Les moucherons du terreau disparaissent avec une pincée de cannelle

Les moucherons du terreau disparaissent avec une pincée de cannelle

La cannelle est devenue le remède universel des groupes de jardinage : contre les moucherons du terreau, contre la fonte des semis, contre les champignons, contre à peu près tout. J’ai voulu savoir ce qui tenait debout là-dedans, parce que j’ai eu ma propre invasion de sciarides un hiver, sur une dizaine de plantes d’intérieur. Réponse courte : la cannelle a un effet réel, mais elle ne fera pas disparaître les moucherons à elle seule.

Ce que la cannelle fait réellement

La cannelle en poudre contient du cinnamaldéhyde, une molécule aromatique dont l’activité antifongique est bien documentée en laboratoire. Elle inhibe la croissance de plusieurs champignons du sol, dont ceux responsables de la fonte des semis, cette pourriture au collet qui couche les jeunes plantules d’un jour à l’autre. Sur ce terrain-là, l’astuce a un vrai fondement.

Le lien avec les moucherons est indirect mais logique. Les larves de sciarides se nourrissent en grande partie des champignons et de la matière organique en décomposition présents dans les premiers centimètres du substrat. Réduire le feutrage fongique de surface, c’est réduire leur garde-manger. La cannelle agit donc sur la nourriture des larves, pas sur les larves elles-mêmes.

Ce qu’elle ne fait pas

Elle ne tue pas les larves déjà installées, elle ne tue pas les adultes qui volent, et elle ne pénètre pas au-delà du premier demi-centimètre de substrat. Or les larves vivent dans les deux à trois premiers centimètres, souvent plus bas quand la surface sèche. Une pincée de cannelle ne les atteint tout simplement pas.

Elle n’est pas non plus systémique et ne dure pas : le cinnamaldéhyde est volatil, l’effet d’une application se compte en quelques jours, et chaque arrosage lessive une partie de la poudre. Attendre d’une pincée qu’elle règle une infestation, c’est confondre un appoint avec un traitement.

D’abord, identifier la bête

Avant de saupoudrer quoi que ce soit, vérifiez à quoi vous avez affaire. La sciaride est un petit diptère sombre de deux à quatre millimètres, aux longues pattes, qui marche sur le terreau et vole mal, par à-coups. Si vos insectes tournent autour de la corbeille à fruits, ce sont des drosophiles et la cannelle sur les pots ne servira à rien.

Un test simple lève le doute en trois jours. Posez une rondelle de pomme de terre crue à plat sur le terreau, retournez-la le lendemain : si vous voyez de petites larves translucides à tête noire, longues de deux à cinq millimètres, ce sont bien des sciarides et le foyer est dans le pot. Répétez le test dans chaque pot pour savoir lesquels sont touchés.

Le cycle qu’il faut casser

Une femelle sciaride pond une centaine d’œufs dans un terreau humide. Les œufs éclosent en quatre à six jours, les larves se développent une quinzaine de jours, puis se nymphosent et donnent des adultes qui vivent une semaine environ. Le cycle complet tourne autour de trois à quatre semaines à température ambiante.

Cela signifie deux choses. Tout traitement doit être répété sur au moins un mois pour couvrir les générations décalées, car une action unique laisse toujours des œufs éclore derrière. Et la baisse ne se voit jamais avant dix à quinze jours, même si tout est bien fait.

Comment j’utilise la cannelle malgré tout

Je ne l’ai pas abandonnée, je l’ai remise à sa place : un appoint, sur les semis surtout. Voici les usages sur lesquels je la trouve défendable, et les doses que j’applique :

  • un voile fin de cannelle sur le substrat des caissettes de semis, contre la fonte, dès le semis puis tous les dix jours
  • une pincée sur les plaies de bouturage ou de taille de plantes charnues, pour limiter la contamination
  • un léger saupoudrage de surface sur un pot d’intérieur, en complément d’un assèchement, pas à sa place
  • jamais plus d’une cuillère à café sur un pot de 20 centimètres de diamètre

La croûte, le piège du saupoudrage épais

L’erreur que je vois le plus souvent consiste à recouvrir toute la surface d’une couche épaisse, en se disant que plus il y en a, mieux ça vaut. La poudre de cannelle est fine et se colmate à l’arrosage : elle forme une croûte compacte, hydrophobe, qui fait ruisseler l’eau sur les bords du pot au lieu de la laisser pénétrer.

Vous vous retrouvez alors avec un centre de motte sec, des bords détrempés, et une plante qui souffre sans qu’on comprenne pourquoi. À forte dose, la cannelle a aussi un effet inhibiteur sur la germination de certaines graines, ce qui est franchement contre-productif dans une caissette de semis. Un voile presque transparent suffit largement.

L’huile essentielle de cannelle, non

On me demande régulièrement si l’huile essentielle serait plus efficace, puisqu’elle concentre les molécules actives. Techniquement oui, et c’est bien le problème : elle est puissamment irritante, phytotoxique à des doses très basses, et elle brûle le feuillage et les racines fines avant de gêner quoi que ce soit d’autre. Elle ne se dilue pas dans l’eau sans émulsifiant, ce qui aggrave le risque de surdose locale.

Il faut y ajouter le voisinage domestique : les huiles essentielles sont mal tolérées par les chats, dont le métabolisme n’élimine pas bien ces composés, et une atmosphère chargée dérange les oiseaux de compagnie. Pour un bénéfice hypothétique, le calcul ne tient pas. Je m’en tiens à la poudre alimentaire.

Le paillage minéral, plus efficace qu’une épice

Si vous ne devez faire qu’une chose, faites celle-là. Un centimètre de sable grossier lavé, de pouzzolane fine ou de gravier de 2 à 4 millimètres sur toute la surface du terreau constitue une barrière que les femelles franchissent mal pour pondre, et qui sèche en quelques heures après l’arrosage. C’est mécanique, permanent, et sans aucun effet secondaire.

Combiné à un arrosage plus espacé, ce paillage suffit à lui seul dans les infestations légères. Laissez le substrat sécher sur deux à trois centimètres entre deux arrosages, vérifiez avec le doigt et non à l’œil, et privilégiez l’arrosage par le bas en soucoupe pendant vingt minutes. Une surface sèche est un désert pour les œufs de sciarides.

Les traitements biologiques qui règlent vraiment le problème

Pour une infestation installée, il existe deux solutions sérieuses. La première est le Bacillus thuringiensis de la souche israelensis, une bactérie à diluer dans l’eau d’arrosage, spécifique des larves de diptères et inoffensive pour les plantes, les vers de terre et les animaux domestiques. Trois applications espacées de sept jours couvrent les éclosions successives.

La seconde est le nématode Steinernema feltiae, un ver microscopique qui parasite les larves. Il s’achète en poudre à mettre en suspension dans l’eau et à verser sur la motte, à conserver au réfrigérateur et à utiliser vite. Il demande un substrat humide et une température au-dessus de 12 °C environ, ce qui convient bien à l’intérieur. Deux applications à quinze jours d’écart donnent en général de très bons résultats.

Le conseil de Sophie. La cannelle est un bon appoint sur les semis, mais si vous voulez voir les moucherons partir, ce sont un centimètre de sable en surface et un terreau qui sèche entre deux arrosages qui feront le travail.

Sophie Lemoine
Sophie Lemoine

Je cultive 180 m² de potager en Anjou, sans engrais de synthèse, et je raconte ici ce qui marche vraiment — y compris mes ratés.

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