Rentrer ses géraniums, c’est facile ; les retrouver vivants en mars, beaucoup moins. Pendant des années j’ai rentré des plants entiers, feuillus et fleuris, et j’ai récupéré au printemps des touffes filandreuses, moisies à la base, bonnes pour le compost. La taille de moitié avant la mise à l’abri change tout, et pour des raisons très concrètes.
Pourquoi couper avant et non après
Un géranium rentré en octobre passe brutalement d’un balcon lumineux à un local sombre où il reçoit peut-être un dixième de la lumière. Ce feuillage abondant devient un handicap : il consomme des réserves sans plus rien produire, et la plante s’étiole en tiges pâles et molles qu’il faudra couper de toute façon.
Le second argument est sanitaire. Un local frais, peu ventilé, plein de feuilles serrées les unes contre les autres, c’est un terrain idéal pour la moisissure grise. La botrytis part d’une feuille morte coincée entre deux tiges et remonte ensuite dans le bois vivant. Moins il reste de matière tendre, moins elle a de prise.
Comment couper, concrètement
Réduisez la plante de moitié à deux tiers en travaillant sur les pousses de l’année, en gardant une charpente de tiges lignifiées d’une quinzaine à une vingtaine de centimètres. Coupez toujours un demi-centimètre au-dessus d’un nœud, avec un sécateur propre, en biseau léger pour que l’eau ne stagne pas sur la plaie.
Retirez ensuite toutes les feuilles jaunes, toutes les fleurs et tous les boutons, sans exception. Une hampe florale laissée en place pourrit en huit jours dans un local frais. Enlevez aussi les stipules sèches le long des tiges : ces petites écailles retiennent l’humidité contre le bois.
Ce qu’il ne faut pas couper en octobre
Ne taillez pas dans le vieux bois épais et gris de la base. Les pélargoniums repartent mal de ce bois-là en automne, et une grosse plaie en entrée d’hiver a toutes les chances de se dessécher ou de pourrir vers l’intérieur. La taille sévère de rajeunissement se fait en février ou mars, quand la sève remonte.
Gardez donc deux étages de taille : la taille de moitié maintenant, sur du bois de l’année, et une remise en forme légère au redémarrage. C’est ce fractionnement qui m’a fait passer d’un taux de survie médiocre à des plants qui repartent tous.
Le tri, avant même de rentrer
Tout ne mérite pas d’être conservé. Un plant dont la base est noire et molle, ou dont les tiges se creusent, est déjà perdu et contaminera les autres dans un espace clos. Je le sors du lot sans état d’âme.
- écartez tout plant avec une base noircie ou spongieuse
- inspectez le dessous des feuilles restantes : mouches blanches, pucerons cotonneux
- passez un jet d’eau sur le feuillage conservé et laissez sécher une journée dehors
- ne rentrez jamais un pot dont la terre sent le croupi, changez le terreau
Quand exactement rentrer
Le pélargonium tolère 3 à 4 degrés sans dommage, souffre à 1 degré et meurt dès 0. La date se lit donc sur les prévisions, pas sur le calendrier. Ma règle : dès que trois nuits consécutives sont annoncées sous 8 degrés, je taille, je laisse sécher les plaies vingt-quatre heures dehors à l’abri de la pluie, puis je rentre.
En Anjou, cela tombe le plus souvent entre le 15 et le 31 octobre. Rentrer trop tôt est un défaut aussi : la plante profite encore des journées fraîches et lumineuses de début octobre pour durcir ses tissus, ce qui l’aide ensuite à passer l’hiver.
Où les mettre et à quelle température
La bonne fourchette est de 5 à 12 degrés, avec le plus de lumière possible. Un garage avec une fenêtre, une véranda non chauffée, une cage d’escalier froide, une chambre inutilisée : tout cela convient. Le pire endroit est un salon chauffé à 20 degrés, où la plante repart en pousses molles et s’épuise.
Si vous n’avez aucune lumière, la culture au noir reste possible en dessous de 8 degrés : la plante entre alors en dormance complète et perd toutes ses feuilles. Elle repartira, mais avec un mois de retard et un taux de perte plus élevé. À choisir, je privilégie toujours la lumière sur la température idéale.
L’arrosage d’hiver, le grand piège
C’est là que la plupart des plants meurent, et par excès d’attention. Un géranium taillé, à 8 degrés, sans feuillage abondant, ne consomme presque rien. Un verre d’eau par pot toutes les trois à quatre semaines suffit, juste pour que la motte ne devienne pas poussière.
Aucun engrais, jamais, de novembre à février. Vérifiez une fois par mois : si la terre colle au doigt, ne touchez à rien. Si les tiges se rident légèrement, c’est le signe qu’il faut donner un peu d’eau, et c’est le seul signal auquel je me fie.
Les déchets de taille ne se jettent pas
Toutes ces têtes coupées sont autant de boutures gratuites. Sélectionnez les extrémités de huit à dix centimètres, coupez sous un nœud, retirez les feuilles du bas et les stipules, laissez ressuyer deux heures, puis plantez dans un mélange moitié terreau à semis moitié sable, sans cloche ni plastique.
Vous doublez ainsi votre stock sans rien dépenser, et vous vous offrez une assurance : si un plant-mère ne passe pas l’hiver, ses boutures, elles, seront là. Je place les godets à côté des pots taillés, dans le même local clair et frais, et je les traite exactement de la même façon jusqu’en mars.
Le réveil de mars
Vers la mi-mars, remontez les pots à la lumière et à la douceur, reprenez des arrosages réguliers et rempotez dans du terreau neuf en réduisant la vieille motte d’un tiers. C’est aussi le moment de la seconde taille, légère, pour équilibrer la silhouette et forcer les départs à la base.
Attendez trois semaines avant le premier engrais, le temps que les racines neuves s’installent, et ne ressortez pas les pots avant que les nuits repassent durablement au-dessus de 8 degrés, ce qui en Anjou tourne autour de la mi-mai.
Le conseil de Sophie. Taillez dehors, pas dans le garage : laisser les plaies sécher vingt-quatre heures à l’air libre avant de rentrer les pots supprime l’essentiel des pourritures d’hiver.

