Paillage en pot : la tonte de gazon séchée qui garde l'eau

Paillage en pot : la tonte de gazon séchée qui garde l’eau

Je tondais, je remplissais deux sacs, je les portais à la déchèterie, et j’achetais dans le même mois des sacs de paillage pour mes pots. Il m’a fallu deux étés pour voir l’absurdité du circuit. La tonte de gazon est un excellent paillage de contenant, gratuit et immédiatement disponible, mais elle demande une précaution que presque personne ne mentionne : il faut la faire sécher.

Ce que le paillage change dans un pot

Un substrat nu perd de l’eau par sa surface, et cette surface représente beaucoup dans un pot par rapport au volume. Deux à trois centimètres de matière sèche posés dessus réduisent l’évaporation d’environ un tiers, souvent davantage sur une terrasse ventée. Concrètement, chez moi, c’est une journée d’autonomie gagnée sur un pot de trente litres en juillet.

Le second effet est thermique et je le trouve encore plus important. Un terreau nu en plein soleil monte à quarante-cinq degrés en surface, température à laquelle les racines fines cessent de fonctionner et où la vie microbienne s’arrête. Sous paillage, j’ai relevé six à huit degrés de moins, ce qui suffit à maintenir une activité normale dans la zone la plus riche du pot. Le paillage évite aussi la battance : la surface ne se croûte plus et l’eau pénètre au lieu de ruisseler vers les bords.

Pourquoi la tonte, et pourquoi séchée

La tonte a trois qualités que peu de matériaux réunissent : elle est gratuite, elle se renouvelle toutes les deux semaines, et elle se décompose vite en libérant des éléments nutritifs dans le pot. Contrairement aux écorces ou aux copeaux, elle n’a pas besoin d’être broyée ni achetée, et sa finesse épouse parfaitement la surface d’un contenant.

Mais fraîche, elle contient environ quatre-vingts pour cent d’eau. Étalée en couche épaisse, elle fermente en vingt-quatre heures, monte à cinquante ou soixante degrés, se transforme en une pâte visqueuse et vert sombre qui devient parfaitement imperméable en séchant. L’eau d’arrosage ruisselle alors sur ce feutre et va se perdre par les bords du pot. Séchée, la même matière reste souple, aérée, et laisse passer l’eau.

Faire sécher correctement, en pratique

Il n’y a pas de matériel à prévoir. J’étale la tonte sur une bâche, une allée en ciment ou une vieille bassine, en couche de trois à cinq centimètres, et je la retourne une fois à la fourche au bout d’une demi-journée. Par beau temps, vingt-quatre à quarante-huit heures suffisent : l’herbe passe du vert vif au vert paille, elle crisse légèrement et ne colle plus aux doigts.

Le test que j’utilise est celui de la poignée serrée. Prenez une poignée, serrez fort : si une goutte perle, c’est encore trop humide, il faut attendre. Si la matière reprend du volume en ouvrant la main sans laisser de trace verte sur la paume, elle est prête. Par temps couvert, comptez trois jours et rentrez le tout sous abri en cas d’orage, une tonte relavée par la pluie doit sécher de nouveau.

L’épaisseur : deux à trois centimètres, pas plus

C’est le point où l’on se trompe le plus, par générosité. En pleine terre, on paille sur sept à dix centimètres sans problème. Dans un pot, la même épaisseur bloque la respiration du substrat, entretient une humidité permanente en surface et attire tout ce qui aime le noir et le frais. Deux à trois centimètres de tonte sèche, tassés légèrement à la main, sont un maximum.

Cette couche paraît ridicule quand on l’étale, et elle va se réduire de moitié en dix jours par décomposition. C’est normal, et c’est même l’intérêt : elle nourrit le pot en se dégradant. Le bon réflexe n’est pas de mettre plus dès le départ, c’est de remettre une fine couche toutes les deux à trois semaines, au rythme des tontes.

La zone qu’on laisse toujours nue

Autour de la tige, ménagez un cercle libre de trois à cinq centimètres de diamètre. Un paillage humide en contact permanent avec le collet d’une plante favorise les pourritures à cet endroit précis, qui est le point le plus vulnérable de toute la plante. Une tomate ou une courgette qui pourrit au collet meurt en quelques jours, et rien ne la rattrape.

Ce détail vaut aussi pour les jeunes plants, qu’il ne faut pas pailler trop tôt. J’attends trois semaines après la plantation, le temps que la tige durcisse à la base et que les racines aient colonisé le pot. Pour les semis en place, on ne paille qu’après la levée et l’apparition des premières vraies feuilles, sinon la couche empêche simplement les plantules de sortir.

La faim d’azote : ce qui est vrai et ce qui ne l’est pas

On répète souvent qu’un paillage prive les plantes d’azote. C’est parfaitement exact pour les matériaux ligneux, riches en carbone et pauvres en azote, comme le bois broyé frais, la sciure ou la paille de céréales : les micro-organismes qui les décomposent puisent l’azote du sol pour travailler, et la plante en manque temporairement. C’est visible sur des feuilles qui jaunissent uniformément.

Pour la tonte de gazon, l’affirmation est fausse et il faut le dire clairement. L’herbe est un matériau riche en azote, avec un rapport carbone sur azote très bas, de l’ordre de quinze à vingt. En se décomposant, elle libère de l’azote au lieu d’en consommer. Le séchage ne change presque rien à cet équilibre, il ne fait que retirer de l’eau. Vous n’avez donc aucune compensation d’engrais à prévoir, et c’est même le paillage le plus nourrissant que je connaisse pour un pot.

Les tontes qu’il ne faut jamais utiliser

Toutes les pelouses ne conviennent pas, et deux cas posent un vrai problème.

  • Un gazon traité avec un désherbant sélectif dans les six mois : certaines molécules anti-dicotylédones restent actives dans l’herbe coupée et déforment les tomates, haricots et salades, avec des feuilles enroulées en tire-bouchon.
  • Une pelouse montée à graines, dont la tonte vous ressèmera du ray-grass dans tous vos pots pendant deux mois.
  • Une tonte prélevée sur une bordure de route ou un terrain traité contre la mousse, qui apporte métaux et sulfate de fer dont vos légumes se passeront volontiers.
  • Une tonte déjà en train de fermenter au fond du bac de la tondeuse, chaude et malodorante : elle est bonne pour le compost, pas pour un paillage.

Renouveler sans laisser de feutre

Avant chaque nouvel apport, je gratte légèrement la couche précédente avec une petite griffe à main. L’objectif est de casser le feutre éventuel qui s’est formé et de vérifier que l’eau pénètre toujours. Si la surface est devenue collante ou si une odeur aigre s’en dégage, je retire tout, je laisse le pot respirer une journée et je recommence avec une tonte mieux séchée.

Sur une saison complète, cela représente cinq à sept apports par pot, du mois de mai au mois de septembre. En fin de saison, j’incorpore le reste de paillage au substrat au moment du renouvellement de printemps, ou je l’envoie au compost. Rien ne se jette, et le sac de paillage acheté a définitivement disparu de ma liste de courses.

Ce que le paillage attire, et ce qu’il faut en penser

Les limaces apprécient l’abri, c’est vrai, mais beaucoup moins un paillage sec et crissant qu’un paillage humide et tassé. Une couche fine, bien sèche, renouvelée régulièrement, reste peu attractive. Sur une terrasse, le risque est de toute façon limité, et une inspection sous le rebord des pots le soir suffit à régler la question.

Le duvet blanc filamenteux qui apparaît parfois entre les brins inquiète beaucoup et ne mérite pas cette inquiétude : c’est un mycélium de champignon décomposeur, il fait exactement le travail qu’on attend de lui et ne s’attaque pas aux plantes vivantes. Un coup de griffe pour l’aérer, et il disparaît. Ce qui doit vous alerter, c’est une odeur d’ammoniac ou de moisi, signe d’un paillage trop épais et trop humide.

Quand on n’a pas de pelouse

Le paillage de tonte suppose une tondeuse, ce qui exclut beaucoup de jardiniers de balcon. Les feuilles mortes de l’automne précédent, passées à la tondeuse ou simplement émiettées à la main, font un excellent substitut, léger et gratuit. Les fanes de légumes séchées, les tiges de vivaces coupées en morceaux de trois centimètres, les cosses de haricots fonctionnent aussi très bien.

Deux matériaux sont à éviter en pot : les écorces de pin, trop acidifiantes et trop lentes à se décomposer pour un volume réduit, et les billes d’argile, qui ne nourrissent rien et chauffent au soleil comme des petits radiateurs. La règle est simple : un paillage de pot doit être fin, léger, et capable de disparaître dans la saison.

Le conseil de Sophie. Tondez en fin de matinée par temps sec et étalez la tonte immédiatement : si vous la laissez le week-end dans le bac de la tondeuse, elle fermente et vous n’aurez plus qu’à la composter.

Sophie Lemoine
Sophie Lemoine

Je cultive 180 m² de potager en Anjou, sans engrais de synthèse, et je raconte ici ce qui marche vraiment — y compris mes ratés.

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