtemps pris ces petites pastilles brunes pour des cicatrices d’écorce. Elles ne bougeaient pas et ne ressemblaient à rien de vivant. Le jour où j’en ai gratté une à l’ongle, elle s’est décollée en laissant une pâte rousse et une poudre d’œufs. Il y en avait des centaines.

Une coque, pas un insecte reconnaissable

Ces cochenilles-là s’installent une fois pour toutes : la larve plante son rostre dans la tige, se fixe, puis la femelle perd l’usage de ses pattes et se recouvre d’un bouclier bombé, brun, beige ou presque noir, de deux à cinq millimètres. Ce que vous prenez pour une excroissance de l’écorce est en réalité un abri parfaitement hermétique, sous lequel l’insecte pompe la sève sans jamais se déplacer.

C’est cette immobilité qui trompe tout le monde. On cherche une bestiole qui court, on ne trouve rien, et on conclut à une carence. Regardez plutôt l’alignement : les coques se rangent le long des nervures et à l’aisselle des pétioles, jamais au hasard comme le seraient de vraies aspérités de bois.

Le test de l’ongle, dix secondes

Glissez l’ongle sous une pastille et poussez. Si elle se soulève d’un bloc en laissant une trace brillante et humide, une pâte orangée ou une poudre d’œufs blancs, c’est une cochenille à bouclier, sans le moindre doute. Une lenticelle ou une aspérité d’écorce, elle, résiste, s’effrite et ne laisse rien de collant sur le doigt.

Vérifiez ensuite deux indices qui confirment le diagnostic : les feuilles situées sous la zone atteinte poissent au toucher, et un voile noirâtre commence parfois à les recouvrir. Ce voile est un champignon qui pousse sur les déjections sucrées de l’insecte. À ce stade, la colonie est déjà installée depuis plusieurs semaines, souvent depuis la saison précédente.

Les plantes qui trinquent le plus

Chez moi, les habitués sont toujours les mêmes : laurier-rose, citronnier et agrumes en bac, olivier, ficus, hoya, orchidées, lierre, aucuba, camélia et fusain. Ce sont des feuillages persistants, coriaces, souvent en pot et souvent rentrés l’hiver, donc à l’abri du vent, de la pluie et des prédateurs qui feraient le ménage dehors.

Sur ces sujets, inspectez d’abord les jeunes rameaux de l’année, puis le revers des feuilles le long de la nervure principale, et enfin la face inférieure des branches basses. Une véranda où l’air ne bouge pas est le lieu idéal pour qu’une petite population passe l’hiver et explose au printemps.

La première passe : gratter, du haut vers le bas

Prenez l’ongle, le dos d’une petite cuillère ou une brosse à dents à poils souples, et décollez les coques une par une en descendant le long de la tige. Sur les branches lignifiées, vous pouvez appuyer franchement. Sur les jeunes pousses vertes et tendres, allez doucement : une écorce écorchée cicatrise mal et devient une porte d’entrée pour les maladies.

Étalez un journal sous la plante avant de commencer, car les coques décollées contiennent souvent des œufs viables. Repliez le papier, jetez-le dans un sac fermé, puis lavez le pot, le tuteur et la soucoupe à l’eau chaude savonneuse. Ce nettoyage évite la moitié des recolonisations.

L’huile, le vrai coup de grâce

Le grattage enlève les adultes visibles, il ne suffit jamais. Enchaînez avec une pulvérisation d’huile végétale à un ou deux pour cent, émulsionnée avec un peu de savon noir liquide dans de l’eau tiède. L’huile forme un film qui obstrue les orifices respiratoires et tue par asphyxie, y compris sous les boucliers restants et sur les œufs situés dessous.

Mouillez jusqu’au ruissellement, revers des feuilles et fourches de branches compris, et recommencez deux à trois fois à dix jours d’intervalle. Ne traitez ni en plein soleil, ni au-dessus de vingt-huit degrés, ni sur une plante en manque d’eau. Certaines espèces à feuillage bleuté perdent leur pruine après un traitement huileux : c’est esthétique, pas grave, mais autant le savoir avant.

Le seul moment où elles sont vulnérables

Il y a une fenêtre de tir, et c’est l’éclosion. Les jeunes larves sortent de sous le bouclier maternel, marchent quelques heures ou quelques jours sur la plante, puis se fixent et fabriquent leur propre coque. Pendant cette phase, elles sont nues, sans protection cireuse, et n’importe quel traitement de contact les élimine facilement.

Dehors, cette sortie a lieu le plus souvent entre la fin mai et le début juillet selon les espèces et le climat. En intérieur chauffé, elle peut se produire toute l’année. Pour la repérer, entourez une branche d’un ruban adhésif double face retourné et regardez-le chaque semaine à la loupe : quand les points jaunes translucides apparaissent, c’est le moment de pulvériser.

Les erreurs qui coûtent une plante

J’ai perdu un jeune citronnier en voulant bien faire, et je vois régulièrement les mêmes gestes chez les gens qui me demandent conseil. Ce ne sont pas les cochenilles qui tuent la plante en quelques jours, c’est presque toujours le traitement mal appliqué.

  • pulvériser de l’huile en plein soleil ou par plus de vingt-huit degrés
  • doubler les doses en pensant doubler l’efficacité
  • passer de l’alcool pur sur l’ensemble du feuillage au lieu de cibler
  • gratter à la brosse dure sur une écorce jeune et la mettre à vif
  • traiter un sujet qui a soif, sans l’avoir arrosé la veille

Le miellat et les fourmis

Les cochenilles à bouclier rejettent un miellat sucré qui tombe sur les feuilles du dessous, sur le sol et sur les meubles. Ce liquide collant nourrit un champignon noir superficiel qui n’attaque pas les tissus mais bloque la lumière et fatigue la plante. Il part au lavage à l’eau tiède savonneuse, une fois la cause traitée, et un fongicide n’y sert à rien.

Les fourmis, elles, exploitent ce miellat et protègent la colonie contre ses prédateurs. Une file qui monte le long du tronc est un signal fiable : cherchez les cochenilles à son extrémité. Isolez le bac sur cales dans une soucoupe d’eau, et la situation se débloque plus vite.

Savoir tailler plutôt que s’acharner

Sur une branche entièrement croûtée de coques, avec des feuilles jaunes et des rameaux qui ne poussent plus, le grattage est un travail de forçat pour un résultat médiocre. Coupez. Un laurier-rose, un fusain ou un lierre repartent très bien après une taille sévère, et vous éliminez d’un coup l’essentiel de la population avec les œufs qu’elle porte.

Sortez immédiatement les rameaux coupés, sans les laisser traîner près des autres pots. Surveillez ensuite les repousses toutes les deux semaines pendant deux mois : c’est sur les jeunes pousses tendres que les larves rescapées se réinstallent en premier.

Dehors, les auxiliaires font le plus gros

Au jardin, je ne traite plus systématiquement. Des petites guêpes parasitoïdes pondent dans les cochenilles, et leurs larves les vident de l’intérieur. Les coccinelles et les larves de chrysope s’occupent du reste. Un insecticide à large spectre les élimine bien plus efficacement que la cochenille elle-même, et la rechute suivante est toujours pire que l’attaque d’origine.

  • des coques brunes creuses percées d’un petit trou rond parfaitement net
  • des boucliers qui se soulèvent tout seuls, vides et secs, en fin d’été
  • de petites coccinelles noires ou brunes de deux à trois millimètres sur les rameaux
  • des larves molles et fuselées, beiges, qui circulent parmi les coques

Le conseil de Sophie. Le conseil de Sophie : gardez une vieille brosse à dents dans le pot du laurier-rose et grattez deux minutes chaque fois que vous l’arrosez, entre mars et juin — je n’ai plus jamais eu à faire de grande opération depuis que je m’y tiens.

Sophie Lemoine
Sophie Lemoine

Je cultive 180 m² de potager en Anjou, sans engrais de synthèse, et je raconte ici ce qui marche vraiment — y compris mes ratés.

Une question, un retour du jardin ?

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.