Nettoyer le sécateur à l'alcool : la maladie qui passe d'une plante à l'autre

Nettoyer le sécateur à l’alcool : la maladie qui passe d’une plante à l’autre

Le printemps où j’ai perdu trois pieds de tomates l’un après l’autre, dans l’ordre exact où je les avais effeuillés, j’ai compris que je transportais moi-même le problème d’un plant à l’autre. Mon sécateur faisait le tour du potager sans jamais être nettoyé. C’est un réflexe qu’on ne prend qu’après s’être fait avoir une fois.

Ce qui voyage réellement sur une lame

Tout ne se transmet pas par les outils, et il faut le dire clairement pour ne pas devenir maniaque inutilement. L’oïdium, le mildiou ou la rouille se propagent par les spores portées par le vent et les éclaboussures : votre sécateur n’y change presque rien. En revanche, les agents pathogènes qui circulent dans la sève, eux, montent bel et bien sur l’acier avec le jus de la coupe.

Dans cette catégorie, on trouve les champignons vasculaires comme la verticilliose et la fusariose, plusieurs bactéries dont celle du feu bactérien qui touche pommiers, poiriers, cognassiers et aubépines, les bactéries responsables du chancre bactérien des arbres à noyau, et surtout les virus, qui n’ont aucun autre moyen d’entrer dans une plante qu’une blessure. Une coupe fraîche est une porte ouverte sur le système circulatoire du végétal.

L’alcool à 70 %, et pourquoi pas le 90

L’alcool à 70 degrés est le désinfectant le plus commode pour les lames. Contrairement à ce qu’on croit, il est plus efficace que l’alcool à 90 : l’eau qu’il contient permet à l’alcool de pénétrer la paroi des micro-organismes au lieu de les coaguler en surface et de s’évaporer aussitôt. L’alcool isopropylique et l’alcool ménager font aussi bien l’un que l’autre.

Il ne corrode pas l’acier, il sèche seul, il ne laisse pas de dépôt, et il ne demande aucun rinçage. Son défaut est de s’évaporer très vite, ce qui nous amène au point suivant, celui que presque tout le monde escamote.

Le temps de contact, le détail que tout le monde saute

Passer un chiffon imbibé d’alcool en une seconde ne désinfecte rien du tout. Il faut que la surface reste effectivement mouillée pendant au moins trente secondes, une minute étant plus sûre. En pleine chaleur, l’alcool s’évapore en dix secondes sur une lame chaude, et il faut donc repasser un second coup.

Ma solution pratique est un petit vaporisateur d’alcool dans la poche du tablier. Je pulvérise généreusement la lame et la contre-lame, je laisse une minute pendant que je fais autre chose, puis j’essuie. Un bocal contenant un chiffon en permanence imbibé fonctionne aussi, à condition de le refermer entre deux usages, sinon il est sec au bout d’une heure.

La sève annule le désinfectant

Un désinfectant est neutralisé par la matière organique. Une lame couverte de sève séchée, de résine et de débris verts peut être trempée dans n’importe quoi, les germes protégés sous cette croûte survivront. C’est l’erreur la plus fréquente et la plus invisible.

Il faut donc toujours nettoyer avant de désinfecter, ce qui est une opération mécanique et non chimique. Une brosse à ongles, un chiffon rêche, un peu d’eau savonneuse et éventuellement une gomme abrasive suffisent pour retirer le film collant. La résine des conifères et des figuiers part bien à l’huile de cuisine, puis au liquide vaisselle. Ce n’est qu’ensuite que l’alcool travaille vraiment.

Le cas des virus de la tomate

Voici l’exception qu’il faut connaître, parce qu’elle contredit tout le reste. Le virus de la mosaïque du tabac et son cousin de la mosaïque de la tomate résistent remarquablement à l’alcool. Ces virus tiennent des années dans des débris secs et supportent des températures élevées. Frotter à l’alcool un sécateur qui a coupé une tomate virosée ne suffit pas.

Pour ce cas précis, les protocoles reconnus utilisent une solution d’eau de Javel diluée, du phosphate trisodique, ou du lait écrémé, qui a la propriété d’inactiver le virus par ses protéines. Le lait écrémé est d’ailleurs la solution que retiennent traditionnellement les cultivateurs de tomates pour se tremper les mains avant de manipuler les plants. Si vous fumez, lavez-vous soigneusement les mains avant de toucher vos tomates, aubergines et poivrons : le tabac séché est un réservoir avéré de ce virus.

L’eau de Javel : efficace, mais elle mange l’outil

Une solution d’eau de Javel diluée à environ dix pour cent, soit une part d’eau de Javel du commerce pour neuf parts d’eau, désinfecte très largement, virus compris. Elle est peu chère et disponible partout. C’est une bonne option pour tremper des pots, des tuteurs ou des godets.

Ses inconvénients sont réels sur un outil de coupe. Elle attaque les aciers au carbone en quelques minutes, elle pique les ressorts, elle décolore les manches et elle se dégrade vite à la lumière, si bien qu’une solution préparée la veille ne vaut plus grand-chose. Si vous l’utilisez sur un sécateur, il faut rincer abondamment à l’eau claire, sécher immédiatement et remettre une goutte d’huile. Autant dire que je la réserve aux situations graves.

La flamme et les fausses bonnes idées

Passer la lame au chalumeau ou au briquet est un geste spectaculaire, mais il détruit la trempe de l’acier sur le fil, qui ne tiendra plus l’affûtage. On voit aussi passer le conseil de désinfecter au vinaigre blanc : le vinaigre ménager est un bon détartrant et un dégraissant correct, mais son pouvoir désinfectant sur les pathogènes végétaux est faible et il corrode l’acier. L’huile essentielle d’arbre à thé sur un chiffon relève de la même illusion.

Une autre erreur, plus sournoise, consiste à tailler par temps humide. Le feu bactérien se propage massivement lorsque la pluie et une température douce coïncident avec des plaies fraîches, quel que soit le soin apporté à l’outil. Sur les arbres fruitiers à pépins, taillez par temps sec et froid, et brûlez les rameaux atteints au lieu de les composter.

Quand désinfecter, et quand ne pas s’embêter

Je ne désinfecte pas entre chaque coupe sur une haie de charmilles en bonne santé, ce serait absurde et je n’avancerais pas. Je désinfecte systématiquement dans quatre situations, et cela couvre l’essentiel du risque.

  • Entre deux plants dès que l’un d’eux montre un symptôme suspect, flétrissement, tache brune, écoulement.
  • Entre deux arbres fruitiers différents, toujours, et entre deux branches sur un arbre déjà atteint.
  • Avant tout prélèvement de boutures ou de greffons.
  • En début et en fin de séance de taille, avant de ranger l’outil.

Le conseil de Sophie. Gardez un vaporisateur d’alcool à 70 dans la poche et prenez l’habitude d’attendre une minute avant d’essuyer : c’est ce délai, plus que le produit, qui fait le travail.

Sophie Lemoine
Sophie Lemoine

Je cultive 180 m² de potager en Anjou, sans engrais de synthèse, et je raconte ici ce qui marche vraiment — y compris mes ratés.

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