Coriandre qui monte en graines dès qu'il fait chaud : semez-en toutes les 3 semaines

Coriandre qui monte en graines dès qu’il fait chaud : semez-en toutes les 3 semaines

La coriandre a une réputation de plante capricieuse qu’elle ne mérite pas tout à fait. Ce qu’on lui reproche surtout, c’est de monter en graines au moment précis où on commence à la récolter, souvent au cœur de l’été. J’ai passé plusieurs saisons à chercher la variété miracle et le geste qui empêcherait la montaison. Il n’existe pas. La seule méthode qui fonctionne vraiment, c’est de semer souvent et un peu.

Ce qui déclenche vraiment la montée en graines

La coriandre est une annuelle. Son programme complet, de la levée à la graine mûre, dure entre quatre et cinq mois si tout se passe calmement, mais il s’accélère brutalement sous l’effet de deux signaux : la longueur du jour et la chaleur. Au-delà de quatorze heures de lumière quotidienne, la plante bascule en floraison, quoi que vous fassiez.

S’ajoute à cela tout ce qui la stresse : un sol qui sèche, un repiquage qui a cassé la racine, un semis trop dense où les plants se concurrencent, une vague de chaleur au-dessus de trente degrés. Chaque stress avance la floraison de plusieurs jours. Une coriandre semée en juin peut ainsi monter six semaines après la levée, contre douze pour la même variété semée en mars.

Ce n’est pas votre faute, et aucun geste ne l’annule

J’insiste, parce que beaucoup de jardiniers culpabilisent : pincer les hampes florales ne fait pas repartir la coriandre en feuilles. Contrairement au basilic, où le pincement relance vraiment la ramification, la coriandre qui a basculé a pris sa décision. Vous pouvez couper la première tige florale et gagner huit ou dix jours de feuilles médiocres, guère plus.

De même, aucune variété n’est réellement insensible. Celles vendues comme lentes à monter tiennent effectivement une à deux semaines de plus que les anciennes, ce qui n’est pas rien, mais elles montent aussi. Partir du principe que la plante montera de toute façon, et organiser le potager en conséquence, économise beaucoup d’énervement.

Le semis échelonné, le seul vrai remède

Le principe est de ne jamais avoir un seul carré de coriandre, mais trois ou quatre à des stades différents, de sorte qu’au moment où le plus vieux monte, le suivant est bon à couper. Je sème toutes les trois semaines de mars à septembre. Trois semaines, c’est le bon intervalle chez moi : deux, et je gaspille ; quatre, et j’ai des trous de dix jours sans feuilles.

Chaque semis n’a pas besoin d’être grand. Je compte une ligne d’un mètre à un mètre cinquante par fournée, ce qui donne largement de quoi alimenter deux personnes qui cuisinent souvent. Le jour du semis, j’arrache sans état d’âme le carré le plus ancien s’il a fleuri, et je réutilise la place immédiatement après un léger griffage et une poignée de compost.

Semer en place, jamais en godet

La coriandre développe une racine pivotante fine et fragile. Tout repiquage la casse ou la corne au fond du godet, et le plant repiqué monte en graines beaucoup plus vite, parfois deux à trois semaines plus tôt. C’est la raison principale de la déception des jardiniers qui achètent des plants en barquette : ils fleurissent presque tout de suite.

Semez donc directement à l’endroit définitif, en ligne, en enterrant les graines d’un centimètre à un centimètre et demi. Chaque graine ronde et beige est en fait un fruit contenant deux embryons ; on peut la frotter entre les paumes pour la fendre en deux et améliorer légèrement la levée, mais ce n’est pas indispensable. La levée demande sept à quinze jours selon la température.

Densité, éclaircissage et arrosage

Sur ces trois points, la coriandre est peu exigeante mais rancunière. Voici ce que je fais, invariablement :

  • Semer clair, une graine tous les deux centimètres, puis éclaircir à huit ou dix centimètres au stade trois vraies feuilles.
  • Arroser régulièrement plutôt qu’abondamment : deux passages par semaine en juin, tous les jours en cas de canicule, toujours au pied et jamais sur le feuillage.
  • Pailler dès que les plants font dix centimètres, avec trois à quatre centimètres de tonte séchée ou de paille fine, pour stabiliser l’humidité du sol.

Mon calendrier en Anjou

Je démarre fin mars sous châssis froid ou sous voile, pour une première coupe fin mai. Puis je sème mi-avril, début mai, fin mai. Les semis de la deuxième quinzaine de juin et de juillet donnent peu : ils lèvent bien mais montent presque aussitôt, et je les fais surtout pour récolter les graines.

La reprise sérieuse arrive à la mi-août. Les semis d’août et de début septembre sont les meilleurs de l’année : jours qui raccourcissent, nuits fraîches, sol encore chaud. La coriandre y reste en feuilles pendant huit à dix semaines sans jamais fleurir, et sous un voile de forçage elle tient souvent jusqu’à la mi-novembre.

Choisir l’emplacement selon la saison

Au printemps et en automne, plein soleil sans hésiter : la plante y fait des feuilles larges et parfumées, et les jours courts la retiennent de fleurir. C’est la seule période où l’exposition la plus chaude du jardin est la bonne. Mes meilleures coupes viennent toujours d’une planche exposée plein sud en septembre.

En juin et juillet, je bascule à l’inverse : je sème le long du rang de tomates ou derrière les haricots à rames, là où l’ombre arrive vers quatorze heures. Cela ne supprime pas la montaison mais la retarde d’une bonne semaine, ce qui, sur une plante qui vit six semaines, représente un gain non négligeable.

Récolter la plante entière plutôt que feuille à feuille

Longtemps j’ai prélevé quelques feuilles sur chaque pied, comme on le fait avec le persil. C’est une erreur avec la coriandre : les pieds ainsi entamés continuent leur horloge, montent quand même, et on se retrouve avec vingt plants à moitié dégarnis et fleuris en même temps.

Je coupe désormais des plants entiers au ras du sol, en commençant par les plus avancés, quand ils ont quinze à vingt centimètres. Le rendement par mètre de rang est meilleur, la récolte est plus propre, et la place se libère au fur et à mesure. Les feuilles se gardent cinq jours au réfrigérateur, tiges dans un verre d’eau et sac plastique par-dessus.

Ce qu’on gagne à accepter la floraison

Une planche de coriandre montée n’est pas perdue. Les ombelles blanches attirent une quantité impressionnante d’auxiliaires, notamment des syrphes dont les larves dévorent les pucerons, et des micro-guêpes parasitoïdes. J’en garde volontairement deux ou trois pieds en fleurs près des fèves et des choux, précisément pour cela.

Et bien sûr, les graines qui suivent sont une épice à part entière, à récolter quand les ombelles brunissent. Chaque pied en donne largement de quoi remplir un petit bocal, dont une partie servira à ressemer l’année suivante. Vu sous cet angle, la montaison n’est plus un échec mais la seconde moitié du cycle.

L’erreur qui coûte le plus cher

Si je devais n’en retenir qu’une : semer une grande quantité en une seule fois au mois de mai. On obtient trois semaines de coriandre en abondance, dont la moitié finit au compost faute de pouvoir tout consommer, puis plus rien pendant deux mois. C’est exactement ce que je faisais mes premières années.

Le semis échelonné demande de se forcer à un geste minuscule toutes les trois semaines, et c’est la seule difficulté réelle. J’ai fini par accrocher une étiquette dans l’abri avec les dates cochées, parce que je me connais et que le rang de coriandre n’est jamais la priorité du samedi matin. Depuis, je n’ai plus de trou.

Le conseil de Sophie. Mettez un rappel toutes les trois semaines de mars à septembre pour semer un mètre de rang, pas plus : c’est trois minutes de travail et c’est ce qui sépare une coriandre permanente d’une coriandre qui manque toujours au mauvais moment.

Sophie Lemoine
Sophie Lemoine

Je cultive 180 m² de potager en Anjou, sans engrais de synthèse, et je raconte ici ce qui marche vraiment — y compris mes ratés.

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