Chaque automne, quelqu’un me demande si les tiges de tomates brunies peuvent aller au compost puisque « le tas chauffe ». La réponse est non, et pas pour une raison de principe. Voici ce qui se passe réellement dans un tas de jardin, et où mettre ces plants à la place.
Ce que le mildiou a besoin pour passer l’hiver
Le mildiou de la tomate et de la pomme de terre est un parasite obligatoire : il ne vit pas sur du tissu mort. Sur cette base, beaucoup concluent qu’une tige sèche est inoffensive. C’est vrai pour une tige réellement desséchée depuis des semaines, mais faux pour un plant arraché vert, encore gorgé d’eau, dont les tissus restent vivants plusieurs jours au cœur d’un tas humide.
S’ajoute un point que l’on oublie souvent : les deux types sexuels du champignon coexistent désormais en Europe, ce qui permet la formation d’oospores, des organes de conservation capables de survivre plusieurs années dans le sol sans hôte vivant. Le vieux raisonnement « pas d’hôte, pas de mildiou » a donc pris un coup de vieux et je ne parie plus dessus.
Un compost de jardin ne stérilise rien
Un tas domestique bien construit atteint 50 à 60 °C en son centre, pendant quelques jours. Ce n’est déjà pas si mal, sauf que la couronne extérieure et les vingt premiers centimètres restent entre 15 et 30 °C. Or c’est précisément là que finissent les derniers apports d’automne, quand on jette les plants sur le dessus sans retourner ensuite.
La plupart des tas de jardin, en réalité, ne dépassent jamais 35 °C : trop de matière sèche, pas assez d’azote, jamais retournés. Ils compostent lentement et à froid. Une plateforme industrielle, elle, tient 70 °C plusieurs jours avec des retournements contrôlés : c’est un autre monde, et c’est la seule filière de compostage à laquelle je confie du végétal malade.
Le vrai réservoir, ce sont les tubercules
Sur mes parcelles, la source de contamination numéro un n’a jamais été le compost : ce sont les pommes de terre oubliées à la récolte, qui repoussent au printemps suivant. Un tubercule infecté passe l’hiver tranquillement à quinze centimètres de profondeur et sort en avril un plant contaminé qui alimente tout le quartier en spores.
Je fais donc systématiquement le tour des anciennes planches de pommes de terre en mai et j’arrache toutes les repousses, y compris celles qui sortent au milieu des haricots. Même chose pour les épluchures : elles vont dans le seau à ordures ménagères, jamais sur le tas, parce qu’un morceau de tubercule avec un œil, ça repousse.
Où mettre les plants malades, concrètement
Une précision avant la liste : le brûlage, souvent conseillé au coin d’un jardin, est interdit pour les déchets verts des particuliers dans la quasi-totalité des départements français, avec des amendes à la clé, et vérifier l’arrêté préfectoral avant d’allumer quoi que ce soit relève du minimum, y compris à la campagne. Restent quatre destinations que j’utilise selon les cas, par ordre de préférence :
- la collecte de déchets verts de la commune, quand elle part en compostage industriel : c’est la solution la plus propre et la plus simple ;
- le sac d’ordures ménagères, bien fermé, pour de petites quantités : peu élégant, mais efficace et sans risque ;
- l’enfouissement à quarante centimètres minimum, à l’écart des planches de solanacées, dans un coin de jardin qui ne sera ni bêché ni cultivé cette saison ;
- la macération complète : les tiges immergées trois semaines dans un fût d’eau se décomposent en une bouillie anaérobie qui, elle, peut rejoindre le compost.
Le geste qui change tout : le sac dans la rangée
Le problème n’est pas seulement la destination finale, c’est le trajet. J’ai longtemps coupé les feuilles malades en les laissant tomber au pied, avec l’intention de les ramasser en fin de rangée. Le temps de finir, la pluie ou l’arrosage avait déjà renvoyé les spores sur le bas des plants voisins.
Depuis, j’emporte un seau ou un grand sac que je pose entre mes pieds, et chaque feuille coupée y tombe directement. Je referme avant de sortir de la rangée. C’est un détail ridicule, mais c’est probablement ce qui a le plus réduit la vitesse de propagation chez moi, davantage que n’importe quel traitement.
Les tuteurs, les liens et les mains
Le mildiou se dissémine par l’air et par les gouttelettes, pas par contact de sève : désinfecter son sécateur entre deux tomates n’a donc qu’un intérêt limité contre lui. Je le dis pour éviter le rituel inutile. En revanche, ce geste reste essentiel contre les bactéries et les virus, notamment la mosaïque, qui se transmettent, eux, par les blessures.
Les tuteurs et les liens, c’est autre chose : des débris végétaux infectés y restent accrochés tout l’hiver dans l’abri de jardin. Je les brosse à sec, je les lave à l’eau chaude savonneuse et je les stocke au sec. Les liens en tissu de l’année, je les jette : ils ne valent pas le risque.
Ce qui peut rejoindre le compost sans souci
Toutes les maladies ne se valent pas. Les feuilles couvertes d’oïdium se compostent sans grand danger : le champignon meurt avec le tissu et son inoculum extérieur reste omniprésent de toute façon. Les feuilles jaunes du bas des tomates, les tiges de haricots saines, les fanes de carottes : tout cela fait un excellent compost et personne ne devrait s’en priver.
En revanche, je traite comme le mildiou tout ce qui forme des organes de conservation dans le sol : le sclérotinia et ses petits sclérotes noirs durs, les chancres du framboisier, les bulbes d’ail touchés par la pourriture blanche. Ces trois-là survivent des années et ruinent une planche durablement.
Nettoyer la planche avant l’hiver
Une fois les plants évacués, je ramasse aussi les fruits tombés, même les petits verts cachés sous le paillage : ils portent souvent des lésions et pourrissent doucement jusqu’en décembre. Le paillage lui-même, s’il est propre, peut rester en place ; s’il est constellé de débris de feuilles brunes, je le retire avec le reste.
Ensuite, rotation. Je ne replante ni tomate, ni pomme de terre, ni aubergine sur cette planche avant trois ans, quatre si l’année a été catastrophique. C’est contraignant sur un petit jardin, mais c’est la seule mesure qui agit sur le fond plutôt que sur les symptômes.
Le conseil de Sophie. Gardez un sac plastique épais accroché à un piquet en bout de rangée pendant tout l’été : tant qu’il n’est pas à portée de main, on finit toujours par poser les feuilles malades par terre.

