Mildiou sur les tomates : les taches brunes, il faut agir en 24 h

Mildiou sur les tomates : les taches brunes, il faut agir en 24 h

Les taches brunes du mildiou n’ont rien à voir avec les feuilles jaunes du bas qu’on voit tout l’été. Quand elles apparaissent après trois jours de pluie tiède, vous avez à peu près vingt-quatre heures utiles avant que la moitié du plant y passe. Voilà ce que je fais dans cette journée-là, dans l’ordre.

Reconnaître la vraie tache de mildiou

La lésion de mildiou est brune à brun-noir, d’aspect gras, un peu translucide quand on regarde la feuille par transparence, et sa bordure est floue, souvent cernée d’un liseré vert pâle. Le matin, par temps humide, on voit un fin duvet blanc sur la face inférieure, à la limite de la tache : c’est le champignon qui sporule, et c’est le signe le plus sûr.

Deux confusions reviennent sans arrêt. L’alternariose fait des taches sèches, rondes, avec des cercles concentriques comme une cible, et elle démarre sur les feuilles du bas sans jamais donner ce duvet. Le cul noir des fruits, lui, n’est pas une maladie : c’est un défaut d’alimentation en calcium lié aux à-coups d’arrosage, et aucun traitement fongique n’y changera rien.

Pourquoi la fenêtre est si courte

Le mildiou a besoin d’humidité persistante sur la feuille et de températures douces. En pratique, deux nuits consécutives à plus de 10 °C avec un feuillage mouillé plus de six heures suffisent à déclencher une infection. Entre 15 et 20 °C, il faut trois à cinq jours pour que les premières taches sortent, puis chaque tache produit des spores en moins de vingt-quatre heures.

Autrement dit, quand vous voyez la première tache, l’infection date déjà de quelques jours et une deuxième vague est en incubation. C’est pour ça que temporiser d’un week-end change tout : sur mes tomates de plein champ, j’ai vu passer de trois taches à un plant entier brun en cinq jours, sans exagération.

L’heure qui suit : couper et sortir

Je coupe la feuille entière au ras de la tige, pas seulement la partie tachée, et j’y ajoute la feuille juste au-dessus et celle juste en dessous, même si elles paraissent saines. Je travaille par temps sec, feuille par feuille, sans secouer le plant, et je pose tout directement dans un sac que je ferme avant de quitter la rangée.

Si la tige elle-même porte une plage brune marbrée au niveau d’un nœud, la partie supérieure est perdue : je coupe sous le nœud atteint. Et si la lésion entoure la tige principale à moins de trente centimètres du sol, j’arrache le plant complet le jour même. Le garder, c’est entretenir un émetteur de spores au milieu de la rangée.

Empêcher la pluie de finir le travail

Le mildiou circule par des gouttelettes. Une pluie sur un feuillage contaminé transporte les spores vers le bas, sur les feuilles saines et sur le sol. Un simple toit, même une bâche transparente tendue à un mètre soixante au-dessus de la rangée et ouverte sur les côtés, réduit énormément les nouvelles infections sans créer l’étuve d’une serre fermée.

J’arrête aussi immédiatement tout arrosage sur le feuillage. L’eau va au pied, le matin, avec un arrosoir sans pomme ou un goutte-à-goutte. Un paillage de cinq centimètres de paille ou de tonte séchée limite en plus les éclaboussures de terre, qui remontent sur les premières feuilles à chaque averse.

Aérer, éclaircir, ne pas surcharger

Une rangée trop dense sèche mal. Je supprime les gourmands en retard, les feuilles qui touchent le sol et celles qui s’entrecroisent entre deux plants, de façon à voir le jour à travers la rangée. Sur les variétés indéterminées, je taille aussi les feuilles qui ombragent des bouquets déjà noués, ce qui accélère le ressuyage après la rosée.

Attention à ne pas dépasser un tiers du feuillage retiré en une fois. Une tomate sans feuilles ne mûrit pas mieux, contrairement à ce qu’on lit : les sucres du fruit viennent des feuilles, et un plant déshabillé donne des fruits pâles, fades et sensibles aux coups de soleil.

Le cuivre : préventif, jamais curatif

La bouillie bordelaise ne soigne pas une tache existante. Elle protège le tissu encore sain en déposant une barrière de cuivre. Elle a donc du sens juste après le nettoyage, sur le feuillage restant, et avant une période humide annoncée, pas après trois jours de pluie. Je pulvérise le soir ou tôt le matin, jamais en plein soleil, et je garde en tête deux réserves que je trouve rarement écrites noir sur blanc :

  • le cuivre s’accumule dans le sol, où il reste des décennies et devient toxique pour les vers de terre et la vie microbienne : je ne dépasse jamais deux ou trois applications par saison sur la même planche ;
  • une pluie dans les deux heures qui suivent lessive presque tout : mieux vaut reporter que traiter pour rien.

Ce qui ne marche pas contre le mildiou

Le bicarbonate agit surtout sur l’oïdium ; sur le mildiou, il ne fait rien de mesurable. Le purin d’ortie est un fertilisant azoté, pas un fongicide, et un excès d’azote rend même le feuillage plus tendre donc plus sensible. La décoction de prêle, au mieux, apporte un léger effet préventif : je ne bâtis aucune stratégie dessus.

Je préfère le dire franchement plutôt que de laisser quelqu’un perdre sa récolte en pulvérisant de l’eau de prêle pendant que la maladie avance. Ce qui protège réellement, c’est de garder le feuillage sec, de l’aérer et de retirer vite les foyers. Le reste est du confort.

Sauver les fruits verts

Si le plant décline malgré tout, je récolte tous les fruits fermes et bien formés, y compris parfaitement verts, et je les fais mûrir à l’intérieur entre 18 et 20 °C, à l’abri du soleil direct. Comptez une à trois semaines selon la taille. La saveur est un cran en dessous, mais c’est infiniment mieux que rien.

Un fruit qui porte déjà une plage brune, dure et bosselée, ne mûrira pas : il pourrira et contaminera ses voisins dans la cagette. Je trie donc un par un, je rince, j’essuie et je stocke en une seule couche. Un fruit douteux ne rejoint jamais les autres, quitte à le mettre à part sur le rebord.

Le conseil de Sophie. Notez sur un carnet la date de la première tache chaque année : chez moi c’est toujours entre le 20 juillet et le 5 août, et savoir cela me fait pailler et bâcher avant, pas après.

Sophie Lemoine
Sophie Lemoine

Je cultive 180 m² de potager en Anjou, sans engrais de synthèse, et je raconte ici ce qui marche vraiment — y compris mes ratés.

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