Fraisiers remontants : des fraises de mai à octobre en jardinière

Fraisiers remontants : des fraises de mai à octobre en jardinière

On m’a longtemps vendu l’idée que les fraisiers remontants donnaient « tout l’été sans rien faire ». C’est à moitié vrai, et la moitié fausse coûte cher : sans un peu de méthode, on récolte bien en juin, presque rien en juillet, et le pied s’épuise en août. En jardinière, où le volume de terre est limité, ce déséquilibre est encore plus marqué. Voici comment j’obtiens des fraises de mai à octobre sur un balcon, et ce qu’il faut accepter en échange.

Remontant et non remontant, ce que ça change vraiment

Un fraisier non remontant n’initie ses boutons floraux qu’à l’automne, quand les jours raccourcissent, et il les sort au printemps suivant : une seule récolte, concentrée sur trois semaines, généralement plus abondante et souvent plus parfumée. Un fraisier remontant, lui, est peu sensible à la longueur du jour et forme de nouveaux boutons en continu tant que la température lui convient.

Cette différence a une conséquence directe sur la culture. Le remontant produit et fabrique ses fleurs suivantes en même temps, donc il puise sans arrêt dans ses réserves. Il consomme plus d’eau et plus d’éléments nutritifs, il s’use plus vite, et sa durée de vie utile est plutôt de deux ans contre trois pour un non remontant. En contrepartie, il est parfaitement adapté au pot, où l’on veut étaler la récolte plutôt que tout avoir en dix jours.

Ce que « de mai à octobre » signifie honnêtement

Il ne faut pas s’attendre à un flux régulier. Un remontant produit par vagues, avec des creux entre elles : une première récolte de la mi-mai à la fin juin, un ralentissement marqué en juillet, une deuxième vague de la mi-août à la mi-septembre, puis une petite troisième jusqu’aux premières nuits froides d’octobre. Sur un pied bien mené, cela fait entre trois cents et cinq cents grammes de fruits dans la saison, rarement plus.

Il faut aussi accepter des fruits plus petits que ceux de juin. Les fraises de septembre pèsent souvent moitié moins que celles du printemps, parce que la plante répartit ses ressources sur davantage de fruits et que les feuilles ont vieilli. Elles sont en revanche souvent très parfumées, parce que les nuits fraîches favorisent l’accumulation des sucres.

Le contenant : la profondeur avant la largeur

L’essentiel du système racinaire d’un fraisier occupe les vingt premiers centimètres, mais il descend volontiers jusqu’à vingt-cinq ou trente s’il en a la possibilité, et c’est cette réserve qui fait tenir la plante pendant les vagues de chaleur. Les jardinières de balcon standard font souvent quinze centimètres de profondeur, ce qui est le minimum absolu et explique bien des échecs en juillet. Visez vingt centimètres, et vingt-cinq si vous avez le choix.

Côté volume, comptez quatre à cinq litres de substrat par plant et espacez les pieds de vingt à vingt-cinq centimètres. La tentation d’en mettre six dans une jardinière d’un mètre est forte ; à quatre, vous récolterez davantage, avec des fruits plus gros et moins de maladies grâce à la circulation de l’air entre les feuillages.

Le substrat qui tient toute une saison

Un terreau seul se tasse, se dessèche en surface et devient hydrophobe au bout de trois mois. Le mélange qui m’a donné les meilleurs résultats en bac est fait de deux tiers de terreau de bonne qualité, d’un tiers de compost bien mûr, et d’une ou deux poignées de terre de jardin par plant. Cette terre franche apporte de l’inertie : elle retient l’eau et les éléments nutritifs beaucoup mieux qu’une matière organique pure.

Une précision utile, parce que le conseil contraire circule partout : ne mettez pas de couche de billes d’argile au fond du pot. Une couche grossière sous un substrat fin ne draine pas, elle crée au contraire une zone saturée juste au-dessus d’elle, et elle vous fait perdre du volume de terre utile. Ce qui compte, ce sont de vrais trous d’évacuation et un substrat qui ne se compacte pas.

Pincer les premières fleurs

Si vous plantez au printemps, votre fraisier va vouloir fleurir tout de suite, alors que ses racines n’ont pas encore colonisé le pot. Supprimer les fleurs qui apparaissent dans les quatre à six premières semaines paraît absurde, mais c’est le geste qui construit la souche. Le plant met alors son énergie dans ses racines et son feuillage, et il donne davantage sur les vagues suivantes.

Ce pinçage n’est pas nécessaire si vous avez planté à l’automne précédent : la souche a eu tout l’hiver pour s’installer et vous pouvez laisser courir dès la première floraison. C’est d’ailleurs l’un des arguments les plus solides en faveur d’une plantation en août ou septembre plutôt qu’en avril.

L’eau, tous les jours en été

Une jardinière garnie de quatre fraisiers en pleine production consomme énormément. De la mi-juin à la fin août, j’arrose une fois par jour, et deux fois par jour pendant les épisodes au-dessus de trente-deux degrés, toujours au pied et jamais sur le cœur du plant. Le substrat ne doit jamais sécher complètement : un fraisier qui fane perd les fleurs qu’il était en train de former, et cela se voit trois semaines plus tard sous forme d’un trou de récolte.

La soucoupe pleine en permanence n’est pas la solution. Elle asphyxie les racines et favorise la pourriture du collet. Je l’utilise uniquement en période de canicule, remplie le matin et vidée dans la journée si l’eau n’a pas été absorbée. Le reste du temps, elle reste sèche.

Nourrir, sinon la deuxième vague n’arrive pas

C’est l’erreur la plus fréquente. Le terreau du commerce contient de quoi tenir six à huit semaines ; après, le plant vit sur ses réserves et la production s’arrête net vers la mi-juillet. Un remontant en pot doit être nourri de façon suivie, sans excès d’azote qui ferait des feuilles au détriment des fruits. Voici mon calendrier :

  • une poignée de compost mûr en surface à la reprise de végétation, début mars
  • un engrais liquide riche en potassium tous les quinze jours, du début de floraison à la fin septembre
  • rien pendant les dix jours qui précèdent une cueillette, pour ne pas diluer le goût
  • un arrêt complet des apports à la mi-octobre, pour laisser la plante entrer en repos

Couper les stolons sans hésiter

Chaque stolon est un investissement que la plante fait à la place d’un fruit. Sur un remontant en jardinière, où le but est de manger, ils se coupent au ras du pied dès qu’ils apparaissent, une fois par semaine pendant toute la belle saison. Un pied laissé libre peut consacrer un tiers de son énergie à sa descendance.

La seule exception est la fin de saison. À partir de septembre, si vous voulez faire des plants pour l’année suivante, laissez un ou deux stolons sur vos meilleurs pieds et fixez leur premier nœud dans un godet rempli de terreau. Vous les séparerez trois à quatre semaines plus tard, une fois enracinés.

Le trou de juillet et comment le réduire

Au-dessus de trente degrés, la pollinisation des fraisiers se dégrade fortement, et au-delà de trente-cinq les fleurs avortent carrément. C’est la vraie cause du creux estival, bien plus que le manque d’eau. Vous ne l’éliminerez pas, mais vous pouvez le raccourcir de deux à trois semaines.

Trois gestes y suffisent : déplacer le bac à l’ombre l’après-midi, ou tendre un voile d’ombrage léger de treize à dix-sept heures ; pailler la surface avec deux centimètres de paille claire ou de tontes sèches pour limiter la chauffe du substrat ; et arroser tôt le matin plutôt qu’en pleine chaleur, afin que la plante démarre la journée avec ses réserves.

Nettoyer entre deux vagues

Fin juillet, mes jardinières sont toujours en mauvais état : feuilles rougies, taches brunes, fruits momifiés oubliés. Une demi-heure de nettoyage relance la production. Je coupe toutes les feuilles abîmées ou marquées au ras du collet, je retire les fruits secs qui sont autant de foyers de pourriture, et je gratte légèrement la surface du substrat.

Ce nettoyage rouvre le feuillage à la lumière et à l’air, et il coupe court aux maladies foliaires avant la vague d’août. Attention à ne jamais toucher au cœur du plant, cette petite couronne d’où partent les nouvelles feuilles : c’est là qu’est toute la vie de la plante.

Octobre, puis l’hivernage

La production s’arrête d’elle-même quand les nuits passent sous sept degrés, généralement dans la deuxième quinzaine d’octobre en Anjou. Les derniers fruits mettent trois semaines à mûrir au lieu de dix jours, et beaucoup ne mûriront jamais : autant les retirer pour soulager la plante. Coupez les feuilles mortes, laissez les feuilles saines, et arrêtez tout apport d’engrais.

L’hivernage d’un pot demande une attention que la pleine terre ne réclame pas : les racines, exposées sur tous les côtés, gèlent dès que le substrat descend vers moins cinq degrés. Je regroupe les bacs contre le mur de la maison, à l’abri du vent, et j’entoure les parois de carton ou d’un vieux tissu. Ne rentrez surtout pas vos fraisiers dans une pièce chauffée : ils ont besoin de plusieurs centaines d’heures en dessous de sept degrés pour fleurir correctement au printemps.

Le conseil de Sophie. Plantez à la fin août plutôt qu’en avril : vos remontants auront une souche installée avant l’hiver et vous n’aurez pas à sacrifier la première vague de fleurs.

Sophie Lemoine
Sophie Lemoine

Je cultive 180 m² de potager en Anjou, sans engrais de synthèse, et je raconte ici ce qui marche vraiment — y compris mes ratés.

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