Mesclun en pot : première récolte 3 semaines après le semis, puis toutes les 2 semaines

Mesclun en pot : première récolte 3 semaines après le semis, puis toutes les 2 semaines

Le mesclun est la culture en pot la plus rentable que je connaisse : trois semaines entre le semis et la première assiette, et deux ou trois coupes ensuite sur le même contenant. Sur un balcon, c’est le seul légume qui donne quelque chose avant qu’on ait eu le temps de s’en désintéresser. Encore faut-il le semer à la bonne densité et le couper à la bonne hauteur, deux points sur lesquels presque tout le monde se trompe la première fois.

Ce qu’est vraiment un mesclun

Le mot vient du provençal mesclumo, qui signifie mélange, et désignait à l’origine un assortiment de jeunes pousses cultivées autour de Nice, traditionnellement à base de laitue, de roquette, de cerfeuil et de trévise. L’idée n’a jamais été d’obtenir une belle salade unique, mais un mélange de textures et de saveurs récolté très jeune.

Cette définition a une conséquence pratique : on ne cultive pas un mesclun jusqu’à maturité. On le récolte au stade jeune pousse, entre dix et quinze centimètres, quand les feuilles sont tendres et les saveurs encore mesurées. C’est ce qui explique la rapidité du cycle, et c’est aussi pourquoi il supporte des contenants peu profonds.

Composer son mélange plutôt que l’acheter tout fait

Les mélanges du commerce ont un défaut récurrent : ils associent des espèces dont les vitesses de croissance diffèrent du simple au double, si bien que la roquette est déjà piquante quand la laitue sort à peine. En semant vos propres sachets, vous maîtrisez les proportions et vous ressemez uniquement ce que vous aimez.

  • laitues à couper, feuille de chêne ou Salad Bowl : la base douce, quarante à cinquante pour cent du mélange
  • roquette cultivée : rapide, vingt-cinq jours, à limiter à quinze pour cent sous peine de tout dominer
  • mizuna et moutarde rouge : découpées, légèrement piquantes, très résistantes à la chaleur et au froid
  • épinard et cresson alénois : rapides et doux, parfaits pour les semis de printemps et d’automne
  • chicorée frisée ou trévise : amertume franche, dix pour cent suffisent pour donner du caractère

Le contenant : large et peu profond

Le mesclun ne fabrique pas de pomme et ne descend pas chercher l’eau loin : douze à quinze centimètres de profondeur suffisent, ce qui ouvre le champ à toutes sortes de récipients, y compris les caisses à vin doublées d’un sac plastique perforé et les bacs plats. Ce qui compte, c’est la surface, pas le volume.

Comptez une surface de trente centimètres sur quarante pour obtenir un saladier généreux par coupe. Sur ma terrasse, j’ai trois bacs de cette taille et cela couvre nos besoins pour deux avec un léger surplus. Vérifiez surtout le drainage : des trous nombreux et un fond légèrement surélevé, car un mesclun trop dense qui reste humide file droit vers la fonte des semis.

La densité de semis décide de tout

C’est le point critique. Trop dense, le semis étouffe, les tiges filent, l’air ne circule plus et vous obtenez une moquette jaunissante au moindre coup de chaud. Trop clair, vous perdez du rendement et les adventices s’installent. La bonne densité tourne autour d’un gramme de graines par mètre carré, soit environ une graine tous les un à deux centimètres.

En pratique, je mélange mes graines à une poignée de sable sec dans un bol avant de les répandre à la volée : le sable les dilue et rend le geste régulier. Ensuite, je recouvre de cinq millimètres de terreau tamisé, je tasse à la main bien à plat, et j’arrose au pulvérisateur pour ne pas déplacer les graines. Pas d’éclaircissage ensuite : le mesclun se cultive serré, mais pas collé.

Les trois semaines : ce qui se passe

La levée intervient en trois à six jours au printemps, deux à quatre jours en été, selon les espèces. La roquette et le cresson sortent les premiers, l’épinard et la laitue suivent, la chicorée ferme la marche. Ne vous inquiétez pas de ce décalage : il est normal et il étale les saveurs.

À dix jours, vous avez un tapis vert de quatre centimètres. À quinze jours, six à huit centimètres et les premières feuilles vraies bien découpées. À vingt et un jours, dix à douze centimètres, et c’est le moment de couper. En plein été, comptez deux ou trois jours de moins ; en octobre, une bonne semaine de plus.

La première coupe : hauteur et outil

On coupe aux ciseaux, en attrapant une poignée de feuilles d’une main comme on tiendrait une mèche de cheveux, et en tranchant net à quatre ou cinq centimètres au-dessus du terreau. Cette hauteur n’est pas arbitraire : elle laisse en place le point de croissance de chaque plantule, situé à la base, et un ou deux centimètres de feuille pour redémarrer.

Coupez à ras et vous n’aurez pas de deuxième récolte, seulement des chicots qui pourrissent. Coupez trop haut, à huit centimètres, et vous laissez sur pied des feuilles âgées et coriaces qui gêneront la repousse. Faites-le le matin, avant que les feuilles ne perdent leur turgescence, et lavez-les à l’eau froide juste avant de servir plutôt qu’après la coupe.

Le rythme des coupes suivantes

La deuxième coupe arrive douze à dix-huit jours après la première au printemps, dix à douze jours en été si l’arrosage suit. La troisième demande environ trois semaines et donne visiblement moins, avec des feuilles plus étroites et plus marquées en goût. Au-delà, cela ne vaut généralement plus la place occupée.

Après chaque coupe, arrosez le jour même : les plantules perdent de l’eau par leurs plaies et se déshydratent vite dans un substrat peu profond. Un bac de mesclun mené sur trois coupes m’a donné environ trois cents grammes de feuilles au total, soit six à huit portions, pour un sachet de graines entamé et six semaines d’occupation.

Nourrir entre deux coupes

Un mesclun consomme peu, mais il consomme dans un très petit volume de terre, et cela change tout. Après la première coupe, j’apporte un demi-verre de compost tamisé étalé entre les rangs, ou un arrosage à l’engrais liquide pour légumes-feuilles dilué à la moitié de la dose du fabricant. Répété après la deuxième coupe, cela suffit.

Ne forcez pas sur l’azote pour accélérer les choses. Des jeunes pousses gavées d’azote deviennent molles, fades, se conservent mal après cueillette et attirent les pucerons. J’ai fait l’erreur une saison en croyant bien faire, et j’ai récolté des feuilles qui se ramollissaient dans le saladier avant même d’être assaisonnées.

Quand le mélange se déséquilibre

Au bout de deux coupes, il est fréquent que la roquette et la mizuna aient pris le dessus, parce qu’elles repoussent plus vite que la laitue. Le mélange devient piquant et perd son intérêt. Deux solutions : couper préférentiellement les espèces dominantes lors de la récolte suivante, ou ressemer et recommencer.

Je pratique la première dans le mois qui suit le semis, et la seconde ensuite. Repartir d’un bac propre coûte quinze minutes et un peu de graines, alors que s’acharner sur un mélange déséquilibré vous occupe trois semaines pour des feuilles que vous mangerez sans plaisir.

Trois bacs décalés pour manger toutes les semaines

Avec un seul contenant, vous alternez abondance et disette. Le système qui fonctionne consiste à semer un bac tous les dix jours, ce qui en met trois en jeu simultanément : un en levée, un en pleine production, un en fin de cycle prêt à être vidé et ressemé.

Sur trois bacs de trente sur quarante, cela représente moins d’un demi-mètre carré et fournit une salade de jeunes pousses une à deux fois par semaine de mars à novembre. En hiver, sous un simple voile ou derrière une fenêtre lumineuse, mâche, cresson et roquette continuent à un rythme ralenti mais réel.

Le conseil de Sophie. Semez toujours votre mesclun un peu plus clair que vous ne le pensez nécessaire : c’est en le serrant trop que j’ai perdu mes premiers bacs, jaunis en quatre jours après une nuit humide.

Sophie Lemoine
Sophie Lemoine

Je cultive 180 m² de potager en Anjou, sans engrais de synthèse, et je raconte ici ce qui marche vraiment — y compris mes ratés.

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