La menthe repousse les souris : voici comment l'utiliser

La menthe repousse les souris : voici comment l’utiliser

Chaque automne, quand les nuits passent sous 10 °C, je retrouve des crottes noires derrière les pots de terre cuite de mon abri de jardin. Et chaque automne, quelqu’un me répète la même chose : mets de la menthe, elles ne reviendront pas. J’ai testé trois hivers de suite, avec de la menthe fraîche, de la menthe séchée et de l’huile essentielle. Le résultat mérite d’être raconté franchement, parce qu’il n’est pas celui qu’on lit partout.

Ce que la menthe fait vraiment

Le menthol est irritant pour les muqueuses des rongeurs, et l’odorat d’une souris est incomparablement plus fin que le nôtre. Quand une odeur forte apparaît d’un coup sur un trajet qu’elle emprunte chaque nuit, l’animal hésite. Ce n’est pas magique, c’est de la néophobie : la souris grise se méfie de toute nouveauté dans son territoire, qui dépasse rarement quelques mètres carrés. Pendant deux à quatre jours, l’effet est net et visible.

Ensuite, elle s’habitue. Si la nourriture ou le nid sont derrière l’odeur, elle passera quand même. Pour en avoir le cœur net, j’ai saupoudré une fine couche de farine sur le sol de l’abri, le long de la plinthe. La quatrième nuit, les empreintes traversaient de nouveau la zone où j’avais posé mes bouquets. La menthe décale le problème, elle ne le règle pas.

Boucher les trous avant de sortir la menthe

Une souris adulte pèse une vingtaine de grammes et son crâne est le seul os rigide de son corps. Elle passe partout où sa tête passe, soit un trou de 6 à 7 millimètres, l’épaisseur d’un crayon. Avant toute autre chose, je fais le tour de l’abri avec une lampe frontale, de nuit, en cherchant les points de lumière depuis l’intérieur : c’est la méthode la plus rapide pour repérer les défauts.

Ce que je rebouche et avec quoi :

  • les jours sous les portes, avec un bas de porte brosse ou une bavette caoutchouc
  • les passages de câbles et de tuyaux, avec de la laine d’acier inoxydable tassée puis un mastic acrylique par-dessus
  • les aérations, avec un grillage en inox à maille de 5 mm, vissé et non agrafé
  • les fissures du bas de mur, au mortier, jamais à la mousse expansive que les souris rongent en une nuit

La menthe fraîche en pot : où la placer

La plante vivante dégage beaucoup moins de menthol dans l’air qu’on ne l’imagine : il faut froisser les feuilles pour libérer les huiles. Un pot de menthe posé dans un coin ne sert donc pratiquement à rien. En revanche, un pot placé juste devant un passage repéré, dont je froisse une poignée de feuilles chaque fois que je passe, gêne réellement le trajet pendant quelques jours.

Je choisis la menthe poivrée plutôt que la menthe verte, plus riche en menthol. Et je la garde en pot, toujours. En pleine terre, elle colonise un carré de potager en deux saisons par ses rhizomes traçants : j’ai mis quatre ans à en sortir un massif chez ma mère. Un pot de 5 litres, enterré au besoin avec le fond percé mais le bord dépassant de 5 cm, reste maîtrisable.

L’huile essentielle : plus efficace, mais pas anodine

C’est la forme qui marche le mieux, parce qu’elle est cent fois plus concentrée que la feuille. Je prépare un flacon avec 15 gouttes d’huile essentielle de menthe poivrée pour 100 ml d’eau et une pointe de savon liquide qui sert d’émulsifiant, et je vaporise sur les plinthes et les seuils, pas sur les aliments ni sur les plastiques souples qu’elle peut ternir.

Une précaution qui n’est pas négociable : cette huile est toxique pour les chats, qui métabolisent mal les phénols et les terpènes, et elle est déconseillée chez le chien, les rongeurs de compagnie et les oiseaux. Si un animal vit dans le local, je m’abstiens purement et simplement. Je l’évite aussi dans une pièce fréquentée par une femme enceinte ou un jeune enfant, et je ventile après application.

Le piège du coton imbibé qui sèche

Le conseil le plus répandu est de glisser des cotons imbibés dans les recoins. Il fonctionne le premier jour, puis plus du tout : les composés volatils s’évaporent en 24 à 72 heures selon la température, et il ne reste qu’un morceau de coton, que la souris emporte d’ailleurs volontiers pour tapisser son nid. J’ai retrouvé les miens réunis derrière un pot, en boule.

Si vous utilisez cette méthode, il faut donc réimbiber tous les deux jours, sans exception, et placer les cotons dans de petits godets en verre pour qu’ils ne soient pas emportés. Autant dire que c’est contraignant. Je préfère la vaporisation, qui couvre plus de surface et se refait en trente secondes.

Supprimer le garde-manger, la vraie mesure

Aucune odeur ne rivalisera jamais avec l’attrait d’un sac de graines pour oiseaux ouvert. Tout ce qui est comestible dans mon abri est désormais dans des bocaux de verre ou des bidons métalliques à couvercle vissé : graines potagères, croquettes du chat, bulbes, tourteau de ricin. Le plastique fin ne tient pas une nuit, le carton encore moins.

Je vide aussi les soucoupes qui gardent l’eau, je décale de 20 cm les tas de bois et de cagettes contre les murs pour supprimer les couloirs abrités, et je fauche l’herbe haute sur un mètre autour de l’abri à l’automne. Une souris déteste traverser un espace découvert : c’est là qu’elle se fait prendre par la chouette hulotte du voisinage.

Ce que j’ai arrêté de faire

J’ai abandonné les boîtiers à ultrasons après un hiver d’essai : les souris s’y habituent en quelques jours et les ondes sont arrêtées par le moindre meuble. J’ai aussi renoncé aux appâts anticoagulants dans le jardin. Une souris empoisonnée met plusieurs jours à mourir, sort à découvert, et devient une proie facile pour les chats, les rapaces nocturnes et les hérissons, qui s’intoxiquent à leur tour.

Les plaques de glu sont interdites en France pour la capture des rongeurs et je n’y toucherai pas : c’est une agonie longue et je ne vois aucune raison de l’infliger. Si l’infestation dépasse deux ou trois individus, les tapettes classiques bien placées le long des murs, ou une intervention professionnelle, restent plus honnêtes et plus efficaces qu’une odeur.

Mon protocole d’automne

Fin septembre, je consacre une demi-journée à l’abri : lampe frontale, inspection, laine d’acier et mastic, puis rangement complet des denrées en bocaux. Ensuite seulement je vaporise la solution à la menthe poivrée sur les seuils et je pose un pot de menthe devant la porte, que je froisse en passant. Trois quarts du travail sont mécaniques, un quart est olfactif.

Depuis que je procède dans cet ordre, je n’ai plus eu de nid dans l’abri, alors que la menthe seule ne m’avait jamais rien donné de durable. La plante n’est pas inutile, elle est simplement mal vendue : c’est un ralentisseur, pas une barrière.

Le conseil de Sophie. Faites l’inspection de nuit, lumière allumée à l’intérieur et vous dehors : les trous que vous ne trouviez pas en plein jour deviennent évidents en trois minutes.

Sophie Lemoine
Sophie Lemoine

Je cultive 180 m² de potager en Anjou, sans engrais de synthèse, et je raconte ici ce qui marche vraiment — y compris mes ratés.

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